Passion
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Skipper Mike
Skipper Mike

111 abonnés 650 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 mai 2014
À force de répéter son refus total de l’histoire et de toute forme de narration, Jean-Luc Godard ferait presque oublier que "Passion" est justement doté d’une histoire, intéressante qui plus est, bien qu’elle soit racontée d’une façon inhabituelle. En effet, les dialogues sont souvent en décalage par rapport aux actions des personnages et ils s’entremêlent d’une façon absconse pour peu qu’on soit inattentif. Si cette forme peut rebuter, elle est pourtant génératrice d’une certaine beauté et l’aboutissement d’une réflexion. Le fait que les personnages soient nombreux et les relations qui les lient variées permettent d’associer le travail à l’acte d’amour, via des aphorismes, des dialogues parfois sibyllins et des scènes emplies de grâce. Les séquences montrant le tournage sont particulièrement magnifiques, recréation d’œuvres picturales ahurissantes de beauté dans la composition des décors, le cadrage, les lumières et la musique. Cette dernière détient d’ailleurs une place prépondérante dans "Passion", et ses harmonies rentrent souvent en contradiction avec des nuisances sonores extrêmement désagréables : bruits de machines, sonneries de téléphones, klaxons stridents… Le mélange entre beauté (peinture, musique, visages) et laideur (vacarme, monde ouvrier, cynisme du patron) est ce qui fait le fondement du film, son originalité mais aussi ses défauts, puisqu’il limite le plaisir et tend parfois vers la prétention – quand Jerzy déclare la nécessité pour le spectateur de lâcher prise et de cesser de réclamer une histoire, il célèbre la toute-puissance de l’artiste mais en même temps, ne méprise-t-il pas le public qui n’y parviendra pas ? "Passion" est ainsi plutôt imparfait, oscillant entre le sublime qu’il n’atteint jamais vraiment et une platitude un peu vaine, mais il est aussi une œuvre d’art élégante et estimable. Godard filme ainsi magnifiquement les visages et les corps, établissant une continuité entre les scènes immortalisées par les grands peintres et les êtres humains filmés par la caméra. Le moment où Hanna se cache les yeux pour ne pas se voir sur un écran de télévision diffusant des rushes est ainsi très touchant, car il montre le pouvoir de sublimation du cinéma et le malaise qu’il peut provoquer en nous montrant plus beau que la réalité ne le fait. Mais si l’art n’est pas fait pour copier le réel, il agit pourtant comme un révélateur, soulignant ce qui est beau mais que la passivité du regard quotidien refuse de considérer comme tel.
In Ciné Veritas
In Ciné Veritas

108 abonnés 922 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 5 juin 2017
Dans Passion, Jean-Luc Godard procède à une mise à nu de sa passion, la création cinématographique ou, plus globalement, la création artistique. Au fil d’une narration déconstruite qui cite et invoque les grands maîtres de la musique classique et de la peinture, l’auteur d’A bout de souffle insuffle une énergie nouvelle faite de contrastes entre beauté et laideur, musique et bruit. Sous des traits assurément godardiens, la composition de tableaux vivants rivalise avec l’excellence de celle des plans-séquences. Plus de détails sur notre blog ciné : incineveritasblog.wordpress.com
DaftCold
DaftCold

26 abonnés 213 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 21 avril 2020
Récemment, je disais à quelqu'un que je trouve dans les films une source inépuisable de bonnes idées pour nous surprendre, rendre un film agréable à regarde,... Dans les films de Jean-Luc Godard, je trouve une source inépuisable d'idée pour rendre le film le plus illisible et insuportable possible. Vraiment à chaque fois je me dis que cette fois ci, ça ira, mais à chaque je passe un mauvais moment. Ici on a plein de plans moches, des acteurs sans émotions, le montage qui fait n'importe quoi...
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

94 abonnés 4 359 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 28 février 2024
C'est un Godard pour le moins compliqué dont on cherche, généralement vainement, à décrypter les idées se télescopant dans une mise en images cacophonique, chaotique, à en deviner le sens politique, philosophique ou artistique, les domaines de réflexion indissociables du cinéma de Godard.
Déjà, les personnages sont difficiles à identifier, au-delà de leur fonction sociale; lacunaires ou farfelus, ils s'entrecroisent dans la confusion , lançant au passage des sentences, des apostrophes, se prêtant à toutes sortes de conflits amoureux, professionnels, sociaux.

Godard semble mettre en parallèle le travail en usine (Michel Piccoli est un patron, Isabelle Huppert une ouvrière récalcitrante) et la création artistique, ces deux univers se rencontrant lorsque le cinéaste polonais Jerzy vient recruter à l'usine des figurantes. Une majeur partie du film traite du travail de Jerzy dans un studio, où il tente de mettre en scène un spoiler: tableau, inspiré des peintres flamands, cherchant inlassablement la lumière artificielle idéale.

Réflexion sur le cinéma en tant qu'art visuel capable de rivaliser avec la peinture? Le film nous échappe, ne nous permettant que de capter quelques fragments de comportements incongrus et de propos en bribes.
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