Sidération, éblouissement, incompréhension, ces mots me viennent à l’esprit en quittant la salle de cinéma un soir d’août. Le jour après, j’écris ce billet. Là, ce que je ressens à travers les personnages principaux, c’est la perdition, mais aussi la transformation. La perdition de la culture ancestrale des amérindiens. Le sujet est très fort, mais nos repères européens sont culturellement trop éloignés. En plus, nous sommes trop cérébraux.
Cependant, si on sait ouvrir ses sens et son esprit à la nature universelle qui relie tous les êtres vivants et morts, la compréhension cérébrale n’est plus nécessaire. Malgré un schéma pas très facile à saisir au moment de regarder ces images fixes, statiques et souvent très longs, d’une grande beauté souvent, on va se laisser emporter. Oui, il y a des longueurs. Peu de dialogues, pas de musique. La vie des indiens au Dakota, aujourd’hui comme avant, est souvent misérable. Une forme de souffrance profonde mène à l’alcool, la drogue, la perdition et l’abrutissement. Dures, certaines images. Les premières en noir-blanc, en couleur après.
Le renoncement ; de la policière, quasiment vidée de sa substance humaine (Alaina Clifford), de sa cousine entraîneuse de basket (Sadie Lapointe, une actrice touchante) qui dit à son grand-père « Je n’ai plus rien ici » et va mourir. Ces personnes disparaissent, s’évaporent, de l’écran, de la vie, on ne sait pas ni où ni comment.
Là, ce film va nous faire voyager, un grand oiseau symbolisant le voyage de l’âme vers un ailleurs, le retour, le futur. Onirique, poétique, le "conte" va se transformer en dure réalité pour un jeune indien en Amérique du sud, devenu chercheur d'or.
"Eureka" a ses défauts, demande une grande attention au spectateur. Mais il est sublime.