Anne Fontaine, à de rares exceptions, j'aime vraiment bien. Celle-ci est capable d'imaginer des histoires subtiles, parfois captivantes, sachant créer le trouble à travers des personnages complexes, ambigus. Et je crois vraiment que c'est ce qu'elle a à nouveau essayé de faire avec « Police », ce que laissait espérer une bande-annonce plutôt réussie. Malheureusement, j'ai rapidement senti que pour l'occasion, cela allait dérailler. D'abord, c'est très démonstratif. Dans l'absolu, présenter tout à tour les trois protagonistes afin d'en être plus proche, pourquoi pas. Encore faut-il que ce soit bien fait, notamment lorsque les différents récits se regroupent, donnant plus l'impression de répétitions appuyées que d'un puzzle à la « Memento ». C'est quand même très long et on se demande quand le « vrai » sujet du film va être abordé, d'autant que nous ne sommes pas attachés outre-mesure à eux, et surtout pas à celui interprété par Grégory Gadebois. Ça finit par être le cas, non sans quelques dilemmes moraux intéressants, mais dont on a vite fait le tour et auxquels on a surtout énormément de mal à croire, d'autant que les dialogues pour illustrer les oppositions entre le trio manquent singulièrement de subtilité. En plus de pas mal combler pour essayer de rendre le trajet intéressant (sans grand succès), les situations sont forcées, l'évolution des uns et des autres trop soudaine
(le baroud d'honneur de l'héroïne pour sauver le malheureux migrant apparaissant bien plus grotesque qu'émouvant)
et surtout, difficile de faire plus banal qu'un portrait de flics déprimés, blindés de problèmes professionnels, donnant une image caricaturale de notre belle police alors que je suis sûr que la réalisatrice voulait, au contraire, lui donner un visage plus humain, complexe, loin des caricatures que l'on peut avoir aujourd'hui à travers les débats ayant enflammé la France ces derniers temps. Reste alors la présence d'Omar Sy, excellent dans ce qui est (du moins dans la première moitié) la seule bouffée d'air frais du récit, Virginie Efira s'étant déjà montrée plus inspirée dans un rôle dramatique tandis qu'il est tellement impossible de s'identifier au rôle de Gadebois (au point de presque me faire sortir du film) que la qualité de son interprétation n'a presque pas d'importance. Il y a bien quelques moments, notamment au début, qui décrivent pas mal l'horreur quotidienne à laquelle certains finissent presque par s'habituer, ce sentiment d'incertitude, cette tension inhérentes à la profession, mais cela reste bien trop fragile, bien trop discret pour espérer sauver un récit aussi bancal, mal servi par des personnages très loin de la complexité à laquelle rêvait manifestement Anne Fontaine lorsqu'elle s'est lancée dans ce projet. Décevant.