Comment vivre lorsqu'on a prix une mauvaise décision et que celle-ci pèse comme une lourde responsabilité ? Comment se regarder dans la glace, regarder dans les yeux de ses enfants et de son épouse? Vivre dans le déni ? Mentir, tricher? en finir avec la vie ? Franck, alias Olivier Gourmet, va devoir assumer cela dans " Ceux qui travaillent". Physique passe-partout, taiseux à souhait, l'acteur glisse sa carcasse avec finesse dans ce cadre supérieur, remercié à l'aune de ses cinquante ans et offre dans ce petit film social une partition honnête. Un film désenchanté.
Un synopsis qui m'a de prime abord fait penser au film avec Harrison Ford "A propos d'Henry" pour son portrait d'un homme financièrement aisé mais humainement assez détestable, déconnecté qui va, suite à un événement tragique, cathartique, devoir se remettre en question. Au delà de cette peinture de cet individu dont la fierté est de s'être construit à la force du poignet, une vision prégnante du capitalisme dans sa définition la plus prédatrice, abjecte, prête à tout pour assouvir le besoin de consommation de notre société. Une mise en scène assez froide mais qui aboutit sur une intéressante fin ouverte, ambigüe, un ensemble porté par un Olivier Gourmet très bon en homme dont les convictions vont être sérieusement ébranlées. Vraiment pas mal.
Je commencerai par saluer la prestation d’Olivier Gourmet. Frank, un cadre supérieur dans une compagnie de fret maritime va ordonner un acte criminel : spoiler: jeter un clandestin à la mer . Un acte « altruiste », nécessaire, inévitable, selon lui, pour éviter un surplus financier qui plongerait son entreprise dans la crise. Seulement son entreprise ayant appris sa décision choisit de le licencier anticipant tout scandale s’il venait à être connu des médias. Je me garderai bien de vous dévoiler l’issue de cette ordre donné par Frank. Le commandant du cargo a-t-il exécuté l’ordre ? Toujours est-il, Frank le bourreau, comme à l’image du clandestin, s’est vu débarquer soudainement de son entreprise. Antoine Russbach, le réalisateur, sous-entend par la voix de Frank, que ce genre de pratique dans les compagnies de fret maritimes relèverait du possible. Ça fait froid dans le dos, d’autant que Frank parle d’hypocrisie à ce sujet. Donc, une pratique qui ne se conjugue pas au conditionnel ! Au-delà de ce tabou évoqué, c’est l’environnement familial qui m’a aussi marqué. Olivier Gourmet a su traduire, dans ses longs silences, la frustration, la colère sourde suite à "l’injustice" de son licenciement ; ses nombreuses réflexions intérieures quant à son éventuelle culpabilité ; et ce qui est fort, le spectateur que je suis, ne suis pas convaincu que Frank ressent réellement de la culpabilité ! Frank semble persuadé d'avoir bien agi, d'avoir agi pour le bien de son entreprise. Antoine Russbach a su de son côté traduire l’immense solitude de Frank au sein de sa cellule familiale. Ce n’est pas tant que sa famille, femme et cinq enfants, vaque à ses affaires comme s’il n’était pas là, c’est l’incapacité de Frank à vivre dans cette famille en dehors des heures de travail. Frank ne sait pas ne pas travailler. Il n’est pas à sa place quand il est à la maison. Bien sûr, il a sa place avant d’aller au travail, après son travail, pendant ses congés, mais il ne semble plus exister pendant cette période d’inactivité. Et ce d’autant plus que sa femme se détourne de lui après sa confession. Plus que jamais, cette figure patriarcale, taiseuse, est seule. A cela s’ajoutent ses enfants qui, à l’exception de sa petite dernière, se montrent capricieux et égoïstes. Un des fils lui fait comprendre cruellement qu’il est hors de question de changer de vie, sous entendu, son père doit se bouger pour continuer à maintenir un train de vie très confortable et privilégié. Comme pour son entreprise, Frank veut éviter la crise, l’effondrement de sa famille, alors il signera un nouveau contrat de travail, lequel me confirme qu’il est animé d’aucun sentiment de culpabilité.
