Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Kristen Stewart choisit l’adaptation de "The Chronology Of Water" de Lidia Yuknavitch. Le film est brut, douloureux, souvent éprouvant, mais aussi traversé de fulgurances étranges, dérangeantes, parfois belles. Ce récit de survie intime est une tentative sincère, habitée, mais inégale. Le montage, éclaté, syncopé, cherche la forme du chaos intérieur. Le spectateur est happé dans un flux tendu, saturé de sons, les bruitages sont omniprésents, agressifs, presque physiques. Très vite, une tension s’installe : on sent que quelque chose va mal tourner, et ce sentiment, plutôt que de lâcher prise, s’étire, s’épuise. On attend sans hâte le pire arriver. Le film ose aussi renverser certains rapports de violence, notamment conjugale. Ici, c’est la femme qui frappe, qui humilie, qui détruit, et l’homme, lui, reste là, désarmé. Il y a cette phrase, glaçante : « Je ne supporte pas sa gentillesse. » Tout est dit. Stewart filme cette noirceur avec un regard frontal, sans chercher l’excuse ou l’effet. Mais la deuxième moitié du film perd de sa force. On aurait aimé que Stewart coupe plus tôt, laisse place au silence, à une respiration. Reste un film radical, inconfortable, audacieux. Pas totalement réussi, mais impossible à ignorer.
A première vue et dès ses images inaugurales, The Chronology of Water semble épouser in extenso, ou presque, toutes les caractéristiques du premier long métrage à visées auteuristes, tendance doloriste. Un récit fragmenté, un maelström d'images parfois subliminales, une voix off, de lourds traumas d'enfance, des abus de substances diverses : n'en jetez plus, l'arrière-cour est pleine. Et en tant que vecteur commun, l'eau fait parfaitement l'affaire, symbole parfait pour laver dans des profondeurs chlorées un mal-être qui s'écoule comme une plaie d'hémophile. D'accord, mais derrière ce maniérisme évident, l'on éprouve pourtant une certaine fascination pour la paradoxale recherche d'authenticité qui finit par s'imposer, peu ou prou, dans cet ensemble narratif pourtant bien peu étanche. L'envie d'exprimer une rage de filmer transparaît dans la mise en scène qui se veut radicale de Kristen Stewart, à la fois provocante et pudique, et ne demandez pas comment elle y parvient, de temps à autre. Si le flot du film avait été quelque peu régulé, voire domestiqué, il est certain que le résultat n'aurait pas été aussi marquant, en dépit des défauts ou plutôt des tics déjà énoncés. Dans ce bain à remous, Imogen Poots fait mieux que surnager, sa performance est presque de l'ordre du miracle.
Vu en avant-première, The Chronology of Water m’a marqué par la puissance de ses sujets, à la fois poignants et tristement fréquents dans notre société. L’actrice principale livre une performance remarquable, et la réalisation de Kristen Stewart est très réussie, surtout pour un premier long métrage.
Malheureusement, le film souffre de quelques longueurs qui ralentissent le rythme.
Malgré cela, ce premier essai promet de belles choses pour l’avenir de Kristen Stewart réalisatrice.