Je suis toujours là un film profondément touchant, où mémoire, identité et transmission familiale s’entrelacent. L’idée de la persistance de la mémoire au-delà de la mort, mais aussi ses failles, notamment avec la menace omniprésente de l’Alzheimer et du temps.
Le film s’ouvre sur une séquence d’eau qui marque immédiatement le ton : Eunice est immobile dans l’eau, personne ne la dérange, les enfants préférant rentrer déranger leur père, figure centrale et animé de la famille. Mais plus tard, c’est la mère qui devient une figure centrale et nage désormais dans cette même eau où elle avait pour habitude de ne pas bouger et de ne pas être dérangé et pourtant sa fille l’appelle, le père n’étant plus là, c’est à elle de porter les responsabilités de la famille et de répondre à leurs demandes. À la toute fin du film, en 1994, cette fois ci c’est la plus jeune des filles qui nage symbole d’une transmission mémorielle et d’un oubli qui n’aura pas lieu malgré le début de maladie d’Eunice.
L’une des histoires les plus marquantes est celle de Marcelo, filmé de manière inhabituelle, notamment à travers ses pieds et son amour pour le foot, enfant agité, sa mère le prévient dès la première scène de faire attention en traversant mais c’est sans doute par sa négligence à traverser une route, qu’il devenu handicapé, un événement qui change à jamais sa relation à la mémoire, puisqu’il se lance dans l’écriture de livre notamment pour raconter l’histoire de son père.
Le petit-fils d’Eunice joue un rôle symbolique bien que moindre : il ressemble étonnamment à Rubens, son grand père, comme une réincarnation physique et spirituelle. Cet écho visuel devient une façon subtile pour le film de rappeler que, même face à l’érosion des souvenirs, la mémoire trouve des moyens de se perpétuer à travers les générations, Eunice ne pouvant s’arrêter de fixer son petit fils comme si malgré la maladie il lui rappelait quelque chose, quelqu’un…
L’utilisation du Super 8 et des photos de famille ajoute une touche nostalgique, presque tactile, au film. Ces fragments visuels capturent des moments éphémères et réactivent des souvenirs, à la fois pour les personnages et pour les spectateurs qui en fin de récit, ne peut que se rappeler de la belle vie qu’on lui a montré au début du film sans une certaine nostalgie pour ce qui ne reviendra pas, ce qui ne reviendront pas.
Enfin, la menace de l’Alzheimer, donne un poids émotionnel au film. La maladie agit comme un contrepoint cruel à cette quête de mémoire perpétuée. Elle rappelle que, malgré tous nos efforts, certaines choses s’effacent inévitablement. Les enfants ne rappelant plus quand tel ou tel photo a été prise et cela même sans maladie, le temps simplement entraîne l’oubli.
En conclusion, Rubens est toujours là, dans les souvenirs de sa famille, dans les vidéos et photo de sa fille, dans les reportages qui retracent la dictature brésilienne. Eunice qui avait l’habitude de tout ranger, de tout trier, de tout dater et cela depuis le début du film avec son mari à parmi une continuité mémorielle qui même lorsque les vivants ne seront plus là, se perpétuera et sera « toujours là »
Rubens est toujours là, symbole d’un Brésil passé mais qu’il ne faut pour autant pas oublier, pour ne pas recommencer.