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benoitparis
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4,0
Publiée le 23 avril 2011
Étrange alchimie, qui n’avait rien d’évidente au départ, mais qui fonctionne très bien, entre la révolte, le romantisme désespéré du jeune J.-P. Mocky et le sens poétique de Franju. Le film date de la fin des années 50, mais d’une certaine manière c’est un superbe surgeon du grand cinéma français des années 30. P. Brasseur et P. Meurisse sont des vedettes de ce cinéma là, la mise en scène de Franju a parfaitement assimilé le style réaliste poétique, comme le fantastique stylisé et surréalisant d’un Cocteau (dont la filmographie occupe plutôt les années 40), l’image elle-même est façonnée par de grands artisans de l’époque. Franju joue à merveille du sens symbolique de l’image sans jamais tomber dans la lourdeur. L’histoire est forte et poignante. Dans l’interview en bonus du DVD, Mocky pousse tout de même le bouchon un peu loin en faisant de « La tête contre le mur » le film quasi-unique sur l’internement psychiatrique (et les Mabuse, et "Bedlam" et "Vol au dessus d‘un nid de coucous" …). On lui accordera que c’est sans aucun doute le grand film français sur le sujet.
Jacques (Mocky) , après avoir giflé et volé son père, se retrouve enfermé à l'asile... "La tête contre les murs", film engagé contre les abus de la psychiatrie à la dure incarnée par le Dr Valmont (Brasseur) et une prise en charge plus libre représentée par le Dr Emery (Meurisse) s'engouffre dans le cliché et l'emphase (le méchant toubib diagnostiquant sans égard et sans discrétion, le père avocat sans morale clamant que la vie est un jeu, la volière dans la cour...) . La BO tapageuse et envahissante de Maurice Jarre plombe certaines scènes. Le personnage de Heurtevent (Aznavour est exceptionnel), patient qui rêvait d'être marin, est le portrait le plus crédible, vivant et percutant.
En même temps d'une critique de la société, il est sûr que ce film reste une belle fable sur l'"isolement" voulu ou non, malgré quelques passages plutôt sombres ou décalés: Toutefois la fin laisse présager un certain espoir.
Il y ce que le cinéma nous tend, ces films qui sonnent à l'oreille de tous le monde, et les autres, ceux qu'il faut aller chercher. Et alors que tant de noms surgissent quand on parle du cinéma français des années 60, alors qu'on discute Truffaut et Godard on passe sous silence Franju. peu édité, peu diffusé, son oeuvre s'étale pourtant sur la majeur du 20ème siècle et ses actions (la création de la cinémathèque) ont aujourd'hui encore des répercussions. Pourquoi un tel anonymat alors que "La tête contre les murs" bénéficie d'acteurs prestigieux (Brasseur, Aimée, Aznavour, Mocky...), d'une histoire magnifique et d'une mise en scène à tomber? Le choix des cadres, les dialogues, tout semble évident tant chaque image est maitrisée. les relations entre les personnages ne sombrent jamais dans une psychologie de bazar, ça parle du reniement de l'atavisme, ça parle de la fragilité d'aimer, sans pathos, simplement, sincèrement si tant est que ce soit possible. Et malgré ces évènements bien réels, Franju fait jaillir la poésie de l'écran, comme ça, avec sa caméra, en s'attardant sur les détails qui semblent anodins. A découvrir, pour la culture, pour le plaisir surtout.
Ce film devait être réalisé par Jean Pierre Mocky, qui a porté le projet dès le départ. Les producteurs hésitant à confier la mise en scène à un novice, il fût finalement réalisé par George Franju. Jean Pierre Mocky dût se contenter du rôle principal, celui d'un jeune homme un peu troublé, mais loin d'être fou, que son père, avec qui il a une relation tumultueuse, enverra dans une institution psychiâtrique. Comme dans Vol au dessus d'un nid de coucous, on s'identifie à un homme qui n'est pas à sa place au milieu des malades et que la société veut seulement canaliser, quitte à le priver de liberté. Comme cet homme n'est pas fou, il cherchera à s'évader de cet univers de confinement, mais c'est justement ce qu'attendent à la fois l'institution et surtout ceux du "dehors" pour considérer qu'il à sa place dans cet endroit. Grâce à une musique troublante, voir angoissante, de Maurice Jarre, à une interprétation très haut de gamme, ainsi qu'au style sec, quasi bressonien, de Franju, le constat est d'une grande force. Le film fustige une société étriquée, particulièrement celle des années 50 en France, dans laquelle ceux qui n'avaient pas une attitude conforme à une certaine morale bourgeoise, ou ceux qui exprimaient une révolte, pouvaient attérir dans un asile.