Voici un film qui relève autant de la curiosité que d'une véritable ambition. Un film d'une exceptionnelle brièveté (1h16), réalisé par un tout jeune homme, Hiroshi Okuyama (23 ans), sur un sujet étonnant et, disons-le, dérangeant. Yura est un petit garçon d'une dizaine d'années qui doit quitter Tokyo pour aller vivre chez sa grand-mère dans l'île peu hospitalière d'Hokkaido où il sera scolarisé dans un collège protestant. D'abord isolé, il fera un double apprentissage, celui de l'amitié avec un garçon de son âge et celui, plus étonnant, d'une relation passionnée avec le Christ qu'il découvre dans un pays où le christianisme est, on le sait, peu représenté. Seulement voilà : Jésus va apparaître à l'enfant comme un compagnon de tous les jours, curieusement réduit à l'état de miniature qui en fait une sorte d'animal de compagnie au comportement quelque peu fantasque. Présenté ainsi, le film peut apparaître comme un joli conte de Noël (il est du reste sorti en France le 25 décembre), or il n'en est rien. Un conte certes, mais d'une certaine cruauté, le scénario virant sur la fin à la tragédie. Le Christ ne sera pas le rédempteur souhaité, mais une marionnette bonne à éliminer. C'est que l'enfant a fait l'expérience de la mort de son ami. Le traumatisme est si fort - quoique non exprimé par des larmes (nous sommes au Japon et l'on sait se tenir) - que les certitudes de l'enfant n'y résisteront pas. Le film est inspiré d'un fait vécu par le cinéaste et l'on devine l'urgence qui a été celle de ce jeune homme qui a mis sa passion et ses compétences cinématographiques au service d'une expérience déterminante de sa vie. On ne peut que saluer la densité du scénario et du montage, mais aussi la qualité étonnante de la distribution, et tout particulièrement du jeu des deux enfants. Mais on sera également sensible à l'intense beauté des images et des plans parfaitement maîtrisés, qu'il s'agisse d'évoquer les repas chez la grand-mère ou bien les paysages enneigés de l'île d'Hokkaido qui nous amènent à penser à un autre "petit garçon", celui d'Oshima, dans un registre, il est vrai, fort différent mais tout aussi poétique.