Il faisait clairement partie de mes grosses attentes ciné de ce début d'année. Et malheureusement, j'en suis ressorti assez mitigé.
3e long-métrage de l'acteur-réalisateur Brady Corbet (L'Enfance d'un chef, Vox Lux), cette fresque historique, se déroulant sur plusieurs décennies, et tournée pour l'occasion en pellicule via le format VistaVision, nous raconte l'histoire de László Toth, un architecte hongrois qui a fui l'Europe d’après-guerre pour rejoindre les États-Unis et espérer y fonder une nouvelle vie, une nouvelle carrière.
Quelque part entre le cinéma de Todd Haynes et celui de Paul Thomas Anderson (sans oublier une touche de Terrence Malick et de Werner Herzog), Corbet, qui a également co-écrit le scénario, nous parle d'espoir et de désillusion, d'ambition et de déconstruction du rêve américain, de deux mondes qui cohabitent en apparence, d'un pays en trompe-l’œil, qui promet mais finit par rejeter les mêmes "étrangers" qui ont participé à bâtir celui-ci.
Des thématiques narratives vraiment intéressantes (et qui peuvent résonner encore davantage aujourd'hui, sous l'ère Trump II. Hasard ? Peut-être pas), mais un film qui, de par son aspect formel, de par la manière de nous raconter son histoire, ne m'a pas emballé, ne m'a pas parlé, m'a laissé majoritairement en dehors de celui-ci.
Ayant voulu renouer avec l'esprit de certaines œuvres du Hollywood classique (m'ayant d'ailleurs un peu rappelé «Le Rebelle» de King Vidor de par son approche du traitement de l'architecture) tout en y apportant des techniques de tournage plus modernes, je me suis retrouvé face à une œuvre certes maîtrisée, qui se veut imposante à tous les niveaux (et ce qu'elle parvient vraiment à faire à certains moments, il faut bien lui reconnaître ça), mais au rendu un peu trop m'as-tu-vu et à la musique grandiloquente pour m'embarquer dans ce métrage et me sentir véritablement impliqué face au destin des personnages qui se trouvent au sein de celui-ci.
Et la durée excessivement longue du film (cette histoire aurait selon moi pu se raconter en bien moins de temps) n'a fait qu'accentuer ce ressenti au fil de la projection.
Car à vouloir en faire trop, à vouloir surligner les ambivalences et problématiques qui habitent notre protagoniste principal
(la plupart des scènes sexuelles étaient-elles d'ailleurs vraiment nécessaires dans le déroulement du récit ? N'y avait-il pas un moyen plus subtil de parler de la frustration, de la possession ?)
, le film créé progressivement une forme de distanciation assez froide qui ne me permet pas vraiment de me raccrocher à lui.
Adrien Brody, tout en émotion rentrée (et malgré quelques tics de jeu), reste impeccable dans le rôle de cet homme marqué par le passé et le rejet, architecte trouvant une forme d'échappatoire dans ses créations,
homme talentueux mais que l'on renvoie fréquemment à son "rang" et que l'on considérera toujours comme un étranger ("nous vous tolérons")
.
Autour de lui, certains personnages manquent un peu d'épaisseur (notamment les membres de la famille Van Buren), gagnant en manichéisme mais perdant en subtilité au fil du récit
(et ce jusqu'à cette révélation finale, plutôt opportuniste, faite lors d'un repas par une Felicity Jones qui peut à nouveau marcher)
.
À l'image de l'architecture, il y a des œuvres qui nous captivent, nous parlent, et d'autres beaucoup moins, des œuvres qui nous embarquent et d'autres face auxquelles nous sommes plus réfractaires, c'est comme ça, c'est humain.
Et clairement, cette odyssée de 3h35 (et sa structure en diptyque) ne m'a pas embarqué autant que je l'aurai espéré, malgré certains points vraiment positifs.
"L'important est la destination, pas le voyage." peut-on entendre à la fin du film.Certes, m ais pour parvenir à destination, le voyage a justement son importance. Et si celui-ci ne vous a pas vraiment convaincu, sa finalité n'y changera pas grand chose.
À la place, je me replongerai dans «There will be Blood», un autre portrait de l'histoire de l'Amérique, (la quête obsessionnelle de l'or noir, ses travers et de ses vices), qui m'avait bien plus marqué à bien des niveaux. 5,5-6/10.