Sorry We Missed You
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Vincenzo M.
Vincenzo M.

47 abonnés 271 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 avril 2021
Des films ayant une portée politique, voire d’intervention, il y en a, et ils ne sont pas tous sans intérêt. Aucun ne m’a semblé avoir une portée aussi grande que celui de Papy Loach, en l’espèce particulièrement en forme selon moi. La façon dont son scénariste Paul Laverty et lui-même ont choisi dans Sorry We Missed You de se pencher sur les ravages sociaux de la ‘gig economy’ (à la prestation) ou de ‘l’ubérisation’ qui gagne partout depuis quelques années mais n’est presque nulle part aussi développée qu’au Royaume Uni, me semble répondre de façon intelligente et sensible à l’urgence grandissante qu’il y a à se poser de façon beaucoup plus aiguë la question de l’organisation du travail, et au-delà, sociale.

Peu après la sortie du film en vidéo, les économies nationales sont les unes après les autres frappées par les effets multiples d’un virus qui vont au mieux bouleverser pour un temps, au pire définitivement mettre à bas, ces organisations telles qu’elles existent aujourd’hui. Les gouvernements rivalisent déjà de promesses afin que de nombreuses entreprises petites et grandes ne coulent pas par le fond, y compris quand elles dégagent des profits. Le filet de sécurité devrait être assez large dans certains pays pour que tout le monde s’en sorte à peu près si la crise n’est pas interminable, même si beaucoup y perdront en cours de route. En Grande-Bretagne, où plusieurs millions d’auto-entrepreneurs font tourner la ‘gig economy’, à grand renfort de ‘contrats 0 heure’, les solutions proposées par le gouvernement conservateur, pourtant pas si éloignées de ce que pourrait proposer le Labour de Jeremy Corbyn, ont immédiatement rendu leurs limites évidentes en montrant que les soutiers de la ‘gig economy’ n’étaient que modérément pris en compte. Si ceux-ci n’ont à se mettre sous la dent que le ‘Universal Credit’ mis en place et peaufiné par les gouvernements conservateurs ces dix dernières années, c’est grosso modo avec une douzaine de livres par jour qu’ils devront vivre. Nous n’en sommes qu’au début des réponses des Etats à une crise dont les effets ne peuvent être mesurés à présent, mais une chose est certaine : dans un pays comme le Royaume Uni, avoir laissé grandir à ce point une telle tumeur que celle que représentent les ‘contrats 0 heure’ signifie qu’à l’heure d’une telle crise, soit l’on va laisser sur le bord de la route des masses de personnes désespérées – tandis que les autres continueront à faire tourner les plateformes et les livraisons dans des conditions toujours aussi peu enviables – soit l’Etat va devoir consentir des efforts encore plus considérables pour faire en sorte qu’ils ne figurent pas parmi les victimes collatérales les plus exposées d’un système déshumanisant atteint en plein cœur en l’espace de seulement quelques semaines.

Paul Laverty et Ken Loach, dans Sorry We Missed You, font ce qu’ils ont toujours fait : démonter une logique tout en se penchant sur des cas individuels, et en mesurant les effets sur l’individu mais aussi le groupe le plus immédiat (de la famille à la communauté). Comme je l’avance ci-dessous, je pense que l’aspect de démonstration qui se trouve dans la plupart de leurs films est largement tempéré ici par l’incarnation, à mon sens totalement réussie. Ce film, on ne peut plus actuel à sa sortie, se saisissant à bras le corps d’une des questions les plus pressantes dans nombre de sociétés de par le monde, est-il déjà au moins en partie caduc ? Il est évidemment trop tôt pour l’affirmer, et rien ne dit que nous ne reviendrons pas en arrière malgré les changements majeurs que risquent de nous apporter les mois et les années à venir, malgré ce que nous allons apprendre et ce à quoi nous allons tous être un peu plus forcés à réfléchir. Pour l’instant, ce que décrivent en restant largement à un niveau individuel Laverty et Loach est complètement notre monde, et il s’agit de l’observer et de le comprendre au moment même où il est mis à mal. Ce film a fait dans les salles françaises environ quatre fois moins d’entrées que son film précédent, I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake. C’est un film que j’aime moins en tant que film, qui peut sembler plus ouvertement personnel dans son approche mais dont la dénonciation me frappe comme étant au bout du compte moins subtile, dont la portée m’apparaît moindre. Quoi qu’on en pense en définitive, il n’y a pas de raison pour que Sorry We Missed You soit vu par beaucoup moins de spectateurs. Je pense pour ma part qu’en termes de scénario et d’incarnation par les acteurs, il se place un cran au-dessus. Et je ne reviens pas sur sa nécessité, qui m’apparaît comme bien plus grande.

