Waves
Note moyenne
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Naughty Doc

1 041 abonnés 530 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 janvier 2020
Après Krisha et It Comes at Night, Trey Edward Shults revient chez A24 pour un film plus personnel. Waves se veut être une chronique familiale à la structure singulière. Autant le dire tout de suite, c'est une nouvelle réussite du studio !

Waves commence telle une coming-of-age story. A l'instar de 90's, autre production A24, le métrage nous invite au plus près d'une vie adolescente en pleine mutation. Mais contrairement aux attentes, Trey Edward Shults scinde son récit en 2, inspiré par le travail de Wong Kar-wai sur Chungkin Express. Telle une vague donc, on assistera avec Waves à une histoire faite de hauts et de bas, avec 2 énergies bien distinctes.

On suit dans un premier temps Trey (joué par un Kelvin Harrison Jr confirmant une fois de plus son talent après It Comes at Night), ado au comportement plutôt sanguin, toujours poussé plus loin par son père (un Sterling K. Brown excellent). Désireux d'être un sportif de haut niveau mais également écrasé par un modèle paternel imposé, cette première partie nous immerge dans une anxiété adolescente palpable. Son duo avec Alexa Demie apporte par ailleurs une des grandes forces du film, plein d'authenticité.

Quand à sa sœur Emily (la révélation Taylor Russell), c'est une ado plus réservée et sensible, qui découvrira également son premier amour (un Lucas Hedges qui fait toujours office de valeur sûre) dans une seconde partie à l'énergie plus lancinante et moins électrique. En prenant ces 2 points de vue à tour de rôle, le réalisateur dresse une chronique familiale orchestrée comme une symphonie.


Waves nous balade constamment via de multiples émotions, et si le risque d'avoir un récit balisé est là, Trey Edwards Shults court-circuite tout cela via une maîtrise dingue de sa narration et sa mise en scène. L'influence à la Malick sur Tree of Life n'est pas loin ! C'est simple, le plaisir pour les yeux est immédiat. La fluidité des mouvements de caméra est par ailleurs sublimée par la photographie magnifique et colorée de Drew Daniels (Euphoria).


Et cela tombe bien, car à l'image de la série HBO, on y suivra donc 2 ados perdus, dans 2 histoires d'amour aux issues distinctes, tentant de naviguer entre leurs émotions ou les pressions extérieures. Des thématiques communes avec une grammaire visuelle similaire. Et l'arrivée d'un drame terrible en milieu de film changera le point de vue, amenant une vraie résurrection en 2e partie. Si justement cette dernière sera peut-être moins forte et marquante, Waves reste un film d'une sincérité, d'une force et d'une tendresse rare.


Abordant à la fois des sujets complexes tels que la famille, l'avortement, la culpabilité ou le pardon, le réalisateur use de tous les outils à sa disposition. Que ce soient des explosions de couleur et de mouvements variés, le format de l'image (comme dans un Mommy de Dolan) ou le son, Waves s'attaque littéralement à nos sens pour véhiculer ses émotions.


A ce titre, citons une OST atmosphérique par Trent Reznor & Atticus Ross (Watchmen , Mid 90's), comme toujours d'excellent acabit. Trey Edward Shults avait par ailleurs une idée précise des sons qu'il voulait pour la soundtrack de Waves. La playlist, allant de Frank Ocean à Tame Impala en passant par SZA, amène un réel spleen existentiel, où les paroles sont en lien avec les évènements et émotions du film. Preuve de plus que Waves est une œuvre à la composition exemplaire.


Ne perdant jamais de vue ses personnages et le cœur émotionnel de son récit, Trey Edward Shults livre un film souvent puissant ! On regrettera peut-être une seconde partie un peu plus programmatique s'attardant un peu trop sur un personnage secondaire, mais là encore le réalisateur use de foreshadowing à la signification précise, sans jamais dévier de ce qu'il souhaite raconter.


Un casting excellent, une réalisation aux petits oignons…Waves est une nouvelle très bonne pioche de A24. Si l'issue du voyage pourra être attendue, le voyage en vaut la peine, nous proposant 2 tranches de vie capturant des sentiments complexes, avec une grâce admirable !
romain31000
romain31000

11 abonnés 15 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 décembre 2019
La bande annonce est vraiment intense et prenante. Malheureusement le film n'est pas totalement à ma hauteur ou alors que pendant la première heure.
Jorik V

