Mais que ce film est beau et intense ! Le genre de délice cinématographique à tous points de vue qu’on ne voit pas venir mais qui imprègne durablement le cœur et l’esprit. « Madre » est un film d’une complexité dramatique et psychologique rare mais aussi un pur régal pour les yeux tellement les images sont belles. A la barre, un cinéaste vraiment de plus en plus prometteur qui fait partie du renouveau du cinéma espagnol, Rodrigo Sorogoyen. On lui doit l’excellent thriller « Que Dios No Perdones » mais aussi l’an passé « El Reino ». Ce dernier opus sur les coulisses de la politique espagnole et la corruption, acclamé par les critiques, était certes très habile et maîtrisé mais il nous avait laissé sur le bas-côté par son extrême complexité qui faisait décrocher. Ici, il change radicalement de genre (du moins en apparence), laissant le thriller pur et dur de côté pour un drame psychologique mâtiné de suspense voire une tragédie où les enjeux émotionnels sont si forts qu’ils nous coupent le souffle. « Madre » c’est à la fois un fond renversant et intelligent à partir d’un sujet qui tient en haleine et une forme hypnotique et qui émerveille, le tout dans un accord parfait.
Le long-métrage commence fort par un moment de très haute tension. Une scène d’une quinzaine de minutes faite d’un plan-séquence incroyable qui nous scotche à notre siège dès le départ et augure du meilleur pour la suite. Cette séquence est d’une telle intensité qu’elle nous fait penser à celle de « Scream » premier du nom, de par le côté téléphonique présent dans les deux. Ces premières minutes tétanisent et jouent avec nos nerfs et si la suite est bien plus apaisée et apaisante, elle n’en demeure pas moins magistrale. Sorogoyen n’a pas son pareil pour alterner moments solaires et d’une douceur folle avec d’autres qui mettent nos sens en ébullition (souvent en plan-séquence ce qui accentue l’immersion et la tension), comme la séquence d’ouverture donc. On retient aussi la séquence de l’after dans la voiture et celle de l’irruption de l’héroïne dans la villa familiale, des scènes éprouvantes et stressantes où le suspense atteint son paroxysme. La façon de filmer du cinéaste en met plein la vue et cela se répercute également dans le reste du film où la beauté des images est à couper le souffle.
En effet, dans un cadre exagérément rectangulaire et écrasé, ce qui a pour effet de faire ressortir encore plus le sublime de ce qui est filmé, le réalisateur compose ses plans comme des tableaux. Un régal pour les yeux où le pays basque en version hivernale est magnifié, sublimé et envoûtant. Les couleurs sont belles à se damner, rares sont les œuvres qui convainquent autant sur le plan pictural (tel que dans un tout autre genre le « Blade Runner 2049 » de Villeneuve). « Madre » doit aussi beaucoup à son personnage principal incarné par la magnifique Marta Nieto qui en plus d’être belle comme le jour est tout à fait bluffante. Ce personnage de femme blessée nous emmène avec lui dans ses bonheurs, ses espérances et ses joies tout autant que dans ses drames, sa tristesse et sa dépression. On partage vraiment ses états d’âmes d’une façon rare et unique. Le trouble psychologique véhiculé par le film peut paraître gênant et le rapport entre les deux personnages principaux répréhensible. Mais cela nous renvoie à nos propres convictions et jusqu’au bout le trouble et un léger malaise sont entretenus de manière soigneuse. Le film nous chamboule, interpelle, c’est aussi ça le cinéma. Les intentions d’Elena restent opaques et la fin, à la fois équivoque et pleine de non-dits, nous laisse faire notre propre avis sur le sujet avec malice. « Madre » c’est plus de deux heures de très grand cinéma, de bout en bout, à voir et à revoir, autant pour sa forme parfaite que pour ce qu’il provoque et raconte. Un must !
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