Il s'agit d'un film courageux et méritant, dans la mesure où il dénonce effectivement les conditions de vie et de travail des laissés-pour-compte du libéralisme, il met en scène une infiltration improbable mais totale de la part de Juliette Binoche, étonnante et parfaite, mais surtout, il ne cède pas aux sirènes du mélo social, ne prétend jamais avoir défoncé les barrières sociales au-delà d'une complicité qui, bien que sincère, est fatalement corrompue. Un trouble, aussi humain que social, dont le film ne se détourne pas mais peine néanmoins à en embrasser toute la complexité.
"Ouistreham" n'est donc pas un grand film social mais ses préoccupations, entre documentaire et fiction, l'empêchent également d'exploiter tout le potentiel émotionnel de son dispositif. Tant mieux si la putasserie romanesque nous est épargnée, elle serait certainement bouleversante mais indigne de son sujet et de la posture de ces sacrifiés du système.
Un film en équilibre donc, complexe et très justement inabouti car jamais son sujet ne sera traité de manière exhaustive. A accepter pour ce qu'il est, une illusion et un vertige cinématographique, à l'image de l'interprétation des acteurs et actrices non-professionnel(le)s, réels agents d'entretien, dont une Hélène Lambert impressionnante qui nous permet d'effleurer une vérité ambitieuse mais terriblement cruelle.
Une histoire poignante, portée par une des plus grandes actrices du cinéma français mais aussi par des néo-acteurs amateurs dirigés magnifiquement . Juliette Binoche y est éblouissante de sobriété, de justesse, de sensibilité...Un film poignant sur la réalité sociale dans notre pays, celle que l'on ne veut ou peut pas voir si on n' y est pas confrontée. Un film magnifique et utile que je conseille à tous...
Dans le cadre des « Immanquables de l’été », j’ai vu « Ouistreham » de Emmanuel Carrère sorti en salle en 2021. Ce film est l’adaptation d’un livre de la journaliste Florence Aubenas qui avait raconté sa propre expérience de femme de ménage dans « Le Quai d'Ouistreham » paru en 2010. Marianne Winckler (Juliette Binoche), écrivaine reconnue, la cinquantaine, va volontairement s'immerger durant un an dans le monde du travail intérimaire, en travaillant incognito comme femme de ménage dans différents sites puis à bord des ferries assurant la liaison entre Ouistreham et Portsmouth où il faut faire une chambre en 4 minutes et laver les toilettes et passer la serpillère dans des espaces collectifs, et ce pendant l’escale qui dure 1 h 30, le ferry faisant 3 rotations par jour avec donc des horaires de travail impossibles. Marianne est au cœur même de la misère sociale mais va découvrir l’entraide et la solidarité qui unissent ces travailleuses de l’ombre, ignorées des voyageurs. Elle se liera plus particulièrement avec Chrystèle, mère de 3 enfants, qui lui offrira un cadeau très symbolique lors de son anniversaire. Mais que deviendra la relation entre toutes ces femmes lorsque la vérité éclatera ? Un film qui en plus de montrer - j’allais dire une nouvelle fois - la pénibilité et la précarité de ces emplois mais sans approcher les films de Dardenne ou de Ken Loach, aborde la problématique de cette relation biaisée qui ne peut que tourner à la trahison même si Juliette Binoche s’avère très convaincante. Une journaliste parisienne a-t-elle le droit de « jouer à la femme de ménage » … même si on peut dit-elle « mentir sans tricher » ? A noter que la compagnie Brittany Ferries a refusé les autorisations de tournage des scènes à l’intérieur du Ferry en raison de l'image « dégradée » donnée à leur entreprise…
Immersion d’une écrivaine dans le train-train quotidien de femmes de ménages dans une classe social bien inférieur à elle. Juliette Binoche est la seule actrice « pro », les autres joues leurs propre rôles voilà pourquoi ce film est si criant de vérité. La grande bascule arrive à 20mn de la fin... Film poignant qui en le visionnant ferait en redescendre sur terre plus d’un.
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3,0
Publiée le 23 juin 2022
« Je veux rendre les invisibles visibles. » Pour son premier film en 16 ans, Emmanuel Carrère adapte le récit autobiographique de la journaliste Florence Aubenas qui s'est mise à la place de ces travailleurs précaires pour mieux les comprendre. Pendant six mois, elle a vécu la vie des plus démunis, enchainant les petits boulots pénibles à la recherche d'heures dans le but de « survivre » comme ces hommes et femmes qui luttent au quotidien. "Ouistreham" est avant tout une vraie histoire humaine avec de beaux portraits de femmes courageuses et lumineuses malgré les nombreuses difficultés rencontrées. Au-delà de la pénibilité du travail, on note aussi un très grand mépris envers ces personnes. Le discours du formateur sur le fait de devoir « insister » pour avoir un simple bonjour en dit long sur la manière dont ces personnes sont perçues. Au-delà du thème social qui est abordé, on peut se poser des questions sur la nature de cette investigation avec la journaliste qui a pris la place d'une personne qui avait besoin d'un travail et qui s'est « servie » d'autres personnes pour son propre intérêt. Si c'est le métier qui veut ça et que c'est nécessaire pour avoir un point de vue le plus sincère et naturel possible, on comprend que certaines personnes se sentent trahies par cette démarche surtout quand elles pensaient être dans une relation d'égal à égal et de confiance avec elle. D'un point de vue purement cinématographique, Emmanuel Carrère traite ce sujet avec beaucoup de justesse, d'humanité et de recul pour respecter les personnages. En somme, un bon petit drame social avec des personnages très attachants.
