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Remi S.
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4,0
Publiée le 30 juillet 2021
Ce qu'il y'a de si beau dans le cinéma de Kelly Reichardt : c'est la grande sérénité qui remplit chacun de ses films ! Cette sérénité trouverait peut-être sa raison dans la foi fabuleuse que Reichardt accorde aux paysages sauvages de l'Oregon qu'elle connait tant, à son lien toujours aussi proche avec les pionniers d'hier (*La Dernière Piste*) et d'aujourd'hui (*Wendy et Lucy*), ou encore dans cette confiance totale et magnifique qu'elle inscrit dans ses récits à contre-courant des grandes histoires si je puis dire. En effet, les personnages de chez Reichardt sont - avec véracité - ancrés dans une sorte d'ombre des grands mythes. Dans un simple ordinaire, qui en deviendrait extraordinaire. Ils existent, sont vrais, et tiennent en eux la beauté étonnante des difficultés du quotidien. Un quotidien souvent rude, mais terriblement lumineux, qui converge le regard vers l'horizon. Même à petite échelle, l'avenir aussi intime soit-il, s'impose avec force !
*First Cow*, deuxième western de la cinéaste après *La Dernière Piste* sorti en 2011, poursuit l'élan de cette intimité calme et prestigieuse, retranchant en elle la grande histoire. *First Cow* est aux prémices du capitalisme américain. Kelly Reichardt marque ici une chose fondamentale : le pouvoir de la "matière première" ! Cette matière originel est multiple, et se place bien avant l'argent. Elle est autant dans le lait que fournit cette vache, que dans la talent de pâtissier de Cookie. Elle s'inscrit autant dans une cueillette de champignons, que dans un sac remplie d'argent que l'on cache dans le creux d'un peuplier. Si *First Cow* touche par sa grande histoire d'amitié, il témoigne aussi de cette richesse de la nature combinée à une main-d'œuvre intouchable. Avant la pièce, imposant réussite et richesse, il y'a un geste. **La force du dernier film de Kelly Reichardt tient autant dans cette célébration de la construction, que dans cette forteresse universelle et incassable qu'est l'amitié. Kelly Reichardt réaffirme encore une fois bien son siège chez les meilleurs cinéastes américains actuels !**
Très beau film de Kelly Reichardt qui nous offre une très lente parenthèse hors du temps dans une Amérique du far West au XIX siècle. Epoque d'espoirs et d'ambitions qui s'accompagne de difficultés et de désilluisions. On sent l'humidé, la boue, la pénibilité, et on imagine les odeurs. Découverte de deux magnifiques acteurs : John Magaro et Orion Lee. Leur jeu sobre et vrai traduit leur amitié improbable pour nourrir au sens propre et figuré des estomacs frustrés de douceurs autant que leurs profondes envies de réussir. A voir !
Une mise en scène sublime, un récit novateur et intelligent et des personnages passionnants, loin des codes virils du western traditionnel, nous emportent totalement.
Kelly Reichardt est la réalisatrice plus qu’inspirée de La Dernière piste – déjà un western très atypique – et de Certaine Femmes. Retour au XIXème siècle avec ces 122 minutes – peut-être un peu trop longues – dans l’Oregon des toutes petites gens qui tentent de survivre. Cookie Figowitz, un humble cuisinier, se lie d’amitié avec King-Lu, un immigrant d’origine chinoise. Rêvant tous deux d’une vie meilleure, ils montent un modeste commerce de beignets qui ne tarde pas à faire fureur auprès des pionniers de l’Ouest, en proie au mal du pays. Le succès de leur recette tient à un ingrédient secret : le lait qu’ils tirent clandestinement chaque nuit de la première vache introduite en Amérique, propriété exclusive d’un notable des environs. Basé