Un visage perplexe n'est pas une impossibilité lorsqu'on ressort de "France" de Benoît Dumont, face à cette étrange montagne russe très en longueur.
Emprunt d'une volonté de délivrer à la fois une attaque cynique contre notre système médiatique, ne se résumant qu'à du cinéma où France est la réalisatrice, et un portrait humain de ces personnalités devenues si connues qu'elles ne sont plus que des spectres errants, incapable d'avoir un dialogue humanisé avec qui que ce soit, le film navigue. Il navigue constamment entre deux eaux, sans jamais vraiment échouer dans l'exercice, mais sans non plus frapper émotionnellement juste au point de nous emporter dans son histoire.
Si le film s'est vendu sur son attaque cynique, c'est bien le deuxième visage du film qui se trouve être le plus attrayant et le plus touchant, car s'il ne frappe pas tout le temps juste, ce deuxième visage s'avère extrêmement réel quand il touche là où ça fait mal.
À travers ce deuxième visage, Dumont nous parle de cette carapace, cette double identité de façade que l'on se créé et dont la force s'amplifie avec les réseaux sociaux. France ne tient plus, France se craquele, à travers certains dialogues, certains plans très touchants. Dommage encore une fois que ce soit amoindri par des moments plus faibles.
Visuellement, rien à dire le film est tout simplement magnifique, offrant de grandes images dans la hauteur très belles à regarder. Sur un plan musical, la bande-son est marquante mais laisse un goût triste amer quand on se rappelle que c'est la dernière proposition musicale qu'aura fait Christophe avant de mourir. Le casting réussi à porter le film, mais malheureusement pour Léa Seydoux et Benjamin Biolay, ils franchissent parfois la ligne entre une performance juste et une performance qui en fait trop.
Comme le reste de sa filmographie, "France" est un film où Benoît Dumont brouille la frontière entre l'étrange et le classique pour désarmer le spectateur. C'est sûrement un de ses films ou ça a le plus de sens, tant les médias ont un problème amenant également à une frontière brouillée entre fiction et réalité, entre le masque des mots et le franc-parler. Imparfait mais intéressant, un peu trop long, mais ne se reposant pas sur ses bases, "France" peut mériter que vous jetiez votre regard sur son regard.