Mère courage
Elu Meilleur Scénario à la Mostra de Venise, ces 135 minutes marquent le retour du brésilien Walter Salles sur nos écrans, qu’il avait désertés depuis 2012. Eh bien, après ces 2 heures et quart passées en compagnie de la famille Paiva, on en redemande… Rio, 1971, sous la dictature militaire. La grande maison des Paiva, près de la plage, est un havre de vie, de paroles partagées, de jeux, de rencontres. Jusqu’au jour où des hommes du régime viennent arrêter Rubens, le père de famille, qui disparait sans laisser de traces. Sa femme Eunice et ses cinq enfants mèneront alors un combat acharné pour la recherche de la vérité... Mon 1er grand coup de cœur de 2025 pour cette chronique familiale et politique absolument bouleversante. Incontournable !
La dictature militaire au Brésil a duré plus de 20 ans, de 1964 à 1985. Curieusement, le cinéma s’est beaucoup intéressé à celles qu’ont subies l’Argentine et le Chili… à ma connaissance, c’est la 1ère fois, qu’un film nous parle frontalement de la brésilienne. On a pour habitude de considéré un Prix du meilleur scénario dans les grands festivals comme un accessit. Je m’inscris en faux, car, à mon avis – comme à celui de François Truffaut… bonjour la prétention -, il ne peut y avoir de bon film sans bon scénario. Et cette chronique qui s’étend sur 40 ans est un excellent film. Le cinéaste a connu la famille Paiva, Rubens, Eunice et leurs cinq enfants, à la fin des années 60, alors qu'ils étaient venus vivre à Rio. Il fréquentait même régulièrement leur maison à l'adolescence. Il y a découvert des courants musicaux et assisté à des débats passionnés sur la situation politique du Brésil. Le titre original, Ainda estou aqui est aussi le titre de la biographie d'Eunice Paiva, écrite par son fils Marcelo. Le projet était prêt dès 2017, mais la production cinématographique brésilienne a été paralysée par le gouvernement Bolsonaro de 2019 à 2023… Sûrement un hasard. Un récit sur la reconstruction d’une mémoire individuelle, la mémoire d’une famille brisée, qui se superpose à la quête de reconstruction de la mémoire d’un pays, le Brésil. Une pure merveille.
Charisme, élégance, force de conviction… voilà ce qui caractérise l’immense talent de Fernanda Torres, - Golden Globe de la meilleure actrice -, qui illumine ce film de sa présence. Immense actrice. Elle est entourée de Fernanda Montenegro, Selton Mello, Valentina Herzsage et de beaucoup d’autres, tous aussi épatants les uns que les autres. Cette œuvre magistrale contre l’oubli fait l’unanimité que ce soit dans la presse ou chez les spectateurs. Aucune émotion facile, aucun pathos déplacé, ce film, aussi digne que son héroïne, est d’une efficacité narrative redoutable où l’on voit le vide laissé par l’absence du père se transformer en force collective. De l’importance de la transmission et de la mémoire. Courez vite voir ce pur chef d’œuvre qui sonne comme une mise en garde.