Le réalisateur défend une thèse dans ce film : l'antisémitisme de l'Allemagne nazi se propage aux Etats-Unis dans l'expérience migratoire des Juifs après la Shoah, et inéluctablement l'émigration vers Israël est la seule solution opposée à l'assimilation complète.
Pour démontrer son point, il utilise l'architecture monumentale, qui sème l'ambiguïté avec les grandes réalisations nazi, et suit la vie d'un architecte Juif émigré aux USA. Le nazisme est tout contenu dans une famille WASP dont l'antisémitisme est clair dans les actes et dans les mots (un titre en gros comme la devise des camps, "nous vous tolérons", les clichés convoqués...), et les membres de cette famille incarnent une domination perverse, meurtrière et irrationnelle.
Finalement, c'est elle qui permet l'érection d'un bâtiment monumental qui rappelle symboliquement, intimement et émotionnellement l'expérience juive de la guerre, c'est ce que raconte Zsofia dans l'épilogue du film. Car, le film traite aussi d'une histoire d'amour impossible après les traumatismes : un couple impuissant et paraplégique, qui subit la domination sociale (alors même qu'on ne voit aucune scène avec d'autres personnes).
Le film se résume complètement dans ce bloc de marbre qui clot la deuxième partie : c'est ce même bloc manquant dans le plan fixe de la carrière de marbre à la suite de la scène de viol, et qui est présent en forme de trapèze, lisse et sans accroc avec une croix dessiné par la lumière dans la chapelle une fois le bâtiment abouti. Cette idée vient de Lazslo et c'est d'ailleurs lui qui insiste pour utiliser du marbre de Carrare, et retourner voir un ami anarchiste en Europe, et c'est par ce bloc de marbre que le dossier est relancé. Le marbre symbolise la pureté et l'éternité, ce qui est assez intrigant et malin de l'avoir convoqué tout au long du film, surtout en opposition au béton, jugé cheap d'ailleurs.
J'ai moins aimé les clichés sur les artistes junky et torturés, dont j'ai trouvé les ficelles du personnage un peu grosses.