Avec son compère de cinéma Mehdi Idir, Grand Corps Malade s’était lancé, en 2017, dans l’aventure de la réalisation d’un film en adaptant son propre livre autobiographique intitulé Patients qui racontait le quotidien, dans un centre de rééducation, de jeunes gens traumatisés à la suite d’un accident. Cette première incursion du côté du cinéma, plutôt réussie, non seulement se confirme mais se bonifie avec la sortie de La Vie Scolaire. Certes, à nouveau, les deux réalisateurs ne prennent pas de gros risques puisqu’ils mettent en scène les propres souvenirs de collège de Mehdi Idir aux Francs-Moisins, un établissement sensible de Saint-Denis, souvenirs auxquels se rajoutent quelques autres témoignages. Ils ne se hasardent pas hors de leur propre sphère, mais ne cèdent pas pour autant à la facilité et proposent un film bourré de qualités.
La première et la principale qualité du long-métrage, c’est qu’il adopte un point de vue. Ce qui impressionnera probablement tous ceux qui verront ce film, c’est le personnage de la conseillère principale d’éducation (CPE), qui en est, clairement, le centre. Toute nouvelle arrivée dans ce collège, alors qu’elle vient d’une toute autre réalité que celle de Saint-Denis puisqu’il s’agit de l’Ardèche, elle se prénomme Samia (Zita Hanrot) et n’en prend pas moins à cœur sa mission. C’est par son regard, c’est de son point de vue, que l’on découvre les enseignants, les surveillants ainsi que les élèves du collège. Or ce regard ne cesse de s’affiner au long du film, donnant à ce personnage une épaisseur et une humanité qui ne peuvent laisser indifférent. D’autant plus que quelque chose d’elle, de sa vie en dehors du collège, se dévoile : si Samia a quitté l’Ardèche pour la Seine-Saint-Denis, c’est pour pouvoir visiter régulièrement son compagnon qui, lui, est incarcéré, non loin de là, dans un établissement pénitentiaire.
Or, l’une des ficelles scénaristiques du film, qui n’a d’ailleurs rien d’extravagant mais, au contraire, s’accorde à merveille avec le propos, c’est que, dans la même prison, est détenu, depuis deux ans, le père de Yanis, un des élèves du collège. Ce Yanis, garçon perturbé (on le comprend) et perturbateur, ne croyant pas que ses études puissent lui servir à grand-chose, se détache du groupe des élèves pour devenir l’une des figures centrales du film. Disons qu’il fait partie des collégiens qui, par la force des choses, ont le plus affaire à la CPE. C’est, entre autres, et, peut-être, de manière privilégiée, par sa relation avec Yanis que l’on perçoit le mieux les qualités d’écoute de Samia ainsi que sa volonté de donner des chances sinon de réussite, en tout cas d’une vie sociale apaisée, à chacun des élèves, y compris, ceux qui, comme Yanis, semblent déjà faire partie des laissés-pour-compte.
Samia apparaît comme un personnage exemplaire, il faut le dire, et je ne doute pas une seconde qu’on puisse en trouver de semblables dans l’éducation nationale. Elle ne se laisse pas détourner de sa mission, pas même par ses problèmes personnels. Quand elle se doit de sanctionner l’un des surveillants pour faute grave, elle le fait de la manière la plus discrète possible pour ne nuire ni à ce dernier ni à l’établissement. Et quand elle apprend qu’un des élèves qui dérobe de la nourriture à la cantine et qu’elle a donc dû sanctionner ne le fait que pour venir en aide à ses proches dans le besoin, à sa famille dont les membres ne mangent pas tous les jours à leur faim, elle en tire aussitôt la leçon et adopte une mesure qui puisse donner une aide précieuse aux élèves issus de familles en grandes difficultés sans, pour autant, leur donner le sentiment d’être des assistés. C’est un exemple, parmi d’autres, qui me permet de souligner la beauté de ce personnage de CPE, superbement écrit et interprété à la perfection par Zita Hanrot. Ce qui me conduit, pour finir, à faire l’éloge de tous les autres acteurs et actrices du film, la plupart non professionnels, avec une mention particulière pour les adolescents qui jouent, de manière bluffante, leur propre rôle.