Refuser de regarder ce film serait une honte.
Enfin, un film d’auteur qui ne se prend pas trop au sérieux (bonjour les prétentieux avec comme projet de bouleverser les codes du cinéma). Dans ce film, on parle de ce que sont vraiment les choses, sans artifice ou contrefaçon. Pas là pour encenser ni brosser dans le sens du poil cette « merveilleuse » industrie, le film, bien au contraire, a fait face à de vives critiques voire à la censure. Un petit point d'histoire pour les élèves au bonnet d’âne dans le fond de la salle : l'Est de la RDC fut ravagé par des conflits armés, des violences ethniques et des groupes rebelles, exacerbant les souffrances des civils. Le Dr Denis Mukwege est un gynécologue qui a consacré sa vie à soigner les victimes de violences sexuelles, particulièrement pendant les guerres dans cette région. Lauréat du prix Nobel de la paix en 2018, il milite pour la justice et la fin de l'impunité face aux violences de guerre. Alors, vous vous doutez bien, le film est cru (d'ailleurs je ne vous conseille pas d'aller le voir avec de jeunes enfants) et, malgré une absence de violence directe – à l’exception de la scène d’introduction qui, au passage, est un petit chef-d'œuvre narratif – le film saura, bien sûr, titiller vos papilles et satisfaire cette irrésistible soif de curiosité morbide que vous semblez cultiver. Mais non stop, le sujet est grave vous vous douterez, mais c’est justement le propre du film selon moi, comment parler des viols sans pouvoir se les représenter ? Fermer les yeux sur ce pré-générique serait alors comme accepter l’existence inéluctable de ces viols inhumains. Le sujet, je ne le nierais pas, est complexe, et âmes sensibles s’abstenir, mais regardez-le, je vous en prie, pour la forme comme pour l’esprit. La réalisation est pleinement maitrisée et, sur ce film, on le sent, Marie-Hélène Roux se surpasse, soulignons la colorimétrie qui, sans pourtant exacerber les nuances, comme malheureusement la plupart des films montrant l’Afrique illumine cette histoire pourtant bien sombre. Des plans de caméra très dynamiques dans l’action, distillé dans l'émotion pour nous plonger totalement dans cet hôpital, dans cette cour, dans ce bloc opératoire jusqu'à presque se fondre dans le documentaire, restant pourtant malgré tout une fiction ne l'oublions pas.
Je tiens également à féliciter la musique, qui certes n’est pas des plus innovantes, mais composée avec brio par Alexandre Dudermel avec une ingéniosité quasiment burlesque.
Beaucoup d’avenir dans ce film comme pour cette équipe, je leur souhaite d’aller aussi loin qu’ils le rêvent et espère qu’il vous touchera a vous, lecteur comme il m'a touché moi.
En bref, allez le voir, c’est important et faites-moi confiance, vous ne regretterez rien.