De retour du Grand Nord et de Saint-Pétersbourg, avec son « Tout en haut du monde », Rémi Chayé nous propose d’explorer le Far West, régi par les hommes et des terres inhospitalières. Et au milieu d’un convoi égaré par la bêtise humaine, on se permet de conquérir autre chose qu’une nouvelle vie o un nouveau foyer. Il s’agit d’une mentalité progressiste, véhiculé par l’intrépide et audacieuse Calamity Jane en devenir. En développant de près son enfance, avec tout ce qu’il faut en récits épiques et tragiques, l’argument nous promet des changements, des fissures dans les codes féminins et masculins. De même, le réalisateur prend soin de présenter la différence entre l’adulte et l’enfant, qui ne tient qu’à une poignée d’endurance, que l’on satisfait soit mentalement, soit physiquement.
Pour Martha Jane, être une fille n’a pas d’importance du moment qu’elle puisse mettre à profit son savoir-faire. En avance sur son époque et ses semblables, elle n’hésite jamais à provoquer ; L’arrogance se dissout alors aisément dans le courage qu’elle entretient. Pourtant, elle reste une enfant, innocente et pure. Nous la découvrons bagarreuse et surtout engagée dans une société, qui ne permet pas d’ascension, si ce n’est en échange d’une virilité bien placée et bien perçue. Les mœurs s’enchainent et à travers le regard attentif et curieux d’un enfant qui embrasse la cruauté de son environnement. Si on la laisse peu gagner en responsabilité dans son cercle familiale ou dans sa meute, elle finira par en avoir durant sa quête initiatique, où sa malice sera de rigueur, en plus de son énergie. Ses rencontres, toutes aussi improbables que bénéfiques, nous renvoient aux références du western de John Ford, notamment.
En quoi cette invitation nous séduit-elle, au point de défier la pathologie de la différence ? Que ce soit au niveau du code vestimentaire ou ailleurs, Martha y trouve de la praticité et ne revendique rien d’autre d’une liberté qu’elle s’accorde. Il s’agirait, en plus de cela, un moyen pour elle d’exister dans cet univers trop patriarcal et limité pour son ouverture d’esprit. Il y a donc quelque chose de satisfaisant de la voir arracher ce prestige sous le nez des hommes si confiance de leur suprématie et cachés derrière leur uniforme. L’héroïne nous incite ainsi à dépasser ce constat et à le rendre pertinent, à la fois dans une touche burlesque et épique, qui donnera de quoi redresser la tendance d’hier comme d’aujourd’hui.
« Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary », c’est donc une relecture intéressante de la conquête de l’Ouest. L’aventure d’une jeune fille s’abreuve, sans crainte, d’une émancipation aux stéréotypes et autres portraits caractéristiques de la violence humaine. Elle parraine ainsi tout l’espoir d’une génération à assumer sa féminité ou sa masculinité. Rentrer dans le moule peut s’avérer douloureux, mais ça l’est moins si l’on se forge le sien, avec ce qu’il faut de justesse pour se révéler indispensable et complémentaire pour son entourage. On le démontre magnifiquement ici, à coup de peintures colorés, laissant la lumière s’exprimer et les ténèbres se dissiper. Avec Martha Jane, on célèbre un avenir réussi et le portrait d’une femme accomplie.