sur des récits transmis de génération en génération, le film déroule une trame poétique et tout en lenteur en se concentrant sur les petits riens qui composent le quotidien d’une vie semi-sauvage. Cette cinéaste nous propose à chaque fois une sorte d’OVNI cinématographique, lointain jusqu’à l’insaisissable. Mais ça fonctionne. Cette réalisatrice a incontestablement un style visuel bien à elle. A commencer par la palette de couleurs, toute en bleus et verts sombres et des touches de lumière ocre, l’ensemble étant comme flouté ou délavé en permanence, dans un format 4/3, loin des larges focales du western traditionnel. On peut être irrité par ce parti pris, mais ça diffuse un charme fou. Bien sûr, comme à son habitude, le rythme est très lent, flirtant parfois même avec l’immobilisme. On semble perdu dans les années 1820, au début du commerce du castor, dans le Lower Columbia : un endroit où la rivière Willamette se jette dans le fleuve Columbia à proximité du Portland actuel, une région habitée depuis au moins 12 000 ans. On est loin du divertissement, mais reste le portrait picaresque et savoureux de deux nigauds qui se croient malins. Kelly Reichardt adore les histoires de perdants attachants, et le prouve une fois de plus. Et cette fois on remonte aux origines des mythes américains sans pour autant succomber aux clichés habituels. Du grand art. Le duo improbable formé par John Magaro – acteur de séries et de théâtre - et Orion Lee – un originaire de Hong-Kong qui n’était jusqu’alors apparu que dans des très petits rôles au cinéma - est assez inattendu mais fonctionne à merveille. Ils nous font parfaitement partager l’amitié particulière de ces deux paumés et parviennent à nous faire éprouver physiquement le quotidien de leurs personnages. On trouve aussi à l’affiche les vieux routiers de Toby Jones et Ewen Bremner. Un des plus beaux films indépendants américains
Très bon film, qui aurait pu être un peu plus court sans nuire au propos, tant il y a de longueurs inutiles dans les premières 30mn... Histoire sympa mais fin surprenante : on reste un peu sur sa faim...
Très beau film en clair obscure , dans une nature primaire qui ramène à des gestes essentiels , certaines longueurs sciemment orchestrées nous rendent contemplatifs .
Un peu difficile à noter, le film est très très lent et raconte peu de chose, mais n'est pas pour autant inintéressant. La première heure est très très longue et lourde à regarder, par contre à la deuxième le cœur du récit démarre et devient intéressant. Au final l'acting est bon et le récit sympathique, mais rien qui soit exceptionnel, si ce n'est la fin qui est très sympa. Dommage que la première heure vienne gâcher le tout.
La réalisatrice a rompu le pacte avec le spectateur enthousiaste de "la dernière piste" que je suis : ne pas mettre en scène de violence. Ici, même atténuée par le prologue et le cut final, il y a une montée vers un destin inévitable, insoutenable pour moi qui ai quitté bien des séances de ciné quand le piège se resserre inéluctablement autour des protagonistes. First Cow est un mélo, et je n'ai pas besoin de ce rappel de la violence du monde, je le sais déjà.
Autre reproche : le personnage caricatural du chef du poste, dans ses mimiques, ses répliques et ses actes qui rapproche le film de tous ces films à méchants grimaçants, et Gangs Of New York me revient à ce propos en mémoire. De même, la candeur angélique de Cookie est trop marquée, rappelant au passage le personnage de Lazzaro (Alice Rohrwacher,2018), et le comédien du rôle en est tout encombré.
Quant à l'ode à la différence et à la tolérance, mieux vaut relire "faillir être flingué" de Céline Minard.