« De sa carrière à la télévision dans les années 70 et 80, alors qu’il n’arrivait plus à réunir les fonds nécessaires pour faire des films destinés aux salles – rappelons-le dans un contexte de crise profonde du cinéma britannique, avec une distribution très problématique – à ses tout derniers films, I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake (2016) et Sorry We Missed You (2019), Ken Loach aura bien été non seulement le portraitiste du Royaume Uni sous Margaret Thatcher et ses successeurs (y compris le Premier Ministre travailliste Tony Blair) comme on le présente parfois, mais surtout le chantre des petites gens, et singulièrement des travailleurs de plus en plus réduits à vivre d’expédients ou à se livrer à des activités malhonnêtes afin de pouvoir faire mieux que survivre. J’ai déjà pu écrire que, dans les nombreuses collaborations avec son scénariste des vingt dernières années Paul Laverty, je préfère les films où ils suivent la trajectoire de personnes s’enfermant dans une logique qu’ils montrent à l’œuvre avec beaucoup d’acuité, telle que l’adolescent de Sweet Sixteen (2002) ou la travailleuse qui se met à son compte dans It’s a Free World ! (2007). Je sais que je risque d’être bien minoritaire à préférer assez nettement Sorry We Missed You à sa très aimée deuxième Palme d’Or I, Daniel Blake : pour moi, sa plus grande nécessité politique – le rouleau compresseur des ‘contrats zéro heure’ et de la ‘gig economy’ nous affectent tous, ô combien – va de pair avec une plus grande attention à faire exister les personnages dans toutes leurs dimensions, sans les transformer en pures fonctions, ce qui était pour moi un peu trop le cas dans I, Daniel Blake. Dans Sorry We Missed You, je retrouve clairement tout ce que j’aime le plus chez Ken Loach, sa capacité à lester d’une humanité restituée dans sa complexité des ressorts scénaristiques parfois un peu trop volontaristes, les faisant accepter au spectateur parce que les personnages sont incarnés, au-delà de ce qu’ils peuvent représenter ou emblématiser. »

Dans cette perspective, il me faut saluer chaleureusement les quatre acteurs principaux, que je trouve tous à l’unisson, avec une enfant et un adolescent dont le personnage n’est jamais sacrifié, dont la présence à l’écran est toujours d’une justesse (ou d’une puissance) incroyable. C’est grâce à eux que le film finit par échapper à la démonstration ou à la leçon. Il me semble cependant important que, contrairement à certains films dans lesquels tout finit par se diluer dans l’intérêt porté à l’évolution de personnages individuels, les auteurs ne perdent jamais de vue qu’ils montrent une logique particulièrement viciée à l’œuvre. Ils le font avec grand talent, mais sans l’apport de ces acteurs, le résultat ne serait bien entendu pas aussi probant à l'écran.
Choupi C.
Choupi C.

27 abonnés 356 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 24 avril 2021
Film extrêmement réaliste et juste... mais malheureusement effectivement c'est pas ce que l'on recherche lorsque qu'on décide de regarder un film..
T P
T P

2 abonnés 43 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 8 avril 2021
Trop d'exageration dans l'histoire, trop caricatural, voire outrancier, le message ne passe pas, c'est dommage, le sujet méritait mieux.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 28 mars 2021
Présenté au Festival de Cannes 2019, “Sorry We Missed You” est un long-métrage du réalisateur déjà palmé Ken Loach. Le drame décrit les dérives du marché du travail à l’heure de l’ubérisation qui remet désormais en cause le statut des salariés. Pour exemple, Loach suit le portrait d’une famille de Newcastle qui rêve de devenir propriétaire. Une opportunité se présente. Ricky vend sa voiture pour acheter une camionnette et devenir chauffeur-livreur indépendant. Son nouveau statut d’auto-entrepreneur n’est pas sans surprise et le film nous plonge dans un engrenage sans fin autour du travailler plus pour vivre un temps décemment et où la notion d’être à son compte devient une illusion. Un portrait poignant et consternant de vérité.
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Gustavo34
Gustavo34

2 abonnés 7 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 10 mars 2021
Le film n'a pas grand intérêt... J'ai eu l'impression d'attendre que le film décolle durant 1H40. Le film est assez mal joué et le doublage est ignoble... Assez déçu étant un aficionado de films britanniques qui sont traditionnellement marqué d'un humour anglais plutôt fin...
Alasky

454 abonnés 4 545 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 février 2021
Film très réaliste, très sombre aussi, qui aborde des thèmes actuels avec une grande sincérité et sans prétention. Ce film n'est pas à mettre entre toutes les mains selon moi, d'une part pour les sujets tristes et moroses qu'il évoque, d'autre part pour l'affiche souriante et joviale qui ne reflète pas du tout l'humeur du film.
Sarssou
Sarssou

