“Pleasure” a l’audace de montrer une réalité qu’on voudrait voir cachée. Ce que retiendra principalement celui qui est derrière l’écran, c’est que les acteurs pornos sont avant tout des acteurs et comme dans tout film : il joue un rôle. Ainsi, avec un bon acteur, on ne voit pas la différence entre son rôle dans le film et celui de sa vraie vie, il ne fait qu’un avec son personnage. Nous avons tendance à identifier un acteur dans sa réalité comme le personnage de la fiction dans laquelle il évolue et il est là le biais. “Pleasure” met les choses au clair et démontre toutes les limites du système, aussi bien morales et physiques que psychiques. Comme l’accès à la pornographie est facile de nos jours et il est difficile de la contrôler, le meilleur moyen est d’éduquer, c’est un vrai motif pour sensibiliser la jeunesse, de comprendre les mécanismes qui sont en jeux. Le mot d’ordre qui pèse vraiment dans ce long-métrage, c’est le patriarcat, un monde d’homme pour le plaisir des hommes et on le ressent de manière virulente, une femme objetisée au possible, qu’on dévalorise, qu’on méprise. Pourtant, c’est dans les moments ou on voit l’actrice principale, Bella (Sofia Kappel) discuter, sortir avec ses amis, chanter, rire, s’amuser qu’on se rend compte de sa richesse, de sa sensibilité et de sa féminité. Sur le plateau et pendant les tournages, on fait croire aux actrices qu’elles sont libres d'elles même et de leurs corps, mais il n’en est rien, ce sont avant tout des marchandises du capitalisme et du patriarcat. Leurs buts vu de l’extérieur paraît rapidement vide de sens, le prix d’un sacrifice qui ne vaut pas grand chose, si ce n’est du vent et du nombrilisme qui revient un jour brutalement en pleine face. Alors si le but était de nous rendre compte des dessous de la pornographie et de la place de la femme dans ce milieu, c’est réussi. C’est dur mais nécessaire pour comprendre l’enjeu (
La scène “hardcore” est particulièrement difficile à soutenir et regarder
). Aucun jugement, ni de partie pris pendant le long-métrage, seulement des faits. Il y a une vraie portée sociale sur les schémas du capitalisme et la domination masculine dans le monde de la pornographie, qui par effet domino, dépeint sur notre société et notre notion du respect et de l’égalité entre les hommes et les femmes. Tout ça ne date pas d’hier, mais ça fait du bien de le rappeler.