L’idée d’un ‘Gladiator 2’ me semblait étrange, difficilement justifiable, voire même un peu décevante de la part de Ridley Scott. Le premier, vingt-cinq ans au compteur, est devenu un classique ; dans une certaine mesure, il l’était déjà à sa sortie même s’il n’a pas remporté son pari de relancer la mode du péplum. Cette suite, même si elle rejoue plus ou moins la partition du premier film dans le désordre - ‘Gladiator 2’ est plus une mise à jour qu’une oeuvre originale - , boxe dans une toute autre catégorie, celle qui troque une potentielle grandeur à laquelle il n’ose même pas aspirer contre un spectacle (relativement) efficace, une violence désinhibée et une indifférence profonde vis-à-vis des “détails”, qu’il s’agisse d’enfants romains qui jouent au foot, d’un sénateur qui lit son journal, de la bouillie historique et temporelle sur laquelle repose le scénario (là où le précédent se contentait de broder sur cette même histoire) et même de certaines créatures numériques singulièrement moches. C’est sûr que je préférerai toujours regarder un péplum, même très perfectible, à un Marvel, même correctement travaillé…et ‘Gladiator 2’ reste envers et contre-tout le travail d’un cinéaste qui sait y faire en matière de spectaculaire et donne l’impression de se ficher comme d’une guigne de proposer un Actionner de la vieille école, débordant de testostérone, de plaies et de bosses, et de méchants affichant toutes les tares de la dégénérescence morale. Peut-être faut-il y voir, comme souvent dès qu’on parle de Rome en tant qu’abstraction, la vision que nourrit le cinéaste britannique de la société américaine ? En faisant naviguer des bâteaux dans un Colisée inondé et infesté de requins (faux) et en opposant ses gladiateurs à des hordes de babouins (vrai), Ridley Scott assume, d’une façon ou d’une autre, qu’il se moque plus totalement que jamais de ce que peuvent bien penser les arbitres du bon goût. N’empêche que l’aura et l'héritage d’un film tiennent finalement à bien peu de choses : la musique de Lisa Gerrard (celle de cet épisode lui ressemble mais seulement un peu) et Russell Crowe (auquel Paul Mescal ne ressemble pas du tout) : c’est aussi ce qui sépare le Classique qu’on montrera à ses enfants et qu’on reverra volontiers, de la Série B qui ne réclame qu’un seul visionnage..