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Un visiteur
4,0
Publiée le 11 août 2008
Quand le plus grand génie du théâtre se penche sur un sujet historique passionant, ça donne une pièce brillante. Et l'adaptation ciné est à la hauteur. Le traitement est sobre, avec un noir et blanc très esthétique : d'un point de vue spectacle pur, c'est forcément très limité, mais l'intensité de l'interprétation et des dialogues atteignent un niveau rarement atteint dans le cinéma. Meilleure adaptation de Shakespeare au ciné, pour moi.
Ce film est long et bavard, toutes les répliques sont hyper théâtrales et traînent en longueur. Rien à voir avec le fait que ce soit un film classique, qui a donc vieilli, je lai regardé sans à priori. À part deux ou trois moments plus flamboyants, le reste est un peu boursouflé.
A la base j'avais pas du tout envie d'aimer Marlon Brando, mais vraiment. Il était trop baraquée, l'archétype du mec écervelé et pot de fleur. Mais non en fait. Il joue un Marc Antoine excellentissime. La faute aussi à la pièce de Shakespeare qui est magistrale mais Brando la sublime. Son discours aux plébéiens est hypnotisant, il a une aisance et un charisme magnétique, on boit ses paroles et sa duplicité est presque épatante tellement il est subtil. Je crois qu'à part Marlon Brando, j'ai rien retenu d'autre dans ce film, mais c'est un argument qui oblige largement à aller le voir !
Je me suis beaucoup amusée des commentaires "théâtral", "dialogues ampoulés" et autres : évidé que c'est théâtral, c'est la version filmée de la pièce de Shakespeare! Bref, on s'informe un peu avant de critiquer, ou on regarde un autre film. En ce qui concerne le jeu, je ne suis pas fan de l'interprétation de Marc Antoine par Marlon Brando. Il fait pâle figure à côté de James Mason ou John Gielguld. Cela reste une spectaculaire adaptation de la pièce du Barde.
Deux thèmes se détachent de la tragédie de Shakespeare dont le film de Mankiewicz est l'adaptation. Le premier, dans la séquence la plus spectaculaire, exprime la versatilité du peuple. Massée au pied du Capitole, où Jules César, vient d'être assassiné, la foule, d'abord indécise, encense Brutus son assassin avant que de faire sienne la colère vengeresse de Marc-Antoine, l'ami de César. Pouvoir de l'éloquence du tribun sur les masses, dangereux pouvoir de manipulation comme il est démontré dans cette œuvre dramatique qui est aussi une réflexion politique. La mégalomanie grandissante de César inquiète les démocrates Pour autant, doit-on l'éliminer ? Dilemme dont la résolution entraine Brutus dans les affres de la culpabilité -c'est le second thème majeur du film- autant parce qu'il a tué son père que parce que son crime en faveur d'une Rome démocratique contient en lui ses propres contradictions. James Mason et Marlon Brando, respectivement Brutus et Marc Antoine (et Mason a sans doute la plus grande part) se partagent la vedette dans ce film de forme théâtrale (deux décors: le Capitole puis les abords d'un champ de bataille) qui, néanmoins, m'a semblé manquer souvent d'intensité dramatique, comme les personnages d'un réel charisme, en dépit de leur brillante interprétation.