Brady Corbet est un réalisateur qui vise haut, très haut. Avec The Brutalist, il propose une fresque ambitieuse, soignée et esthétiquement impressionnante. Mais comme un bâtiment aux fondations un peu fragiles, le film vacille sous le poids de ses propres ambitions.
L’histoire de László Tóth, architecte juif hongrois immigré aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, est fascinante sur le papier. Son parcours, jalonné d’épreuves et de sacrifices, a tout d’un grand récit cinématographique. Le film propose une vision imposante de l’exil, du rêve américain et de la brutalité du destin. Mais si l’intention est noble, l’exécution, elle, souffre de quelques longueurs et d’un manque d’élan dramatique.
Il y a quelque chose d’hypnotisant dans cette approche froide et clinique du récit, où chaque plan semble calculé au millimètre près. Pourtant, ce perfectionnisme nuit à l’émotion brute qui aurait pu faire de The Brutalist une véritable épopée viscérale.
Adrien Brody est impeccable en László, un homme dont la douleur et l’obsession transparaissent dans chaque regard. Son jeu tout en retenue est fascinant, bien que parfois trop contenu pour que l’on s’y attache pleinement. Felicity Jones et Guy Pearce livrent également des performances solides, mais leurs personnages manquent parfois d’épaisseur.
C’est là que le bât blesse : The Brutalist nous plonge dans un univers où tout est pensé, maîtrisé, réfléchi… mais où l’émotion semble tenir à distance. Ce n’est pas tant un défaut qu’un parti pris, mais il peut créer une certaine frustration.
Visuellement, le film est un régal. Le choix du VistaVision et l’esthétique brutaliste confèrent à l’ensemble une aura singulière et marquante. La photographie de Lol Crawley, austère et majestueuse, ainsi que la bande originale envoûtante de Daniel Blumberg, renforcent cette impression de grandeur. Mais cette beauté glaciale finit par créer une certaine distance.
La narration, notamment dans sa seconde moitié, souffre d’un certain essoufflement. Si le film démarre avec puissance et mystère, il peine à maintenir le même niveau d’intensité émotionnelle sur la durée. L’ampleur de la mise en scène ne parvient pas toujours à compenser la froideur de l’écriture.
En définitive, The Brutalist est un film qui impressionne plus qu’il ne bouleverse. Son ambition est indiscutable, son exécution soignée, et ses performances solides. Mais quelque chose manque. Un supplément d’âme, une chaleur humaine, un souffle narratif plus poignant.
Un film marquant, puissant par instants, mais qui laisse une sensation d’inachevé.