La portée dramatique de ce film est fortement limitée et on se rend bien compte que le scénario est tiré d'une enquête et non d'un roman : la position est très attentiste, l'histoire se déroule de façon linéaire, la progression narrative est faible. Malgré tout, le ton est juste et le film a le mérite de ne pas sombrer dans un misérabilisme facile qui aurait pu lui être préjudiciable.
Un film social et engagé, mais dont la construction "brute" le rapproche d'un documentaire. Cette ambivalence nuit à la qualité du message, pourtant sincère et légitime.
Adapté du roman de la journaliste Florence Aubenas, le film de Matthieu Carrère mélange délivre un message social fort tout en se focalisant sur certains personnages pour donner de l'ampleur et de l'émotion à son propos. Aux côtés d'une Juliette Binoche qui trouve ici une nouvelle fois un beau rôle où elle excelle à nouveau, la majorité des actrices non professionnelles du film font preuve d'une grand justesse. Au final, un beau film, touchant et intelligent.
ATTENTION POST QUI VA SUREMENT ETRE CLIVANT Ceux qui suivent mes posts sur le groupe savent mon attachement pour le cinéma dit «social » même si j’aime beaucoup d’autres styles de films. Je me suis donc rendu dans une salle obscure pour me faire ma propre opinion sur le film d’ Emmanuel Carrère « Ouistreham » qui semblait cliver les critiques et le public. Est-ce parce que Emmanuel Carrère a fait l’objet de critiques sur sa méthodologie d’écriture – conflits avec son ex-compagne Hélène Devynk qui lui reproche d’avoir dévoilé sa vie privée sans son accord - https://www.closermag.fr/.../emmanuel-carrere-son-ex... - toujours est il que le film m’a laissé un peu dubitatif et je dirai même qu’il créé un malaise et se révèle contreproductif vis à vis de la mise en avant des conditions de vie des travailleurs précaires. Le film semble surtout porter un regard critique sur l’écrivaine interprétée par Juliette Binoche qui nous apparaît assez vite comme antipathique. Dès la première scène on assiste à un entretien en agence pour l’emploi où Marianne (le prénom de l’écrivaine interprété par Juliette Binoche) « joue » à la travailleuse précaire (évidemment mal fagotée, pas maquillée, les cheveux et la peau terne et qui en rajoute dans le pathos comme par exemple ne pas savoir faire de CV tout en racontant qu’elle gérait la compta de son mari avant de s’en séparer et chercher du travail… vous me suivez). On verra très vite dans la suite du film que c’est une projection d’une « écrivaine parisienne bobo » sur ce que sont les précaires. Est-ce qu’au fur et à mesure du film on la sent évoluer par rapport à ça ? Pas vraiment (et je vous épargne la fin). Ils ont été rares les instants où on a pu s’attendrir et sourire à ces rencontres humaines tant le dispositif du film participe à nous rendre Marianne antipathique au détriment des autres personnages. Et pourtant les autres acteurs (dont certains amateurs) sont très « vrais » ( j’ai moi-même travaillé en « immersion » dans le bâtiment à raison de 3 mois d’été pendant 4 ans et je confirme tout ce qui est montré…le temps qu’il faut pour se faire accepter, la générosité des gens qui ont peu et les francs moments de complicité dans les durs labeurs. Je revenais chaque année ensuite saluer mes « collègues » une fois à l’université ). Au final je suis sorti de la salle en plaignant marianne de devoir emprunter une fausse identité pour comprendre la précarité.
Un film sur les travailleurs, les travailleuses en l'occurence, réaliste et bien filmé. Sa réussite est que, de plus, il interroge la légimité de l'écrivain, et donc, on se dit, du cinéaste. Il pose la question de la place de chacun dans la société. Il dénonce le mensonge. Florence Aubenas aurait-elle pu écrire son livre en avouant son métier ? Le spectateur est conduit à le penser par le film et il partage le point de vue final des deux héroïnes. Je ne vous "spoile" pas la fin. Allez le voir !
L:un des plus mauvais jeu d'acteur que j'ai pu voir de ma courte vie. Pas une seule seconde du film ne s'écoule sans un jeu d'acteur plus qu'approximatif, un choix de mise en scène complètement délirant (Ninho, sérieusement ?). Un film que je déconseille très vivement si vous tenez à l'intégrité de votre santé mentale.
Un beau film, quasi documentaire. Le casting est pertinent et juste. Juliette Binoche est d'un naturel et d'une grande justesse dans son jeu, c'est un beau rôle pour elle. Sûrement un film qui dérange, de par son récit, car le quotidien laborieux de ces "invisibles" est mis en lumière et c'est une chose dont on ne parle malheureusement pas assez. Une bonne surprise donc.