Humblement, quickly thought, ce film c'est d'abord l’homme derrière la BO, un certain Daniel Blumberg, cette musique prend le pas à tout instant. Après le choc sonore, vient la souffrance de tout le monde, le personnage joué par Adrien Brody venant en tête (performance sans égale, mais ce n'est pas surprenant de lui). Le paysage, personnage central, semble souffrir aussi -on ne voit pas le soleil (pendant 3h30 de film) sauf une fois à travers une brume à couper au couteau. Même les scènes joyeuses sont d'une tristesse infinie, comme celle sur la chanson de la populaire Dinah Shore des années 40 (Buttons and Bows).
Bref, on ne voudrait pas avoir vécu en ce temps-là à Philadelphie, fortuné ou pas, émigré ou pas. Ni loco ! On préférerait encore mourir à Pompeï. On ne sait pas trop ce qu'a voulu faire le directeur du film, mais il l'a fait avec force et détermination, au point que ça en devient génial. On sort déprimé de ce film comme jamais, mais superbement déprimé. La durée n'est même pas incommodante (c'est la première fois qu'on expérimente un entracte au cinéma, d'ailleurs peut-être pure coquetterie).
On retient la citation de Goethe rappelée au début "nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être". Elle nous semble illustrer la vie de tous les personnages. Ce film est-il pour autant un film philosophique ? Il ne diminue, ni n'amplifie, aucune de nos angoisses existentielles. Il relate. Le pire y est relaté : la guerre, la déchéance, la drogue, la consommation, la bêtise... La création artistique devient un moyen de guérir un traumatisme ; et sans traumatisme, comme chez l'entrepreneur (joué par le magnifique Guy Pearce), reste la folie.
Le personnage László Toth, revenu d'un camp de la mort nazi, ne semble pas en être revenu. C'est du moins ce que semble dire le film, quel que soit le génie du personnage. De même pour tout autre personnage, qui reste comme intriqué, au sens quantique du mot, à ses origines (familiales, confessionelles, etc) ou à ses traumas éventuels. C'est effrayant. C'est la beauté de l'être humain, créé fragile. Beauté des 3h30 d'images.
C'est effarant aussi. Car l'histoire est presque invraisemblable. Si l'on n'était pas hypnotisé par la musique et les images vert réséda, on se dirait qu'on a été berné par un faiseur, que l'auteur du film a voulu embrasser trop de sujets, comme le génial leader d'une secte pour envoûter ses fidèles. Et pour finir, pourquoi ce titre ?
A.G.