"The brutalist" est un film d'exception. Le problème avec un tel film c'est qu'il est difficile de lui rendre hommage s'en paraitre excessif. La pause d'un quart d'heure au milieu n'est pas de trop pour reprendre son souflle. Une oeuvre majeure, originale, comme le "Napoléon" d'Abel Gance, ou "Naissance d'une nation" de Griffith. Des films bien sûr datés, mais qui restent des chefs d'oeuvre, et dont les metteurs en scène se sont totalement investis. C'est à la fois un film sur l'ADN de l'amérique, terre d'immigration où tout est soi disant possible, et qui accueillit les réfugiés du monde, les exclus, les blessés, à la fin de la guerre. Mais qui explore la désillusion, très présente à l'heure actuelle, où l'immaginable devient possible dans cette trahison des idéaux premiers.
. A l'image de cet architecte Hongrois, de confession juive, accueilli à bras ouvert par son cousin, à la fin de la guerre, avant que déjà les choses ne se gatent. C'est un film sur les limites de la résilience, quand les forces extérieures se cumulent pour tenter de casser cet homme qui garde néanmoins une énergie exceptionnelle, dardée vers l'envie de faire venir son épouse et sa nièce, toujours en Hongrie,.. Si la chance semble tout à coup être en sa faveur, sa condition de pestiféré sans cesse lui remet le nez dans le ruisseau." The brutalist", c'est à la fois un mouvement d'architecture, basé sur l'emploi du béton, mais c'est aussi le descriptif en live de la brutalité de l'amérique. Il y a le matériel qui aurait suffit à trois cinéastes pour faire des chefs d'oeuvre, dans ce film qui les contient tous. Ce film parle évidemment tout autant de l'amérique actuelle, de son énergie, de son narcissisme, de sa superficialité vulgaire, et des forces destructives en mouvements, à l'image des machines sur un chantier.
Et la détermination de cet homme blessé, qui avait jadis été formé à l'école du Banhaus, et reconnu alors pour un génie, se battant contre les coupes budgétaires et la perversion de ce milliardaitre semblant sorti d'un roman de Scott Fitzgerald, vulgaire et obscène, l'ayant pris pour un valet, recite sa partition singulière!...
J'ai pensé au film de King Vidor, " le rebelle", qui explora lui aussi la détermination d'un architecte à refuser que son oeuvre soit réduite et faussée pour des raisons économiques....Notre héros bien qu'humilié, aidé néanmoins et de quelle façon, par une épouse admirable, porteuse de hautes valeurs morales, fière et digne, malgré les blessures de son corps, me faisant penser à une sorte de Frida Kalo intransigeante et altière, se jouera de tous, dirigé vers son but, cette oeuvre, dont vous ne comprendrez le sens mystique, et le message, que dans les dernières minutes du film.
La musique tout autant brute de coffrage, primaire qui compose la bande son, donne encore plus de ce force à ce film Prométhén à la fin duquel on sort à la fois asommé, et terriblement ému. Que dire de la qualité des acteurs, de la qualité de la mise en scène, des prises de vue....