Magnifique!. Voilà un western aux chemises non repassées, et sans coups de feu!. Sans doute très proche de la vraie vie d'alors, de ce no man's land où les pionniers défrichaient "la frontière de l'ouest". La mort à cette époque venait souvent plus souvent par derrière, d'un bon coup entre les deux oreilles, pour solde de tout compte. La loi, c'était celle des interdits majeurs: Ne pas toucher au bétail de l'autre, par exemple.. Jack London a lui aussi très bien représenté l'âpreté de la vie de pionnier, et de trappeur. Des récits comme " l'amour de la vie", ou "construire un feu" sont dans le même ton crépusculaire de ce film étonnant. Le scénario tient en quelques lignes, mais nous tient tout le film durant vissé dans le fauteuil. Nous redevenons des enfants, sachant à l'avance, dés le début, comment l'histoire va évoluer. Un truc de conteur sachant jouer avec son public. Et quand l'un des deux copains se demande s'ils doivent continuer à prendre des risques un jour de plus, nous avons envie, comme au spectacle de guignol, de les mettre en garde, de leur dire : "Prends l'oseille et tire toi!"" La survie, les réflexes s'y attachant, la lutte pour s'élever patiemment d'une branche à l'autre, tout en serrant les dents, est au centre de cette histoire. Celle de deux migrants. Pas des beaux cow boys élégants et séducteurs. Mais deux types trainant un passé difficile, dont quelques brides remontent parfois en confidences brèves, mais parlantes. S'ils sont là , ce cuisinier ressemblant à un Dustin Hoffman lunaire, et un long chinois pouvant passer pour un indien, c'est poussés par le hasard et la nécessité. Ils se sont liés d'amitié et commencent à rêver d'un autre ailleurs que cette forêt humide et froide, où la chasse au castor représente la ressource. Leur bas de laine se remplit, grâce à "une fortune de mer"....Il faut savoir forcer sa chance et prendre des risques. Et les voilà qu'ils rêvent: A un petit commerce en Californie. Et peut être bien sera t'il possible d'acheter un Hôtel s'ils parviennent à continuer leur petite affaire quelques mois encore? On pense alors à la fable de "Pierrette et le pot au lait. " Le lait est d'ailleurs un élément central du film. L'essentiel, quand on fauche, c'est de pas se faire prendre. On ne saura pas ce qui s'est passé entre le moment où l'un des deux protagonistes harcelé par un trappeur craint pour sa vie, et le moment où on le voit avec sa paire de bottes aux pieds. Une scène située au début du film et qui fait valeur de modèle pour ce qui suivra. C'est ce genre d'omission qui donne sa grâce et son mystère au film, ayant choisi de ne pas représenter la violence en elle même, mais de la suggérer. Et cela, de bout en bout. Nous rendrons grâce au réalisateur de ce choix, à l'heure où trop de scénarios choisissent la facilité : Faire dans l'hémoglobine. Les grands metteurs en scène préfèreront suggérer. Le choix de celui ci est encore plus minimaliste, qui préfère la gomme à l'aquarelle, pour nous projeter dans un "ailleurs" sidéral, et brut, où le silence nous remplit plus d'effroi que ne le feraient des hurlements. , L'ailleurs, c'est aussi cette jolie vache, aux grands yeux doux, venant de "Britanny", du Léon pour être précis. Un monde qui leur apparait fait de mystère et de richesse promise, comme le lait de ce bel animal qui sera la vedette féminine. C'est la seule vache dans cet univers âpre. Le lait qu'elle donne n'a pas la même substance qu'ailleurs. Les gâteaux qu'on peut faire avec le lait si rare, ont un gout si extatique que les trappeurs font la queue avec leur porte monnaie en main pour en obtenir un! Mieux que la madeleine de Proust, il parlent des saveurs perdues, et de la vieille Europe disparue. Du passé donc, mais aussi de l'avenir§ De ce qu'ils pourront gouter en terme de raffinement , si la chance se tient à leur coté. Allez voir ce film au plus vite. Je pense pas que je pourrais manger des beignets maintenant sans penser à lui.
Drôle de film où ils ne se passe pas grand chose mais qui sait créer un univers, avec ce far-west décalé dans la forêt. Les fans de "Certaines femmes" seront peut-être un peu déçus car les personnages manquent parfois d'empathie mais il faut se laisser glisser dans le côté rêveur du film (même si perso j'ai pas toujours réussi)
Un film lent et silencieux qui propose une immersion dans la nature nourricière pour des gens qui ont faim ! histoire d'une amitié constructive entre deux hommes d'horizons si différents. La vie rude des pionniers et de leurs congénères indiens dans une Amérique où la domination blanche se met en place. Les acteurs restituent parfaitement cette humanité courageuse et souffrante.
Je suis allé voir le film en suivant les conseils de la critique délirante et de l'avis d'une amie cinéphile qui me le vendait comme un western "lo-fi", tout en délicatesse... Alors oui c'est délicat et on passe des plombes à la cueillette aux champignons, c'est aussi bien photographié... mais pitié pas des personnages aussi ternes et ennuyeux. Ca se veut une ode à l'amitié j'imagine, mais quel ennui : chaque scène est à sa place et vient accentuer un postulat de départ louable mais très mince : la conquête de l'Amérique s'est aussi faite par des gens ordinaires. Je n'en doute pas mais pitié , cela ne justifie pas de développer aucune situation ! J'ai peur que les spectateurs comme moi, qui veulent voir le film "intelligent" à la mode, ne retournent pas de sitôt au cinéma.
