Dans cet univers saturé de stimuli, où l'image ne vit qu'autant qu'elle est likée, Coppola dresse l'autopsie d'une célébrité fabriquée, véhiculée par l'excès et vouée à une obsolescence programmée. La mise en scène, syncopée, fait de l'écran un kaléidoscope d'images et de bruits.
Frankie (Maya Hawke), jeune femme en errance, voit en Link (Andrew Garfield) une énergie brute, anticonformiste. Mais ce prophète de pacotille, qui s'insurge contre l'uniformisation des esprits, va être dévoré par le monstre qu'il dénonçait. Coppola sculpte une trajectoire qui tient du conte moral inversé : plus Link se radicalise, plus il accède à une adulation morbide, à une influence qui étouffe toute substance. La modernité ne tolère que ce qui se prête à la viralité, et Link, tout en caricaturant les codes du vedettariat numérique, en devient le pantin le plus démonstratif.
Plutôt que de s'opposer frontalement à l'esthétique toxique qu'elle dénonce, Coppola en fait son moteur. L'image explose sous les filtres criards, les incrustations grotesques, les montages ultra-cut. Les notifications fusent, les écrans se multiplient, étouffants. La mise en scène déraille volontairement, mimant l'ivresse du scrolling infini, où chaque contenu chasse l'autre. Cette exubérance plastique est à la fois le langage et la critique du film.
Au centre du chaos, Andrew Garfield s'abandonne à sa performance. Son Link est un bouffon tragique, un gourou insaisissable, un pantomime de la notoriété digitale qui joue son propre effondrement. Garfield injecte à son personnage une énergie vertigineuse, un corps en tension, en perpétuelle surenchère, à la frontière du grotesque et du sublime.
En somme, Gia Coppola signe ici un pamphlet acide, qui ne cherche ni la mesure ni la nuance. Mainstream est une implosion orchestrée, un film qui ne s'excuse jamais d'être trop. Il capte la déliquescence d'une époque où l'existence se jauge en pouces levés et en algorithmes