8 abonnés 14 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 15 décembre 2020
Très beau film qui représente bien les dérives de la société ! Les rôles sont très bien joués, en revanche le personnage de la maman peut rendre exacerbant...
ORHVETKTA
ORHVETKTA

42 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 décembre 2020
Film très engagé dont le but est d'analyser ce qu'il se passe en Angleterre lorsque des parents essaient de joindre les deux bouts en effectuant des jobs alimentaires pourtant nécessaires et fort utile pour la société.
Et le résultat n'est pas bien glorieux !
Hotinhere

790 abonnés 5 467 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 novembre 2020
A travers l'histoire d'un père de famille qui se démène comme chauffeur livreur à son compte afin de subvenir aux besoins de sa famille, Ken Loach dénonce l'ubérisation de la société et ses dégâts collatéraux sur la famille. Un drame social intense, humaniste et profondément touchant, porté par une interprétation impeccable.
DAVID MOREAU
DAVID MOREAU

160 abonnés 2 374 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 21 novembre 2020
CES GENS LA. L'odeur de la survie. Le militant âgé des gens ordinaires Ken Loach se penche sur le marché du travail. Un casting neuf et juste pour une question de liberté. Loach a fini une bataille mais n'a pas fini sa guerre. C'est toujours bien de faire quelque chose à laquelle on croit.
Kadec
Kadec

1 abonné 129 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 21 novembre 2020
J'hésite à donner 1/5 ou 5/5 à ce film car si vous voulez vous ruiner une soirée, regardez le.
Mais le génie de ce film est de réussir à toucher dans le mille grâce à sa modestie. Il n'aurait pas fallu de meilleurs acteurs, des scènes plus spectaculaires, de belles images ou plus de rebondissements. Non, la simplicité est ici d'une efficacité extrême et on en ressort cassé ou révolté.
Peut-être qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre. Les spécialistes le diront.
Florent A
Florent A

10 abonnés 156 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 novembre 2020
Ken Loach arrive comme toujours a peindre la misère sociale de la manière la plus subtile qui soit. Les acteurs comme toujours sont très bons malgré qu'il semble y avoir beaucoup de novices et de gens qui jouent leur propre rôle (comme souvent chez Ken Loach)! Le sujet est toujours d'actualités, ici le chômage et la pression que subissent des travailleurs indépendants type livreurs Amazon dans un monde ultra-capitaliste où il n'y a pas de sentiment. Le monde n'est pas manichéen et les personnages de ce film sont comme dans la vraie vie. Bref encore un très beau film, je recommande du même réalisateur: La part des Anges, I Daniel Blake, Looking for Eric...
Pamolico - blog
Pamolico - blog

14 abonnés 122 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 29 octobre 2020
Comme toujours chez Ken Loach, l'espoir se fait rare. Le réalisateur anglais dénonce ici les ravages de l'ubérisation, du capitalisme. Il filme cette course contre la montre pour survivre et faire survivre sa famille, la douleur qui enrobe les relations humaines, la noirceur du monde du travail (peut-être n'est-ce pas une réalisation à voir en ce moment...). J'en parle plus longuement ici : https://pamolico.wordpress.com/2020/10/29/sorry-we-missed-you-ken-loach/
Guillaume
Guillaume

155 abonnés 1 753 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 27 octobre 2020
"Sorry We Missed You" ne manque pas d'engagement ; c'est bien ce qui en fait sa principale force. Mais aussi une de ses faiblesses. Pas de remarques négatives sur la mise en scène, l'implication des acteurs : c'est du bon cinéma.
Mais ce côté "docu-fiction" ne trouve, selon moi, pas son chemin : dénoncer d'accord, mais ensuite ? Est-ce représentatif ?
Au final, ce film apporte plus de questions que de réponses, et me laisse un désagréable goût de perplexité en bouche.
LR7985
LR7985

42 abonnés 45 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 26 octobre 2020
Depuis le temps j'attendais un film coup de point sur les patrons qui pour payer moins cher demande au salarié qui à ce mettre à leur compte pour travailler sans contrat de travail et être payer à la journée.

Le patron de l'entreprise de livraisons à aucune compassion pour ces livreurs.

J'espère que ces boulot ultra précaire à faire croire en devenant auto entrepreneur tu gagnera mieux ta vie.
Pas pouvoir aller toilette ou prendre des petites pause de en temps en temps.

J' appelle ça de l'esclave moderne.


En plus aucune formations adéquate pour devenir auto entrepreneur.
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