" Josep" présenté cette année au festival de Cannes est un plaidoyer utile contre le fachisme . En effet même si j'ai trouvé parfois la réalisation austère, ce film d'animation pour les adultes décrit avec justesse ,émotion et courage la belle histoire d'amitié entre un policier et un prisonnier espagnol qui a fuit son pays pour échapper à la répression de Franco et enfermé dans un camps de concentration en France en 1939 , c'est une œuvre utile .
Un dessinateur qui prend les crayons pour parler d'un autre dessinateur. La boucle est bouclée. Oui, mais l'hommage que rend Aurel à Josep Bartoli va au delà du simple panégyrique en animation. Il s'agit d'un destin qu'on retrouve entre les lignes d'une page d'Histoire peu connue (et peu enviable), celle de la Retirada : plus de 450 000 exilés du régime franquiste en Espagne parqués comme des bêtes dans des camps de concentration principalement en France. Mais aussi d'une vraie expérimentation qui mêle différentes approches picturales. Le souvenir et sa transmission étant le fil conducteur, la plume épouse des formes multiples. Les animations dans le passé évoquent les images fixes, comme celles que le cerveau imprime pour les relier aux évènements, là où la narration du présent est nettement plus fluide. Les véritables œuvres de Bartoli s'intègrent habilement à ce montage, dans un style entre le témoignage naturaliste et la caricature. Puis le travail sur les couleurs, et leur évolution au long de ces remembrances, frappe par sa palette riche, parfois au bord des variations oniriques ou abstraites (l'apparition de Frida Kahlo, évidemment). Mais derrière le procédé, Josep est le double portrait. Celui d'un homme, d'un artiste qui fit de sa plume le témoignage du présent pour sa santé mais aussi celui du passé pour l'avenir pour ceux qui s'y intéressent. Un héros ordinaire, discret, dont le plus petit dessin sur ce douloureux moment est une archive de la plus haute importance. Et c'est là que le personnage (fictif celui-là) de Serge - fonctionnaire de police - se révèle tout aussi fondamental pour son empathie et son courage. Leurs actes ne peuvent empêcher toutes les horreurs et injustices commises à l'époque, mais sur la durée ils pourraient fort bien en contrecarrer de nouvelles (à ce titre, le final est d'une bouleversante simplicité). Un devoir de mémoire transfiguré par un joli travail sur la forme doublé d'un bel hommage.
Le cinéma d’animation peut produire des merveilles. On ne le dit pas assez. Il y a déjà pas mal de temps que ce qu’on nomme le dessin animé a dépassé largement le cadre de l’univers enfantin pour traiter de sujets graves et s’adresser à un public adulte. Le film qui nous est proposé, Josep, est d’abord un hommage à un dessinateur catalan un peu oublié, Josep Bartolí, qui, durant la Guerre civile espagnole, a combattu dans les rangs franquistes avant d’être incarcéré dans un camp de réfugiés du sud de la France. Là il connaît de la part des gendarmes français la maltraitance et les brimades à répétition. Pourtant il se lie d’amitié avec un gendarme qui va le prendre sous sa protection. L’histoire qui nous est racontée procède d’une vérité historique, parfois romancée, qui nous conduit des camps de réfugiés en 1939 au Mexique dans les années 40 – où Bartolí deviendra l’amant de Frida Kahlo – et à New York où il connaîtra la reconnaissance et la gloire. La narration se présente comme un long flashback, un vieil homme sur le point de mourir – le gendarme qui a sauvé Bartolí – racontant à son petit-fils l’histoire qu’il a connue et dont sa fille ne souhaite pas entretenir le souvenir. S’agit-il vraiment d’un dessin animé ? Aurel, le cinéaste et dessinateur, répond par la négative. Il s’agit plutôt d’un « film dessiné ». En ce sens, c’est le trait qui est privilégié et non le mouvement. Souvent, du reste, les séquences apparaissent comme une suite de dessins figés, au graphisme au demeurant très étudié et épuré, même si le rythme n’est jamais perdu de vue par l’artiste. Outre les qualités esthétiques et la force du sujet qui est ici traité, un des atouts du film réside dans les voix des acteurs qui interprètent les rôles des différents personnages. S’il faut citer Sergi López, Bruno Solo, François Morel ou Valérie Lemercier, qu’il nous soit donné d’accorder le prix d’excellence à Gérard Hernandez qui prête admirablement sa voix au personnage du grand-père, lui conférant ainsi une véritable émotion et une réelle profondeur. Josep apparaît donc comme un de ces films qui ont marqué les dernières années dans le domaine de l’animation, d’une animation que l’on pourrait qualifier de discrète et d’intériorisée et que l’on a pu apprécier dans Valse avec Bachir ou dans Les hirondelles de Kaboul.