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3,5
Publiée le 21 avril 2025
Nos Soleils (Alcarràs, 2022) de Carla Simón est un film solaire en apparence, mais profondément mélancolique dans sa structure intime. Après ÉtÉ 93, Carla Simón abandonne l’individuel pour l’ampleur d’un collectif : une famille, une communauté.
Derrière le prétexte d’un drame agricole : la fin d’un verger familial suite à la vente du terrain pour y installer des panneaux solaires. Nos Soleils articule une réflexion politique sur l’extinction d’un monde paysan et la disparition d’une mémoire incarnée dans les gestes, les outils, les routines. Le film est profondément européen dans son fond : il évoque la dégradation des campagnes par les impératifs économiques, l’illusion écologique de certaines "solutions" industrielles, et le basculement d’un monde horizontal (la terre, la famille, la transmission) vers un monde vertical (le profit, la rupture, l’exploitation).
Tout le projet esthétique du film tient dans l’évitement du dramatique. Ce n’est pas un film de soulèvements, c’est un film de silences qui s’accumulent, de non-dits qui fissurent peu à peu l’unité du groupe.
Ce choix formel est fort : le drame se vit à bas bruit, dans la routine qui résiste, dans le travail répété qui devient inutile, dans les gestes agricoles qui n’auront plus lieu d’être. Cette sécheresse émotionnelle crée un puissant contrepoint à la lumière méditerranéenne omniprésente. Le soleil, dans Alcarràs, éclaire ce qui s’éteint.
Contrairement à son dernier film, le point de vue n’est plus resserré sur un seul personnage : ici, la caméra circule entre les membres d’une famille élargie, captant la diversité des âges, des positions sociales et affectives. Cela permet une cartographie sensible des générations, de leurs rêves divergents, de leurs illusions communes. Et surtout : de leur incompréhension mutuelle.
Les enfants rêvent, les ados s’échappent, les anciens s’enracinent, et au centre : le père, Quimet, qui tente de maintenir une autorité en ruine.
Tout le film peut être lu comme un rituel raté de transmission. Les vergers, les terres, les savoir-faire, le langage même : tout cela devait être hérité. Mais la modernité capitaliste empêche cette continuité. Le père travaille pour que les enfants n’aient pas à reprendre sa vie. Les enfants veulent partir, ou transformer. Et personne ne se comprend.
Le titre Nos Soleils est magnifique : pluriel, possessif, lumineux. Il dit ce qui nous éclaire mais ne nous appartient pas tout à fait, ce qui se partage et se perd.
La dernière récolte avant expropriation d'une famille de paysans dans une Catalogne qui troque désormais les plantations ancestrales contre des champs de panneaux solaires. Le monde de l'agriculture évolue et cela crée des frictions au sein même des familles, vues ici à travers les yeux d'enfants qui n'ont rien demandé et qui sans doute plus tard rejoindront le secteur tertiaire dans les grandes de villes. Le film développe une thématique d'actualité sur un ton naturaliste, il est bien mais pas non plus transcendant. Je suis étonné par son Ours d'Or berlinois, un Pata Negra de bronze aurait sans doute suffit.
Film, sur le vivre ensemble d’une famille, où trois générations se côtoient. C’est une succession de scènes familiales simples et sympathique mais je trouve le scénario trop basic.
Typiquement le film d’auteur, qui n’est pas inintéressant, qui véhicule un vrai message, mais qui oublie que beaucoup de gens regardent des films d’abord pour se distraire. Du coup en ce qui me concerne, j’ai trouvé ça plutot lent et ennuyeux…
Tout est filmé, raconté, avec une telle sincérité qu'on a vite l'impression de faire partie de la famille Solé. Qu'il s'agisse de ce qui vit cette famille ou d'un monde agricole qui se perd, le ton est juste. Pas de démonstration, pas de mélodrame, pas de militantisme borné... Une grande réussite après le très beau film précédent de Carla Simon "Été 95".
Une très belle fresque tendre en immersion dans cette famille sous le soleil catalan, au milieu des vergers. Le rythme soutenu , l'ambiance familiale avec ses 3 générations, et le cataclysme inéluctable font de ce film une vraie réussite
Ce film espagnol qui raconte la vie quotidienne de cette grande famille de récolteurs de fruits est bien réalisée. La réalisatrice nous plonge dans l’univers de cette famille unie et heureuse avec ses joies, ses peines et ses difficultés avec l’évolution du monde agricole qui bientôt menace leur belle harmonie. La réalisatrice, avec une réalisation simple mais efficace nous décrit bien tout cela.
Une tranche de vie simple, belle et humaine... Les bonheurs simples pour des gens simples, la famille, le fruit de leur travail, les échanges, les rires, les pleurs. Et toujours la raison du plus fort, impitoyable... Un film qui fait réfléchir et avec du recul... qui fait peur. On élimine les petits, toujours et toujours... jusqu'au dernier.