Calamity est un récit d’apprentissage ouvertement féministe. On pourra trouver qu’il force le trait en faisant des pères de famille des êtres aussi défaillants : celui de Martha Jane se blesse dès le début du film et devient un fardeau ; celui de Ethan, le meilleur ennemi de Martha, voit son autorité de chef de convoi contestée par un militaire de passage. Quant au personnage féminin à la tête d’une exploitation de chercheurs d’or, alter ego adulte de la future Calamity qui la prendra sous son aile, celle-ci s’appelle carrément… Mme Moustache ! Mais le reproche serait un peu simple. D’autres personnages jouent un rôle important dans la mue du personnage principal et ils sont bien masculins (Jonas, le militaire cité plus haut). Il ne s’agit donc pas d’écarter tous les hommes du chemin qui mène à l’émancipation. Cependant, le symbole le plus fort de cet ancrage féministe c’est bien entendu le pantalon. Obstacle matériel (c’est plus facile pour monter à cheval) aussi bien que social (ce n’est pas bien vu d’en porter quand on est une fille à cette époque), il n’est ni plus ni moins que la rançon de la liberté de Martha : c’est sans doute d’abord pour cette raison qu’elle sera rejetée par sa communauté. Pour bien comprendre sa force symbolique, rappelons qu’en France la loi qui interdit le port du pantalon n’a été abrogée qu’en… 2013 ! Evidemment, celle-ci était tombée en désuétude depuis longtemps. Il s’agissait pour les femmes de demander une « permission de travestissement » à la préfecture pour être autorisées à porter un pantalon. Et le film reprend intelligemment cette idée de travestissement à travers son personnage principal. En portant un pantalon, en se coupant les cheveux (pour mieux se bagarrer !) et en rêvant d’une vie d’aventures, Martha Jane se déguise, un peu malgré elle, en garçon. Une scène fait d’ailleurs écho au film Tomboy (Céline Sciamma, 2011) dans une situation quasi identique : spoiler: lorsqu’elle rencontre Jonas, un jeune trappeur, celui-ci la prend immédiatement pour un garçon. Martha choisira de lui cacher sa véritable nature . Une autre scène très amusante : spoiler: lorsque Martha, pour pouvoir mener son enquête dans un camp militaire sans éveiller les soupçons doit se déguiser… en fille ! Et le travestissement sera également à l’œuvre spoiler: chez le personnage du militaire comme elle le découvrira plus tard . Nul doute que le cinéma a besoin de ce genre d’héroïne pour inspirer les jeunes filles qui, encore aujourd’hui, sont assignées à certains comportements, certaines tâches, certains métiers. L’indépendance est une conquête, un horizon aux couleurs aussi éclatantes que ce film au graphisme puissamment chamarré. Pour Calamity Jane, la conquête de l’Ouest américain est d’abord une victoire durement acquise sur le sort réservé aux femmes. Un guêpier – et même une guêpière ! – dont on s’extirpe au grand galop sous le ciel étoilé des Rocheuses, le yeux tout droit dirigés vers la liberté.
CALAMITY, UNE ENFANCE....(2020): 1863, une file indienne de plusieurs chariots, à l'intérieur de ce convoi nous allons suivre les aventures de Martha Jane, une jeune fille débrouillarde, audacieuse et imprudente. Une môme de 10 ans aux allures d'un garçon manqué dont le franc-parler bousculera la condition féminine ainsi que certains prétentieux. Ce long métrage pourra choquer par un style graphique peu courant. Des dessins peints sans contours aux aplats de couleurs d'une grande richesse créant de splendides tableaux du grand Ouest américain. Un aspect assez surprenant déjà rencontré avec le dessin animé, Tout en Haut du Monde, du même réalisateur Rémi Chayé. Personnellement, cela me semblera parfois un peu trop fade, avec des personnages aux visages trop lisses (un travail d'ordinateur beaucoup trop important). Par contre, le scénario de ce western très coloré sera distrayant et très intéressant sur l'évolution amusante de ce futur hors-la-loi, Calamity Jane, une gamine dont la poisse rendra assez attachante.
Calamity n'est pas un film biographique sur Martha Jane Cannary mais, comme son titre l'indique, une hypothèse sur la naissance du mythe et de la légende de Calamity Jane.
Ce dessin animé, qui a remporté le Cristal du long-métrage du festival d'Annecy (l'équivalent de la Palme d'Or à Cannes pour le cinéma d'animation), est une pure merveille esthétique et narrative. Décors magnifiques aux couleurs lumineuses proches du fauvisme, narration enlevée naviguant au gré des vents entre humour, émotion et action, personnages attachants merveilleusement incarnés : on ne s'ennuie pas une minute dans ce récit initiatique mené tambour battant.
