Chaque chose a une fin, même les plus grandes œuvres. Et Mission Impossible, pourtant gage de qualité, ne semble pas échapper à cette loi. Car en effet, après un volet inégal dans le rythme mais spectaculaire dans ses moments de gloire, qui formait un diptyque habile avec le syndicat, on a l’impression que Tom Cruise et sa bande sont à bout de souffle et n’ont plus rien à raconter. Et pour la première fois depuis longtemps dans cette saga, je me presque suis cru devant un nanar.
L’histoire change (un peu) pour une fois, sans prendre de grands risques. Oui, il ne s’agit pas d’un grand méchant qui veut faire exploser la planète avec son organisation secrète, oui ça fait écho aux problématiques actuelles posées par l’IA (même si ça a déjà été beaucoup traité), et le fait qu’il s’agisse ici d’une IA ayant dégénéré et s’incarnant en un seul homme est intéressante. Cela dit, le postulat de base change peu : Mission Impossible est désavouée, Hunt et les siens font bande à part, bla-bla-bla on n’a jamais vu ça dans les précédents opus, bien sûr. A côté de ça, j’ai trouvé le scénario confus comme jamais, on se retrouve à certains moments avec pas moins de 4 antagonistes qui veulent la peau de Hunt, avec des personnages qui changent de camp entre-temps. Et pas les personnages les plus marquants.
Commençons par Gabriel, qu’on nous introduit au cours d’un flashback grotesque et confus tombant comme un cheveu sur la soupe pour tenter de justifier le film. Beaucoup le trouvent fade et inintéressant. Pour ma part, je ne l’ai pas détesté, l’acteur fait le travail. Ce qui me gêne c’est le côté divin que lui donne le film. Ce type est imbattable ? Le fait qu’il puisse prédire les comportements grâce à l’IA lui confère une invincibilité garantie ?
Parlons ensuite de Grace, cliché de la belle nana qui sait tout faire, jusqu’à tenir tête à des personnes surentraînées au combat alors qu’elle n’est de base qu’une voleuse. Pas le personnage le plus incroyable, on sent qu’elle est surtout là pour son physique et pour un (des) éventuel(s) spin-off(s).
Il y a aussi les antagonistes secondaires. Je parle bien sûr de Paris ou encore de Jasper Briggs. Je ne vois pas vraiment leur place dans le film, si ce n’est compliquer la tâche à Hunt, rajouter de l’action, justifier la durée excessive du film et jouer sur la dramaturgie. Pour moi il y en a un en trop, je ne suis pas foncièrement opposé à leur existence mais on pouvait facilement se passer de l’un d’eux.
Parlons enfin des habitués. Benji et Luther sont sympas mais Luther fait vraiment tâche dans cette saga. Hunt est égal à lui-même, c’est Tom Cruise qui se regarde jouer. Ilsa Faust, est superbe, c’est la plus sympa malgré le sort lamentable que lui réserve le film. Enfin, Alanna est intéressante mais Zola… voilà quoi.
Le scénario est alambiqué, on passe d’une situation à une autre sans grande clarté, on ne sait jamais dans quel camp jouent le trop plein de personnages à l’écran. Il y a énormément de « Deus ex Machina » qui font tache, je trouve que les blockbusters qui se veulent sérieux devraient vraiment arrêter ça. Il y a certains moments ridicules, telle que la bataille sur le pont, dont l’issue se voit à des kilomètres à la ronde, issue très décevante.
Tant qu’à faire mourir des personnages, faites mourir ceux dont on se fout. Au pif, Luther ? Faites un peu de sang chaud dans la saga au lieu de tuer le personnage le plus intéressant.
Un autre détail, qui peut sembler insignifiant mais qui montre un laisser-aller, c’est la toute première scène. On a donc des Russes qui parlent entre eux… en anglais. Enfin, qu’on m’explique où est la tension quand
le film se termine sur une victoire de Hunt. L’inverse eût été logique et eût justifié une partie 2, mais ici… J’ai juste l’impression que tant qu’à faire, il aurait suffi d’une demi-heure en plus pour clore le tout.
Autre point qui m’a choqué, c’est l’action. Je veux bien qu’on m’explique ce qu’il s’est passé, car il y a un fossé entre les précédents films et celui-ci en termes de cascade. Les corps à corps sont toujours les mêmes, c’est assez générique et ce n’est pas l’essence de la saga. Mais concrètement, où est le climax ultime, le moment où on serre les dents pour Tom Cruise ? Le saut à moto ? Laissez-moi rire. Le making-of est plus impressionnant que la scène en elle-même, blindée de CGI. Dans « Fallout », la poursuite à moto était tendue et immersive, voir Tom Cruise prendre le rond-point de l’Etoile à contresens, ça c’est du cinéma. Une course-poursuite lambda et trop longue dans Rome, ça a moins d’effet. Le coup du train qui s’effondre dans le vide est vu et revu, on avait la même scène moins grandiose dans « Le Monde perdu », mais bien plus stressante. Ici, on sait bien
que ni Hunt ni Grace ne vont mourir, le film ne prend même pas la peine de clore la scène proprement avec un cut grossier sur nos héros qui ont réussi à survivre.
Et pour finir, c’est bien trop long. On peut enlever facilement 30 minutes au film, raccourcir les dialogues, enlever certains personnages et le tout gagne en dynamisme sans que le fond soit altéré. Cette manie de faire long pour rien, c’est énervant. S’il y a deux parties, autant qu’elles n’excèdent pas 2h30 chacune.
Bref, ce film fut une douche froide pour moi qui aime les Mission Impossible. Trop long, trop confus, grotesque à certains moments, pas assez impressionnant malgré la volonté de faire plus. La saga est à bout de souffle, n’a plus rien à raconter. On dirait de plus en plus du Fast and Furious, et ce n’est sûrement pas bon signe vu le tournant médiocre qu’a elle-même pris cette saga. En somme, il est grand temps que ça se finisse, et j’espère que la deuxième partie relèvera le niveau de l’ensemble, qui est pour l’instant mal parti.