La guerre nourrit la guerre.
La 1ère réalisation de David Oelhoffen date de 2006, mais son 1er succès de 2014 avec Loin des hommes qui, déjà, parler de la guerre, comme son prochain d’ailleurs qui sort dans un mois, Les derniers hommes. Il est aussi le scénariste inspiré de Sauver ou périr et L’affaire SK1. Pour ces 114 minutes, il a adapté le roman éponyme de Sorj Chalandon de 2013. Liban, 1982. Pour respecter la promesse faite à un vieil ami, Georges se rend à Beyrouth pour un projet aussi utopique que risqué : mettre en scène Antigone afin de voler un moment de paix au cœur d’un conflit fratricide. Les personnages seront interprétés par des acteurs venant des différents camps politiques et religieux. Perdu dans une ville et un conflit qu’il ne connaît pas, Georges est guidé par Marwan. Mais la reprise des combats remet bientôt tout en question, et Georges va devoir faire face à la réalité de la guerre. Récit tragique d’une tentative de « trêve poétique » qui prend à la gorge.
Ce n’est pas la première fois que le roman - qui a reçu le prix Goncourt des Lycéens lors de sa parution -, est adapté puisque la BD et le théâtre s’y sont déjà intéressés. Le film a été tourné à Beyrouth, - mais avant la date tragique du 7 octobre 2023 -, et est censé se dérouler en 1982 pendant les massacres de Sabra et Chatila. Une tâche complexe, car il n’y a plus de distribution d’eau et d’électricité dans la ville. Certes, ce drame nous montre – et ne tente surtout pas d’expliquer – la réalité de ma guerre civile au Liban. Mais, au-delà, il tente d’analyser comment l’art peut avoir un impact positif sur le monde, mais aussi les limites de son pouvoir. Plusieurs langues sont utilisées comme le français et l’arabe, qui n’est volontairement pas sous-titrée dans le film, afin de mettre le spectateur dans la peau du héros face à des situations qui lui sont difficiles à comprendre. Ce héros, chef d’un projet fou, devient personnage d’une tragédie qu’il ne maîtrise plus. Il traverse le fameux Quatrième mur, ce mur imaginaire qui sépare le lieu du spectacle - la scène- et la salle - le réel -, qui sépare les acteurs des spectateurs. Ce film passionnant, troublant et d’une grande intelligence est une vraie réussite. A voir sans tarder.
Evidemment, l’ensemble est porté par un formidable Laurent Lafitte, qu’on a rarement vu dans le registre tragique. Il trouve en Simon Abkarian, Manal Issa, Tarek Yaacoub des partenaires remarquables de justesse et d’engagement. Les seconds rôles et les figurants sont tous libanais. Un nouveau film qui apporte sa pierre à la dénonciation de l’absurdité de la guerre et qui résonne d’autant plus clairement avec l’actualité brûlante. Un acteur époustouflant, un récit du chaos comme on en voit peu… un très grand film qui rappelle que les rêves de paix sont aussi fragiles qu’essentiels.