Je ne pense pas avoir lu le livre éponyme de Sorj Chalandon, prix Goncourt des lycéens 2013 et je m’attendais à un autre film, plus proche d’un « César doit mourir » des frères Taviani, ou du « Triomphe » d’Emmanuel Courcol où dans les deux cas, un homme de théâtre venait dans une prison, monter une pièce avec les détenus...là pas de prison mais un pays en guerre, le Liban des années 1982-83... Si Georges (Laurent Lafitte) se retrouve à Beyrouth, c’est surtout par amitié pour Sam Akounis. En effet, ce dernier, un pacifiste grec, un juif dont toute la famille a péri à Birkenau et qui s’est réfugié à Paris à l’époque de la dictature des colonels, lui a demandé de le remplacer dans cette ville pour mettre en scène la pièce de théâtre « Antigone » écrite par Jean Anouilh durant la seconde guerre mondiale. Sam est très malade, il sait que le cancer qui le ronge ne lui laisse plus qu’un temps limité à vivre, mais il a ce projet qui lui tient particulièrement à cœur : ...donner une représentation de cette pièce au théâtre Beaufort, situé en plein sur la ligne de démarcation au cœur de Beyrouth alors que le Liban est déchiré par la guerre civile, l’ensemble des interprètes venant des diverses communautés qui peuplent ce pays : Imane, l’interprète d’Antigone est palestinienne et sunnite, l’interprète de Hémon sera druze, celui de Créon un chrétien maronite, Eurydice, femme de Créon et mère de Hemon, étant elle interprétée par une femme de la communauté chiite, etc. Quant à Georges, il sera « le chœur », il portera la kippa que Sam lui a donnée pour figurer le juif. En fait, Sam a déjà tout organisé : accord des communautés, autorisations de circulation, distribution de la pièce, subventions. Pour que ce rêve de paix et de fraternité puisse devenir réalité, pour que ce témoignage de bonne volonté de la part des communautés puisse se dérouler, il ne reste plus qu’à procéder à des répétitions qui se dérouleront dans un lieu moins dangereux que le théâtre Beaufort et à profiter d’une courte trêve qui a été négociée et qui permettra à l’unique représentation de se dérouler sans anicroche dans ce beau théâtre qui a déjà beaucoup souffert de la guerre civile... Comme si l'art pouvait sauver le monde ou, au moins, instaurer une trêve en plein cœur d'un conflit meurtrier, comme si ce rêve un peu fou de vouloir réconcilier l'irréconciliable à travers un projet artistique, d’arriver à stopper une guerre féroce ne serait-ce que pendant deux heures en présentant une pièce de théâtre sur la ligne de front... pouvait être autre chose qu’une utopie...et quand la guerre redouble d’intensité, que les israéliens laissent les phalangistes entrer dans les cas de Sabra et Chatila, Georges se retrouve perdu au milieu de communautés qui sur le terrain se déchirent et s’entretuent... et se retrouve à entrer dans un conflit fratricide qu'il ne comprend pas.
David Oelhoffen , le réalisateur va progressivement délaisser la description du travail sur la pièce, qui aurait été une bonne issue, pour privilégier la tension dramatique, les faux espoirs trahis, d’une façon excessive et s’enlise dans le mélo ... Le film, en dépit de la qualité globale de sa réalisation, avec quelques scènes terribles à la clef et surtout avec l'interprétation impressionnante de Laurent Lafitte et celle au diapason de Simon Abkarian, auxquels il faut ajouter l'ensemble d'une troupe qui a vécu un tournage difficile, sur place au Liban, n’est peut-être pas pour les lecteurs de Sorj Chalandon, à la hauteur du livre...