Encensé par la critique, présenté comme l'un des plus grands films de ces dernières années, "The Brutalist" avait de quoi susciter la curiosité. Mais arrivée à la fin du visionnage, je ne savais pas trop quoi en penser. Normalement, quand on vient de voir un chef-d'œuvre, ça doit être une évidence. Et ce n'était clairement pas le cas ici. Pourtant le film n'est pas mauvais, le réalisateur Brady Corbet a un indéniable savoir-faire. Même s'il s'étire sur plus de 3h30 (avec un entracte de 15 minutes), "The Brutalist" n'est ni ennuyeux ni long. On entre tout de suite dans l'histoire de ce personnage qui essaie de se construire une nouvelle vie aux États-Unis après le traumatisme de la Shoah. Le récit est plutôt bien construit, le film bien équilibré. Quant aux acteurs, rien à redire, ils sont excellents et l'Oscar de Brody est tout à fait mérité.
Mais le problème, c'est que même si l'on suit volontiers cette histoire, à aucun moment, on est véritablement happé par celle-ci et encore moins saisi par l'émotion, qui est malheureusement absente du film. Pourtant, il y avait matière à nous bouleverser, au vu des difficultés que traversent les différents protagonistes. On reste un peu à côté, on ne s'attache pas aux personnages, tout est très froid. Pendant une bonne partie du visionnage, je me suis demandée ce qui avait poussé le réalisateur à raconter cette histoire, qui m'a semblée pour le moins banale. Le film évoque cependant des sujets importants et douloureux, tels que le retour à une vie "normale" après les horreurs des camps, la difficile intégration dans un nouveau pays, l'hostilité des Américains... Mais dans ce cas précis, ils ne trouvent guère de portée universelle, car l'histoire se fixe véritablement sur le projet architectural de Tòth et ses liens avec ceux qui l'entoure. Cependant, l'aspect architectural est lui aussi périphérique, ce qui est assez étonnant au vu du titre du film. Et que dire de la construction qui occupe la majeure partie du récit, qui est franchement laide. OK, on comprend le pourquoi de la chose à la fin, mais tout de même !
Les personnages, même s'ils sont bien interprétés, ne m'ont pas toujours semblés suffisamment fouillés. Par exemple, on n'arrive pas à savoir si le couple formé par Tòth et son épouse s'aime vraiment. Pour ne rien arranger, Brady Corbet cède à un certain nombre de clichés bien lourds,
avec ses personnages de riches méchants et pervers, mais qui manquent cruellement d'épaisseur. La fameuse scène choquante en Italie entre Tòth et Van Buren sert à conclure l'histoire d'une manière assez tordue, dont on se serait bien passé.
On a l'impression que le but est de rajouter du glauque à quelque chose qui l'est déjà suffisamment, et qui finit par décrédibiliser le propos. Le réalisateur aime bien aussi ajouter ici et là des scènes crues, qui n'apportent pas grand chose au film.
On peut noter également des incohérences qui peuvent interroger,
comme le fait que le héros sombre dans la toxicomanie mais son addiction ne s'améliore ni n'empire malgré les années.
Si le film couvre une large période, les acteurs ne vieillissent absolument pas, sauf dans l'épilogue où soudain, le personnage campé par Brody se prend un coup de vieux monumental.
Bref, avec cette fausse biographie, le réalisateur a souhaité faire une fresque ambitieuse digne des plus belles pages du cinéma, mais n'a visiblement pas encore les moyens de ses ambitions. La maîtrise technique est là, c'est indéniable, reste désormais à Corbet à apprendre à captiver le spectateur s'il veut se hisser au niveau de ses glorieux prédécesseurs.