Nanni Moretti se renouvelle avec "Tre Piani", puisque la forme chorale est inhabituelle pour le cinéaste et c'est la première fois que ce dernier adapte un roman. Ce qui frappe dans les premiers instants, c'est l'aisance avec laquelle Moretti passe d'une histoire à une autre, présente les drames familiaux qui nouent le récit sous une forme claire et épurée. Les sujets traités sont lourds (détestation d'un père pour son fils, une mère dépressive qui souffre de l'absence de son mari, un homme qui trompe sa femme et persuadé que leur fille a été violée par leur voisin), mais d'abord traités avec une délicatesse d'écriture qui rend possible l'identification aux personnages et certaines scènes vraiment touchantes (celle où la petite fille est retrouvée dans le parc, est tendue sur le fil de l'opposition entre innocence et rage immodérée). Moretti n'essaye jamais de lier à tout prix les trois récits entre eux – ce qui aurait été artificiel –, mais les joint par l'idée d'une douleur à laquelle il convient de se confronter. Néanmoins, la fluidité du montage et du scénario se délite progressivement, à cause d'une surenchère dramatique qui rend inopérante l'émotion : là où des films comme "Habemus Papam" et "Mia Madre", eux aussi très douloureux, étaient empreints d'un humour qui procurait une indéniable vitalité, "Tre Piani" fait le choix de ne pas contrebalancer le drame : rien, hélas, ne vient s'accoler à la succession de moments terribles, lesquels s'enchainent selon des ficelles narratives académiques (le thème de la maladie mentale, amené avec des gros sabots ; l'intrigue juridique autour du prétendu viol, vue déjà cent fois au cinéma), et rendent la seconde partie du film franchement morose. Le film s'étire inutilement, et ne va même pas au bout de ses idées en concluant sur une réconciliation absolument pas crédible, qui arrive de nulle part. On espère que Moretti se relèvera de de film, qui n'est pas catastrophique comme ont pu l'affirmer certains critiques, mais qui demeure nettement en deçà des précédentes créations du cinéaste transalpin.
Tre Piani est un film brillant, intelligent, sensible , drôle , admirablement mis en scène et interprète ! C’est un des plus beaux film de Nanni Moretti tout simplement
"Tre Piani" a ce doux parfum italien, à la fois coloré par sa mise en scène et profond par la complexité de ses protagonistes. Mais cette apparence n'est que trompeuse, et la torpeur d'un récit trop prévisible l'emporte sur l' empathie pour ses personnages. Au final, rapidement ennuyeux...
Chronique d'une bourgeoisie romaine partageant le même immeuble sur une dizaine d'années. Nanni Moretti est toujours désenchanté, moins sarcastique, profondément attaché aux ressorts des relations humaines. Très beau moment passé avec Nanni et ses personnages
Tre Piani Regarder un film comme on un lit un roman. Ici Nanni Moretti s'inspire du livre "trois étages" de Eskhol Nevo et même s'il a pu prendre quelques libertés il semble en respecter la temporalité 10 années passent en 3 périodes . 3 moments de vie pour un immeuble et ses habitants. Ils se croisent ; parfois leurs histoires se bousculent et provoquent des cassures et d'autres passent invisibles malgré leurs fêlures. la vie continuent avec les secrets, les non dits, les mensonges, les suspicions .... . Et si ... Le fil conducteur "s'excuser ", demander à l'autre son pardon ; permettrait t-il de continuer, d'oublier, de vivre même? Et s'ils s'étaient excusés, s'ils avaient reconnu leur erreur, leurs fautes ... Et si... Est ce possible ? est-ce que ça effacera la blessure . Reste toujours une cicatrice. J'ai envie de tourner le projecteur vers Monica jouée par Alba Rohrwacher; personnage par m'a particulièrement touchée. L'histoire de cette jeune femme si seule, si incomprise, ses appels à l'aide rester vains, sa souffrance et l'imaginaire pour se sauver. Cette souffrance commune à plusieurs des personnages de "tre piani".
