"Apocalypse Now" est l'un des nombreux projets cultes de la carrière de Francis Ford Coppola. Alors que personne ne s'attendait à un tel succès, le film a finalement su marquer son époque par son sujet et sa réalisation. Cependant, avant que l'on ne se lance sur ce que je pense du long-métrage, j'estime qu'il est important de parler des différentes versions de celui-ci, car elles peuvent vraiment changer votre perception de l'ensemble. Personnellement, lorsque j'ai découvert le film pour la première fois, je l'ai vu en version REDUX de 3h20. Et honnêtement, je ne pense pas que cette version soit la plus adaptée. Certes, c'est la plus complète, mais beaucoup d'éléments sont en trop. Par exemple, je ne vois pas l'intérêt de rajouter la scène où nos soldats échangent de l'essence contre un moment avec les filles, le thème abordé à ce moment-là ayant déjà été développé dans la séquence du "spectacle". Globalement, pour une bonne appréciation du projet, je vous recommande bien plus la version Final Cut de 3 heures, voire même la version initiale de 2h20. Il y aura beaucoup moins de superflus, et l'ensemble sera donc bien plus digeste. Maintenant, pour en revenir au film et après l'avoir visionné dans une version bien plus appréciable, je trouve effectivement qu'il a toutes les caractéristiques d'un projet marquant. Déjà, de par son sujet, à l'opposé total du sentiment habituel que les États-Unis souhaitent apporter en ce qui concerne leur pays. Si la Guerre du Vietnam a toujours été un peu mise sous le tapis, ce film va directement attaquer le comportement plus que douteux des États-Unis et de son armée pendant cette période. Au travers d'un jeune groupe de soldats en mission, le film est une sorte d'histoire à pallier, où chaque chapitre va de plus en plus faire basculer le scénario dans l'horreur. Évidemment, le premier chapitre est probablement l'un des plus marquants, celui-ci ayant bénéficié d'une logistique très forte pour donner de la crédibilité à ces scènes d'actions. Celles-ci sont donc vraiment impressionnantes, même avec notre vision moderne. Cette introduction sert également à nous présenter le personnage de Kilgore, ce dernier étant présenté comme un homme fou et complètement en décalage avec la situation. Et globalement, c'est ce que dénonce ce film, à savoir le fait que les États-Unis étaient totalement hors-sol pendant cette guerre. Et si cette introduction est forte, elle n'est finalement là que comme point de repère, car tout ce qui suivra après sera bien pire. Si cette jeune bande se montre très consciente de la situation au début, au fur et à mesure des rencontres loufoques qu'ils font effectuer, ces derniers vont totalement sombrer dans la folie. De la même manière que les soldats américains sont devenus fous au Vietnam, ceux-ci apprennent peu à peu les difficultés d'une guerre complètement hors de contrôle. Dans son propos et dans son déroulé, le long-métrage est donc extrêmement intéressant, multipliant les séquences choquantes pour nous confronter au réel très cru du Vietnam. Francis Ford Coppola filme d'ailleurs cela avec l'aisance qu'on lui connaît, également via une photographie très pétante et particulièrement marquante dans beaucoup de séquences. À mon sens, le plus original vient bien plus du montage, qui est bizarrement assez tranquille par moments et jouant sur des transitions douces ou des fondus. Le film ne cherche à aucun moment à sur-dynamiser cette violence, il est violent, car cette guerre l'a été. Cela trouvera d'ailleurs son point le plus haut lors de la conclusion, durant ce dernier chapitre consacré au colonel Kurtz. Celui-ci est parfaitement interprété par Marlon Brando, ses dialogues énigmatiques, et le fait de le garder souvent dans l'ombre, renfonçant son aura. Ce qu'il y a de drôle à ce niveau, c'est de se dire que cela a été fait en raison du surpoids de l'acteur et du fait qu'il improvisait un texte non appris. Comme quoi, les problèmes peuvent amener du bon ! Avant de conclure, il est quand même important de parler de la musique, toujours très différente en fonction des séquences. La plupart sont des reprises de morceaux connus, mais il faut dire que leur intégration au sein de ce film a certainement dû leur faire prendre une aura supplémentaire. Malgré tout, je tiens quand même à terminer en disant que je ne suis pas un fan absolu du long-métrage pour autant. Je lui reconnais ces qualités, et, après l'avoir visionné dans une version moins ample, j'ai vraiment appris à l'apprécier. Malheureusement, je ne me sens pas très investi dans son histoire, l'origine de ce problème se trouvant probablement au niveau de notre personnage principal. La prestation de Martin Sheen a beau être bonne, notre héros s'avère vraiment plat. Il manque de profondeur, et c'est donc assez compliqué de se sentir impliqué dans une histoire qui ne met jamais en valeur son personnage principal. Hormis cela, le film est donc très bon, excellent même, sous certains aspects, et il mérite amplement son statut d'œuvre culte. Pour conclure, un grand film.