Chained for life pourrait être une idée, entre la Nuit Américaine et les Yeux sans visages, ou un pas ouvert entre deux pôles, le film celebrant un sorte d'harmonie heureuse de la dualité (deux films deux groupes, deux actrices). Car si le tournage d'un film est une manière pour le cinéaste de dessiner des personnages dans une relation à la fois intime et professionnelle, qu'advient il lorsque cette relation touche à l'essence même de ce qu'est une représentation, un corps en mouvement et son désir de le filmer ? De manière très maline Aaron Shimberg ne dresse jamais les personnages dans des conflits trop explicites, il réserve à sa fiction dans la fiction, le rôle d'une excroissance malade et kitch qui surexpose les enjeux sentimentaux et dramatiques de personnages "stylisés". Il s'interesse aux aspirations simples et humaines et joue au jeu de troubler (un peu) les espaces de représentation (qu'est ce qui appartient au film ou à son double) mais sans sophistications. Ce qui l'interesse et qu'il fouille dans une forme de surface bienveillante c,'est la naissance d'un sentiment plus que d'un trouble, dont on ne saura jamais si il née ou si il demeure enfouie sous le poids d'une convention de jeu (la scène d'amour à l'image de la scéne de la projection, offre en mirroir l'image de la naissance d'un amour). Peut être n'est ce qu'une fausse piste, Shimberg se permet une apparté ou chaque acteurs secondaires, s'empare d'une camera pour créer une histoire collective. Cette utopie heureuse qui s'oppose à la vision créatrice hystérique d'un réalisateur allemand, permet au film d'avancer sur une piste plus généreuse, ou chaque individu peut filmer son histoire et rêver à une forme de reconnaissance de ses "désirs". Mais qu'en est-il du sentiment ? Mabel, sans jamais tomber amoureuse, porte en elle un germe latent, indéfinissable, de la confrontation (heureuse) qui l'oppose à Richard. Ce dernier va jouer lui même un mari, tel qu'il est, désireux de vivre une histoire de jalousie "normale" sans que sa difformité ne sois cachée. Ces deux acteurs devenant par le jeu du cinéma redoublé, deux individus mettant à nu leur vérité. Le film dessine le portrait d'une relation brumeuse, et sur sa scène finale d'une actrice plongée dans une sorte de perte de contrôle subtile, ou filmer devient toujours une emprise sur un corps en mouvement. Si il était moins obligé de tenir les bouts de son intrigue par un incessant va et vient avec son double maléfique et grotesque, la matière mis en forme par Shimberg pourrait sans doute promettre d'avantages d'audaces. Mais en l'état, elle offre tout de même de beaux instants de délicatesse et de subtilité.