"Drôle, subtile, juste et pétillant" ? Que de questions à l’issue de ce visionnage !
Séduit par l’accueil enthousiaste de la presse, je me suis laissé tenter par ce film de Nicolas Pariser, dont je découvre ici le travail.
Si le plaisir de retrouver Anaïs Demoustier, remarquée récemment dans Daaaaaalí, reste appréciable, il est bien maigre face à l’ensemble, tant son rôle, commelef film, semble s’égarer dans un cabotinage constant.
Les personnages, à l’image du récit, arpentent les couloirs et ne cessent de marcher, sans que rien n’avance.
Le film enchaîne les poncifs autour de la vie politico-administrative, culturelle et entrepreneuriale, sans jamais trouver de point de vue clair. À tel point que l’on se demande s’il s’agit d’un pamphlet de droite vaguement provocateur ou d’un exercice autodérision maladroit de gauche.
Le propos, qui prétend dénoncer une certaine déconnexion du pouvoir, souffre d’un montage haché, d’une photographie quelconque et d’une musique convenue, proche de la bande son d’un épisode de Navarro. Les scènes manquent de tension, de mordant ou de second degré. Tout reste plat, désincarné.
Les dialogues, bourrés de références incantatoires, pseudo-philosophiques, peinent à s’ancrer dans les situations tant ils sonnent faux, comme déclamés par des figures qui feignent de comprendre ce qu’elles disent ou font. D'ailleurs, entendre Fabrice Luchini dérouler des banalités plus gauchistes que réellement de gauche, vaguement engagées laisse un malaise proche de celui qu’on peut ressentir en écoutant Clavier disserter sur le vivre-ensemble dans "Qu'est ce qu'on a fait au bon Dieu.
La direction d’acteurs oscille entre théâtre figé et mécanique maladroite. Dès la première scène, on remarque une porte utilisée en sens inverse (lisez "tirez" dont j'espère naïvement que le plan symbolise une Alice nageant à contre-courant.) et soigneusement laissée ouverte, signe de tête à l'appui pour le passage de la caméra, des placements approximatifs, un regard caméra laissée au montage… autant de détails habituellement anodins, mais ici révélateurs d'un film qui reste en surface.
Les situations vont et viennent jamais offrir de moments de tension ou de satire. Quant aux personnages, bien trop nombreux pour leur utilité, sont tout simplement superficiels et crétins. Aucun d'entre eux n'a le sens de la mesure ni des responsabilités, jamais. En résulte un manque total d'empathie et d'intérêt tant aucune problématique ne semble n'avoir de prise sur le monde présenté.
Restent deux brefs sursauts : une scène touchante de confidences sur le lit et un plan-séquence final où l’on sent, pour la première fois, le metteur en scène s'effacer enfin au profit d'une respiration. Un espace laissé aux comédiens tel un exercice filmé qui laisse visiblement place à interprétation, aux erreurs et cafouillages. Le film y trouve enfin un soupçon de vérité… mais oubli d'en faire quelque chose au passage.