Assez déçue compte tenu des critiques lues .... je trouve le film beaucoup trop long avec des dialogues parfois sans intérêt. Et pourtant le sujet m'attirait
Un long quasi documentaire sur la culture des pêchers (avec irrigation à la rigole, palox, échelles de cueillette, coopérative, vieux tracteurs, saisonniers africains) avec quelques beaux moments de vie familiale en plein dans la tradition (alcoolisée..) catalane et des scènes charmantes d'enfants jouant en pleine nature (rocheuse et sèche) . Mais , si le film maintient très bien l'attention (la tension..) sur le sort de cette famille, il n'y a pas vraiment de scénario pour assembler ce puzzle ... dommage
Déçu trop long .ce n est pas un mauvais film mais on est pas prit par certains personnages dont le père de famille qui est très lourd même si la situation peut l expliquer en partie.
J'ai détesté. Deux heures avec des gens pas intéressants, voire débiles, qui tirent sur des lapins… perte de temps absolu. un reportage sur les chasseurs m'aurait fait le même effet. Ce n'est pas écrit. Seul le personnage de la fillette Iris transmet quelque chose. Aucun autre personnage n'arrive à nous émouvoir alors que le sujet aurait dû me toucher. Incompréhension total du Jury de Berlin.
La famille Solé vit dans le pêcher. C'est le temps de la cueillette, et tout le monde, du grand père aux petits enfants, participe. Quinet, le père, dirige les opérations. L'ambiance est agréable sous le soleil, malgré le labeur. Pourtant, de gros nuages noirs vont s'amonceler autour de la petite famille. Les gros distributeurs dictent leurs prix, et, peu à peu, les pêches rapportent des nèfles. Des hordes de lapins s'attaquent aux vergers. Pour couronner le tout, les Solé apprennent qu'ils ne sont pas propriétaires de leurs terres. À la fin de la saison, le nouvel acquéreur fera arracher les arbres fruitiers, pour placer des panneaux photovoltaïques. Histoire de se faire une place au soleil. Malgré les terribles contraintes, Quinet s'obstine et se tue à la tâche, entrainant avec lui son fils ainé, lui volant ainsi sa jeunesse. Les acteurs de cette chronique familiale et sociale jouent juste. Dans le rôle principal, Jordi Pujol est parfait. Il campe un personnage rustre et sévère, mais sensible Et puis, il y a les enfants. Les enfants des villes, jouent à la console de jeux, ne sont jamais contents, et vivent dedans. Ceux du film, enfants des champs, vivent dehors, s'amusent en riant, et jouent avec un rien. Ils apportent, insouciants, des notes de gaieté et de fraîcheur, dans cette tragédie. Et les deux derniers plans sont symptomatiques de ce contraste. Enfants courant avec allégresse vers la maison familiale, puis l'inexorable. Si il ne file pas toujours la pêche, ce film se laisse néanmoins regarder avec intérêt.
A qui sont-ils ces soleils ? A la famille Solé, des grands-parents aux petits enfants, tous réunis dans la maison de l’exploitation familiale, au milieu de leurs pêchers, ou aux voisins et propriétaires de leurs terres, ce fils Pignol, celui qui convoite l’argent facile en investissant dans l’énergie solaire ? La parole des anciens avait du sens dans le milieu agricole, nul besoin d’acte pour contractualiser un engagement. Les temps changent et la parole donnée hier par les anciens, perd aujourd’hui sa valeur. La génération suivante c’est une autre histoire, et c’est bien là tout le drame de ce très beau film catalan. Des hommes venus d’Afrique noire viennent travailler au milieu des champs de pêches. Iris, la plus jeune des Solé, observe et tente de reproduire leurs rites, autres modèles pour d’autres vies venues de loin. Ces soleils si indispensables à ceux qui vivent de l’exploitation de la terre à la sueur de leurs fronts, attirent désormais d’autres intérêts. Au travail et à l’énergie physique des corps en mouvement viennent s’opposer la brutalité et l’immobilité des panneaux solaires qui poussent en Catalogne. Ils marquent différemment les paysages et les hommes qui y vivent. Carla Simón est une jeune réalisatrice trentenaire qui avec ce second film, continue de rafler de belles récompenses dans les festivals de cinéma. Nos Soleils va représenter l'Espagne pour le meilleur long métrage international aux Oscars, il a déjà remporté l’Ours d’Or de la dernière Berlinade. La réalisatrice aurait vu pour la distribution de son film près de 9000 personnes pour trouver ses interprètes dans la société civile. Son objectif était qu’ils soient du cru avec ce dialecte catalan spécifique à sa région. Cette vie au milieu des champs de pêches fût aussi celle de Carla Simón. Le film bien plus qu’un documentaire nous prend par la main pour nous embarquer aux côtés des Solé, en immersion dans leur intimité familiale. Nous partageons les émotions de chacun des membres de la famille, de leur amour et solidarité les uns pour les autres. Et c’est bien là toute la profondeur de ce film, de nous transporter dans un mode de vie, et de nous chuchoter à l’oreille « regarde-les comme ils sont heureux… ». Sans manichéisme aucun, la réalisatrice nous montre avec ses images sans jamais porter de jugements, un monde qui se meurt, et ça nous sert le cœur durablement.