Drame écrit et réalisé par Ninja Thyberg, dont c'est le premier long-métrage derrière la caméra, Pleasure est un film atypique, de qualité. L'histoire nous fait suivre Bella Cherry, une jeune suédoise de vingt ans qui arrive à Los Angeles avec l'ambition de devenir actrice pornographique. C'est ainsi qu'elle va découvrir l'envers du décor de cette industrie pour adulte. Ce scénario, basé sur le court métrage homonyme de la même réalisatrice paru huit ans plus tôt, s'avère intéressant à visionner pendant toute sa durée d'un peu plus d'une heure et demie. On assiste pendant tout ce temps à une intrigue originale nous immergeant dès les premières secondes dans son univers singulier traitant d'un sujet peu abordé au cinéma. Et cette thématique est montrée sans concessions en nous balançant au visage les dessous de ce métier presque comme les autres. Car oui, on se rend bien compte que ces acteurs et actrices ne sont que des comédiens et qu'une fois la caméra coupée, ils ont un quotidien tout à fait normal. Cela permet de les humaniser, eux qui ne sont que de la chair sexualisée pendant les tournages. Elle permet également d'en savoir plus sur ce milieu professionnel où la pratique est très encadrée, respectueuse, laissant le libre arbitre à chacun, et évoquant le consentement. Un milieu montré de façon sûrement idéalisé mais qui cherche la nuance, ne se contentant pas d'être manichéen. Tout cela est exprimé via des scènes explicites montrant les corps nus et les actes sexuelles, sans aller pour autant au bout puisque nous n'assistons à aucune séquence non simulée. Mais certains passages sont fortement marquants car la jeune femme souhaite aller dans des pratiques extrêmes ce qui choc à certains moments. Le ton se veut lui ambigu. L'ensemble est porté par des personnages bien écrits car loin d'être caricaturaux. Des rôles interprétés par une distribution convaincante, à commencer par la tête d'affiche incarnée par Sofia Kappel qui livre une prestation très difficile avec brio, d'autant plus qu'elle débute en tant qu'actrice. Elle est entourée par une distribution comprenant des personnes davantage habituées à ce milieu car certains proviennent réellement de l'industrie du X parmi Revika Anne Reustle, Evelyn Claire, Chris Cock, Dana DeArmond, Kendra Spade, Mark Spiegler, Eva Malander et Gina Valentina. Tous ces individus entretiennent des rapports basés sur l'argent, la jalousie ou encore la complicité. Des échanges soutenus par des dialogues crus et vulgaires mais qui n'écorchent pourtant pas les oreilles. Sur la forme, la réalisation de la cinéaste suédoise s'avère bonne. Sa mise en scène proche des corps nous plonge au cœur de l'action et évolue dans des lieux variés. Un visuel superficiel accompagné par une b.o. de bonne facture mêlant sons de rap bien lourds et chants d'église. Ce mélange des genres colle très bien au propos, d'autant plus que ces titres interviennent toujours à des moments opportuns. Cette quête d'ascension s'achève sur une fin qui aurait pu être décevante mais qui parvient à trouver une porte de sortie réussie, venant ainsi mettre un terme à Pleasure qui, en conclusion, est un film mature méritant d'être découvert.