Il pleut sur Tokyo depuis si longtemps qu'on a oublié la couleur du ciel. Jusqu'à Hina, cette gamine qui peut écarter les nuages d'une simple prière. Mais chaque éclaircie lui vole un peu de vie, comme si le soleil se payait sur elle. Et c'est là que Shinkai frappe fort : au lieu de sacrifier la jeune fille pour sauver la ville des eaux, Hodaka choisit de la garder, elle, et de laisser Tokyo sombrer. Un choix presque scandaleux, surtout au Japon où le groupe passe avant l'individu, mais j'y ai vu une beauté folle. C'est un film qui dit que la jeunesse n'a pas à payer pour les fautes des adultes, et qui aime jusqu'à la déraison. Ce que j'adore chez Shinkai, c'est que sa magie n'est jamais une fuite : elle ne déchire pas le réel, elle l'éclaire, un Tokyo bien concret, saturé de néons et d'enseignes, que la pluie rend soudain bouleversant. Visuellement, aucun débat : je n'avais jamais vu la pluie vivre comme ça, chaque goutte comme un petit miracle, les rayons qui percent les nuages, le gris noyé qui cède à l'or, et cette météo qui n'est jamais un décor mais l'humeur même des personnages. Reste que la première heure traîne, on s'ennuie, et la musique en fait parfois trop : du sublime à l'image, du vide dans le récit. Difficile aussi de ne pas penser à Your Name : même recette, mêmes silhouettes, sans tout à fait les surprises. Un film bancal, sublime à l'image et fragile dans sa charpente, mais qui ose dire non au sacrifice et oui à l'amour.