Belle surprise au dernier Festival de Deauville, un western comme on en voit jamais. Loi des traditionnels clichés, nous sommes ici plongés dans le monde de ces gens qui cherchent à s'en sortir en trouvant des idées originales pour gagner les dollars suffisants à une vie meilleure. A voir.
Kelly Reichardt présente, avec First Cow, sous forme de Western moderne, des territoires vierges de l’Amérique, où un cuisinier, dans une logique de survie, fait équipe avec un immigrant chinois. Ensemble, ils établissent un commerce de gâteaux, dont la recette est à base de lait, provenant de la première vache arrivée sur le territoire. Mais cette dernière ne leur appartient pas, les obligeant à subtiliser la traite durant la nuit, ce qui va évidemment leur causer des problèmes.
L’élément principal du film, selon moi, est son calme. Alors qu’en parlant de western, on s’attend à beaucoup d’actions, ici, c’est un film sans fureur, sans bruit. Dans First Cow, on préfère observer une traite nocturne de vache plutôt qu’une tuerie avec plein de sang à l’écran. Et d’une certaine manière ça fait un bien fou à regarder.
La réalisatrice travaille également en profondeur les caractères des personnages principaux avec un montage très lent laissant toute la place nécessaire aux émotions. Sans intrigue très poussée, Kelly Reichardt arrive à installer une ambiance qui fait vraiment plaisir à voir. De plus, ce film est parvenu à me donner le sentiment d’une immersion totale dans un passé réel et non fantasmé grâce à sa belle photographie.
Tout ça fait de First Cow un très bon film, fin à mes yeux et très poétique. 8/10
First Cow suit deux hommes qui tentent de trouver leur place dans un territoire encore en construction. Un western discret et contemplatif qui m’a intéressé par ses idées et son atmosphère, même si son rythme m’a parfois tenu à distance.
Avant de le voir, il faut savoir que l’œuvre s’inscrit dans le cinéma indépendant de Kelly Reichardt, connue pour ses récits minimalistes ancrés dans l’Ouest américain. L’histoire se déroule au début du XIXᵉ siècle dans l’Oregon, alors territoire de frontière fréquenté par trappeurs et commerçants. Tourné en grande partie dans des paysages naturels, le récit privilégie une mise en scène très sobre faite de silences, de gestes et d’observation, loin des codes spectaculaires du western classique.
Le film explore avant tout l’amitié et la solidarité entre deux hommes qui tentent de survivre dans un monde encore instable. Leur relation repose sur l’entraide dans un environnement où les ressources sont rares et où chacun cherche sa place. À travers ce duo, le récit montre aussi l’apparition des premières formes d’initiative économique dans un territoire encore en formation.
First Cow propose également une réflexion sur les débuts du capitalisme et sur les inégalités liées à la possession des ressources. En suivant des personnages modestes plutôt que des figures héroïques, le film déconstruit en partie le mythe de la conquête de l’Ouest et montre un monde fragile, fait de tentatives et d’équilibres précaires.
J’ai globalement apprécié l’ensemble pour ses thématiques, notamment cette critique des inégalités liées à la possession des biens, ainsi que pour son atmosphère très immersive. L’Ouest encore sauvage est très bien restitué et les paysages, les costumes et le sens du détail historique rendent cet univers crédible. J’ai aussi aimé la mise en scène discrète et cette manière de revisiter le western à travers un regard plus intime et quotidien.
Cela dit, j’ai longtemps hésité sur la note. Le film adopte un rythme très lent, parfois presque trop contemplatif. L’intrigue reste volontairement minimaliste et repose souvent davantage sur l’atmosphère que sur une véritable progression dramatique. Par moments, j’ai ressenti un certain manque de tension qui m’a empêché d’être totalement emporté.
Au final, First Cow propose une relecture originale du western, qui privilégie l’observation et la simplicité plutôt que le spectaculaire. Un film singulier et intéressant, même si son rythme très contemplatif peut parfois tenir à distance.