1 363 abonnés 1 952 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 décembre 2019
On sort de la projection les yeux mouillés. Submergé. Par un arc-en-ciel d’émotions. Par un arc-en-ciel de réflexions. Par un arc-en-ciel de sensations. « Waves » fait partie de ces films qu’on n’attend pas forcément mais qui vous marquent profondément, qui vous touchent en plein cœur. Ces films qui vous caressent comme une douce lumière d’été durant un instant et vous glacent le sang celui d’après. Ces films que l’on aimerait garder rien que pour soi tant ils sont uniques et particuliers. Ces films qui réveillent un florilège de choses en nous, des sentiments parfois endormis. Ces films qui touchent à l’universel parce qu’ils convoquent tout ce qui fait que la vie est belle, mais parfois horrible aussi. Ces films qui vous envoûtent dès les premières minutes et vous absorbent la rétine pour ne plus vous lâcher. « Waves » c’est tout ça et bien plus encore. Difficile à résumer alors que son histoire est d’une simplicité qui confine à l’ascétisme. Pourtant, il nous passionne plus de deux heures par sa beauté formelle et les émotions intenses qu’il procure. D’ailleurs, le long-métrage s’ouvre sur un rayon de soleil, symbole du prisme des couleurs de l’arc-en-ciel, et se referme sur sensiblement la même image. Entre temps, on aura justement traversé tout le prisme des images et des couleurs dans notre cœur, dans notre esprit et au plaisir de nos yeux. En passant par tout un panel d’émotions en tous genres.



Le cheminement et le message en filigrane sont simples et beaux. Et par un habile tour de passe-passe de scénario, un revirement de script très risqué qui voit le film changer de personnage principal en cours de route, « Waves » nous montre que tout ce que la vie peut nous offrir de belles choses, elle peut le reprendre en un instant, que tout ne tient qu’à un fil. Que le bonheur peut voler en éclat à n’importe quel moment. Mais également que du pire des malheur peut renaître le bonheur à nouveau. Ce sublime long-métrage nous parle tout simplement de la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus classique, dans toute sa simplicité et sa complexité. Il suit narrativement une courbe émotionnelle basique mais intelligente qui couve une note d’intention positive puisqu’elle nous amène de l’expression du bonheur le plus simple à un cauchemar réaliste pour remonter vers l’apaisement et la lumière retrouvés. Le trauma central au milieu du film est aussi puissant, réaliste et éprouvant que pouvaient l’être, par exemple, ceux de « Requiem for a dream » ou « Irréversible ». En néanmoins bien plus terre-à-terre, trivial dira-t-on, et surtout l’aspect sensationnel en moins. Alors que durant les vingt premières minutes, le réalisateur nous fait une synthèse parfaite et évanescente de la réussite à l’américaine, le drame qui va se nouer petit à petit montre qu’en un instant tout peut voler en éclats. Mais par la force de sa mise en scène, de son script et d’un changement inattendu de point de vue, il conclut son film avec la plus belle des notes d’espoir. C’est beau à en pleurer et difficile à plusieurs instants de contenir ses larmes devant la charge émotionnelle de certaines scènes où des acteurs en tous points parfaits rivalisent de vérité dans leur jeu et de justesse pour nous étreindre le cœur. Que ce soit une sœur qui vient en aide à un frère qui va mal, un père sévère et désemparé qui décide de se confier à sa fille ou encore un adolescent qui pardonne à son père malade, « Waves » entrechoque les destins et les moments déchirants sans jamais forcer le trait mais en nous touchant toujours droit au cœur. C’est fort, c’est beau et ça sonne vrai.



Au-delà des émotions et réflexions profondes qu’elle procure, cette œuvre à la fois dure et douce nous met KO par la beauté de ses images. Dès le début où la caméra tourbillonne autour de son personnage principal enchaînant les séquences anodines pour en dresser le portrait, on est captivé par la magnificence de ses plans. C’est seulement le second long-métrage de Trey Edward Shults après le très remarqué et réussi film d’horreur indépendant « It comes at night », déjà visuellement très pertinent et impressionnant. Il réussit ici peut-être la plus belle mise en scène de l’année. Esthétique sans être prétentieuse ou tape-à-l’œil, elle convoque donc les couleurs de l’arc-en-ciel, des plus sombres aux plus lumineuses selon la tonalité des scènes. Le cinéaste ose aussi rétrécir l’écran en largeur ou en longueur pour coller avec ce qui se passe à l’écran, de manière discrète mais probante et en adéquation avec le propos. Il maîtrise des séquences éthérées à la « Virgin Suicides » ou d’autres tellement envoûtantes que Terence Malick lui-même pourrait les lui envier. Tout en les signant de sa patte personnelle, sans singer personne. Il réussit même à faire la synthèse, que dis-je le grand écart, entre l’imagerie de l’univers du clip (aidé par le fait que le film se situe à Miami) et celle du cinéma indépendant américain typique. Un bel ouvrage, un ouvrage d’orfèvre qui participe à la réussite d’un film qui approche le chef-d’œuvre. Ou quand la maestria visuelle se marie à la perfection du propos pour un film juste, fort, jamais prétentieux et tout simplement inoubliable. « Waves » est une chronique de la vie, une tranche de vie(s) qui sera une des perles, si ce n’est la perle de cette année cinéma. De la trempe de « Moonlight » en bien plus fort encore. A ne manquer sous aucun prétexte.


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