Un magnifique film d'aventure doublé d'une pertinente réflexion sur les préjugés sexistes, à voir seul ou en famille !
Un film d’animation français sorti un peu dans l’anonymat, comme beaucoup de film en 2020. Un graphisme superbe pour de très belles images et un histoire prenante et émouvante. Un récit initiatique superbe sur tous les plans. Quant à la réalité historique, Calamity Jane a beaucoup menti sur sa vie, il ne faut donc pas trop la chercher. Nommé en meilleur film d’animation aux César 2021. Un très beau film.
Beaucoup de qualité pour ce très joli film d'animation qui confirme l'excellence de la France dans ce domaine.
Le sujet est plaisant : il s'agit de montrer l'enfance de la célèbre Calamity Jane, et à travers ce prétexte, de donner à voir le monde de l'Ouest américain à travers un nouveau prisme, plus doux et plus poétique que dans les western traditionnels. On ne sait pas grand-chose de l'enfance de la future aventurière, ce qui permet aux scénaristes d'imaginer de belles aventures et une galerie de personnages attachants.
Le film de Rémi Chayé brille d'abord par son scénario. L'histoire est brillamment menée, pleine de rebondissements qui plairont aussi bien aux petits qu'aux grands. On éprouve un plaisir simple à suivre les mésaventures de cette petite fille féministe avant l'heure, toujours déterminée et se sortant des situations les plus désespérées avec un grand talent.
Les personnages sont typés sans être caricaturaux, les péripéties nombreuses et variées. On sent vraiment l'appel de l'Ouest dans ce convoi de charriots qui se dirige vers l'Oregon, et cela est dû en particulier aux paysages magnifiques et aux couleurs choisies, tout à fait étonnantes et qui forment de véritables tableaux chatoyants.
Calamity est donc une véritable réussite, tant sur la forme que sur le fond, qui fera le plaisir de toute la famille.
L'enfance de Calimity Jane vu par Rémi Chayé. En raison de la pauvreté et du manque de fiabilité des sources, le réalisateur invente plus qu'il ne retranscrit l'enfance de cette célèbre femme ayant marqué cette période de la conquête de l'Ouest.
Ma première réaction devant ce film d'animation fut négative. J'ai effectivement trouvé les dessins très moches. Un aspect "Paint" et lisse qui m'a rebuté jusqu'à la toute fin. Un gros bémol heureusement contrebalancé par le reste. Bien apprécié l'histoire de cette gamine qui souhaite s'affranchir des codes sexistes de son temps pour suivre sa propre voie. Une intrigue prenante bien soutenue par une excellente bande son.
Dommage pour le style graphique mais "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" reste un bon film d'animation.
Un beau western d'animation, coloré, avec une héroïne courageuse et attachante qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. La conquête de l'ouest n'est pas une partie de plaisir mais est toujours source de fantasme.
Sur fond de conquête de l'Ouest, une œuvre franco-danoise nous narrant le récit de l'émancipation envers et contre tous de l'une des grandes figures américaines du 19e siècle. Une aventure initiatique à échelle humaine, pleine de rencontres et de rebondissements, et accompagnée d'une animation atypique et poétique ainsi que d'une musique entraînante. Un film qui sent bon la liberté. 7,5/10.
Un film d’animation qui retrace une enfance fantasmée d’une des figures marquantes de l’Amérique du 19ème siècle qu’est Calamity Jane. Ce formidable conte initiatique voyant sa jeune héroïne trouver sa place dans une société hostile aux femmes est une ode à la persévérance, au courage dans un univers aux couleurs vives et chatoyantes. Un récit enlevé peuplé de personnages attachants pour ce qui est une belle surprise.
Plaisant à suivre et bien mené. C'est le type de film d'animation rafraîchissant qui se laisse voir facilement pour petit et grand. La bande son est bonne et les dessins sont particulièrement réussis pour mettre en valeur les grandes étendues