Excellent Gourmet, une nouvelle fois jouant tout en finesse et en intelligence dans un film qui ne cache pas l'âpreté du monde du travail. U ne réalisation soignée, parfois un peu molle mais le sujet est grave, des seconds rôles parfaits dans un film porté par l'interprétation d'Olivier Gourmet. Bravo beaucoup d'émotion
J’ai apprécié le thème abordé et la psychologie assez fine de « l’homme broyé par son entreprise » . Le zèle forcené qui fait que l’intérêt de l’entreprise, prime sur toute autre considération, surtout « humaine » !!!
Les valeurs mises en avant à la maison…..ne sont plus considérées dans le cadre de la fonction de Franck, aveuglé par sa fonction….. Fascinant aussi, de voir la cargaison, les hommes, en pleine mer, « dirigés » par un homme à terre, à Genève ! Il est sans doute plus « à sa place » dans son rôle de cadre, obtenu après tant d’efforts, qu’à la maison, où celle qui le comprend le mieux, est « la petite dernière » …. Le schéma familial est un peu, à l’ancienne…..son rôle est prioritairement, d’assurer le confort à sa maisonnée qui ne « rentre pas dans les détails » mais perçoit des choses…..
Des questions: - la conscience de l’individu et les intérêts de l’entreprise. - le regard et le jugement de la famille, sur le Père « qui permet le train de vie » - le peu de place, laissé à la « morale » dans l’entreprise. (raisonnement économique).
J’ai reproché parfois le manque de rythme du montage ? Olivier Gourmet traduit avec justesse, les méandres de l’âme, entre assumer et problème de conscience…. Ce film ouvre au dialogue sans donner de leçon!
Olivier Gourmet est, comme souvent, excellent, dans ce drame à tendance sociale qui évite intelligemment tout manichéisme en servant un propos nuancé de toute part. Si le film démarre de manière très prometteuse, il est plus que dommage que le scénario patine sévèrement au bout d'une petite heure à peine. L'intrigue se fait beaucoup moins incisive et peine à trouver un second souffle nécessaire, malgré un léger regain final. Assurément un réalisateur à suivre.
Sombre et pesant, un film sur une personne dure et fruste dont la vie ne repose que sur son travail, qu'il perd et qui se retrouve perdu. Les scènes familiales paraissent quand même un peu bizarres et décalées par rapport au personnage principal et aux relations supposées avec ses enfants
De Antoine Russbach (2019). Avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Louka Minnella. Un film sociétal autant que social. Déroutant parfois tant il dépeint avec une accuité glaçante, la réalité d'un système dont à bien des égards , nous sommes tous responsables. La force du film réside en un amoncellement de faits, d'éléments plus que de preuves pour étayer le raisonnement que le système capitaliste génère monstruosités et petits comme grands arrangement. La leçon donnée à l'enfant sur un port de container est magistrale. Tout comme l'est (comme toujours) Olivier Gourmet à la fois froid, glacial et méthodique. Unrélexion sur le chemeinement d'un homme qui pour vivre et surtout faire vivre sa famille a tout accepté jusqu'à l'irréparable. C'est puissant voire même d'un cynisme assumé. Jusqu'au fils préférer sauvegarder son niveau d'existance que la présence d'un père trop accaparé à faire vivre sa famille. Déprimant à plus d'un titre dans ce qui peut se passer dans le monde du travail. Pas de compassion possible !
Écrire un commentaireUn regard intéressant sur le monde impitoyable du travail, de la mondialisation, du capitalisme au travers du parcours d'un cadre sup', ce qui change des satires sociales habituelles d'ouvriers ou d'employés lambda. Des longueurs malheureusement nuisent à l'histoire et la rendent parfois ennuyeuse. Remarquable jeu d'Olivier Gourmet, très crédible.
Bien qu'un peu lent, ce film retrace bien les potentiels souffrances au travail et celles dû à la perte de celui-ci, même lorsqu'on est à l'abri du besoin.
Le sujet est rude mais instructif et intéressant si l'on ne connaît pas le milieu de la marine marchande.Pas un seul mot de trop,toutes les répliques sont percutantes et les images terriblement parlantes,le "travailleur" et ces cinq enfants insouciants. Les acteurs sont parfaits.Je remonte ma note!
Très bon film parce qu'il dénonce cette société ignoble avec ces gens capables de tout pour l'argent, très bonne interprétation, mais que l'argent fait du mal ....
Oui, Olivier Gourmet est très bon, mais dans l'ensemble, la trame scénaristique aurait mérité à être plus serrée , parfois on frôle l'ennui. De très bonnes répliques toutefois sur l'hypocrisie capitaliste.