La paume d'une main passée sur un épi de blé sublimée par la voix de Lisa Gerrard sur la musique de Hans Zimmer... La même main se frottant l'autre avec le sable d'une arène où le sang s'apprête à couler pour satisfaire le bon plaisir d'une foule déchaînée... Les "Maximus" scandés à l'unisson par cette dernière... Et, évidemment, ces plans sur le regard noir d'un Russell Crowe, charismatique comme jamais, posé sur un Commode/Joaquin Phoenix dont la folie transpire par tous les pores et les lauriers dorés posés sur sa tête...
Avec son (superbe) générique d'ouverture retraçant l'épopée de son "Gladiator" originel sous forme de peintures à huile animées, c'est bien sûr tout le souvenir du dernier excellent péplum -et resté inégalé depuis- produit par le cinéma hollywoodien (vingt-quatre ans déjà) qui revient en mémoire ! Avec la noblesse d'âme de son héros Maximus à jamais torturé par la mort de sa femme et de son fils... Et qui était, en réalité, un mari infidèle, donnant un autre enfant à la fille de Marc-Aurèle, le petit Lucius Verus du premier film.
Oui, incroyable, hein ? Pour relancer l'aventure, "Gladiator 2" part d'un postulat qui n'hésite pas à jeter une forme d'opprobre sur l'image idéalisée de son précédent héros, finalement pas si obsédé par les siens qu'on ne pouvait le croire ! Le pari est tout aussi curieux qu'osé, d'autant plus que, avant que cela revêt une importance pour l'intrigue et, plus particulièrement, pour le personnage d'Hanno/Lucius, cette suite va se contenter de rejouer une partition très similaire à son modèle où ce fiston renié va connaître le même chemin que feu Maximus pour être amené au milieu des jeux du cirque.
L'assaut de sa cité barbare va conduire inévitablement à la mort de l'être aimé, les phases de sélection vont faire briller le jeune gladiateur avant que celui-ci devienne un guerrier acclamé par la populace devant un pouvoir qui se laisse dépasser par sa créature... Mais, suite oblige, tout est fait dans une forme plus excessive où l'attaque romaine première se fait par un abordage maritime de grande ampleur, les phases d'entraînement avec des macaques enragés en CGI ratés et les combats au sein d'un Colisée en mode safari violent reconstitué entre terre et mer.
Cependant, malgré les aléas qualitatifs des effets spéciaux, le trop-plein animalier et une mise en scène où l'on a parfois connu Ridley Scott plus inspiré, il faut bien avouer que l'on se laisse sans mal entraîner au sein de cet énorme barnum en forme de bis repetita, peut-être par nostalgie, par le bonheur de fouler à nouveau ce sol romain antique avec la démesure que Scott lui octroie et par quelques réels éclats de grand spectacle en compagnie d'un casting solide (certes, la stature de Paul Mescal n'égalera jamais celle d'un Crowe mais il se défend plutôt bien avec les petits nouveaux comme Denzel Washington, Pedro Pascal ou encore Joe Quinn).
En réalité, "Gladiator" 2 va étonnamment bien marcher en s'appuyant justement sur les origines bâtardes de son héros en vue d'aller, bien plus que le premier, explorer les arcanes du pouvoir romain ici en pleine décadence (comme d'habitude, on passera sur les libertés historiques prises pour décrire son duo impérial fou furieux... ainsi que le reste) et attirant les charognards prêts à tout pour satisfaire leurs ambitions. En ce sens, les conspirations de couloirs en tout sens, où va naître l'opposition entre l'héritage du rêve romain de Marc-Aurèle (que Lucius incarne littéralement par sa seule existence) et le pire de l'avidité égocentrée de pouvoir représentée par le personnage de Denzel Washington, vont devenir le cœur le plus passionnant du long-métrage, faisant la part belle à des liens intimes où va incontestablement briller la revenante Connie Nielsen et son compagnon Pedro Pascal, porteurs d'un retour de la grandeur d'une Rome révolue.
Un peu dommage que "Gladiator 2" précipite les évènements dans sa dernière partie, notamment du côté de l'ascension fulgurante de son antagoniste, en vue d'offrir un boss final à la hauteur de la lignée représentée par Lucius (et de symboliser le plus frontalement possible les visions qui s'affrontent) mais ce nouveau combat, annexé à quelques parallèles venus du passé, réussit à offrir quelques notes vibrantes pour conclure une suite qui, si elle n'atteint jamais les cimes de l'Olympe de son lointain prédécesseur, ne démérite pas.