Présenté en compétition officielle cette année à Cannes, le film est reparti bredouille. Moretti, un des plus anciens réalisateurs de talent italien, toujours en activité, nous propose ces " trois etages" qui est une variation sur la force du lien. La même adresse, le même immeuble dans lequel vivent ces trois familles, sont peut-être le symbole du destin similaire sur ce point à toute l'humanité. Le film nous propose trois variations au travers desquelles, le réalisateur nous illustre qu'on n'échappe pas à sa famille, qu'on se nourrit d'elle aussi. Moretti filme de manière classique, son casting et sa direction d'acteurs sont parfaites. Le film est une réussite, et est au niveau de ce que Moretti a fait de mieux. Certes "mia madre" ( son chef-d'oeuvre ), " journal intime " , sont sans doute plus accomplis, mais "tre piani", n'est pas très éloigné du niveau de " la chambre du fils" qui obtint la palme d'or à Cannes. La seule chose que je regrette ici, c'est la présence peu importante de Nani Moretti acteur. Il possède un tel charisme que sa présence minimale dans ce film, nuit à l'ensemble. Mais, en ces temps de disette de film de qualité, "tre piani" est à voir. C'est un des meilleurs films en première exclusivité que j'aie vus depuis la réouverture des salles en Mai dernier.
En toile de fond 4 familles romaines de la classe moyenne-supérieure. Et des situations ou événements plausibles dans nos vies quotidiennes : l’accident grave, les actes incompréhensibles d’un malade d’Alzeimer (Renato), la peur pour nos enfants, une relation sexuelle questionnable... Un regard sur la société semble relier l’ensemble : les hommes portent les maux de notre temps (une personnalité castratrice, un soupçonneux et entêté, un bourreau de travail qui oublie sa famille, un arnaqueur, et dans un autre registre un Alzheimer…). Aucun n’assume la paternité de façon honorable (mettons Renato de côté). Les femmes réagissent de façons diverses : constructives, calculatrices ou destructrices, résilientes ou fragiles. Le dénouement relie l'ensemble : il nous dit que l'enfermement de la jeune génération par les ainés est la source des maux de ces familles, car la résolution des conflits viendra de l’émancipation de ces jeunes. J'y allais sans conviction, finalement j'ai bien aimé. Un film sans prétention mais agréable à regarder, bien joué, assez « feel good » à la fin, plutôt émouvant, délicat. Mais on sort un peu perplexe : trop de personnages, trop de sujets psychologiques et sociaux… dont aucun n’est de ce fait approfondi. De plus on pourra regretter que Nanni Moretti ne laisse en définitive guère de place à l'interprétation du spectateur. En témoigne le synopsis (recopié ci-dessus sans modification) : il nous dit ce qu’il propose à voir sur les hommes et les femmes (et que le film ne montre pas complètement d’ailleurs) !
Après une entrée en matière très poussive avec l'enchaînement de plusieurs scènes aussi mauvaises que peu crédibles, ce dernier film de Moretti prend son envol et éveille enfin l'intérêt. Ouf, l'honneur est sauf mais ça frôle la correction.
Très bon film : la façon dont les actes des uns agit sur le destin des autres et les liens entre les malheurs de chacun est très bien traitée et judicieusement expliquée par ce film...
un très bon film, vu en Vo, on vit avec les habitants de ces 3 étages. on vit avec eux, leurs douleurs, leur confusion, leurs émotions, leur amour... un bon moment dd cinéma de tres nons interpretes sur cette saga en 3 étapes de leur vie...15 ans qui défile et nous embarque. Nanni Moretti nous embarque dans une melancolie que je ne lui connaissais pas.
Si le début pour ce film est très calme, très apaisant où l'une des femmes se trouve au mauvais endroit, l'autre part à la maternité accoucher, nous ne savons rien de ce véhicule qui arrive à vive allure, renverse l'une des femmes et vient détruire le mur d'une des familles où déjà nous savons alors que la suite va nous obliger à prendre en charge toutes nos émotions différemment selon que nous soyons une femme, un homme et que nous n'ayons pas peur de les exploiter au plus profond de chacune de nos histoires.
Face aux souffrances, nous ressentons que les hommes et les femmes sont différents et même injustes où les hommes ne cherchent pas forcément à les comprendre mais à s'enfermer avec pour davantage faire souffrir les autres qui souffrent eux-mêmes des mêmes situations mais pas pour les mêmes raisons.
A vrai dire, j'ai plus aimé la prise en charge de chacun à savoir quoi faire seul avec leur liberté retrouvée sans être obligé de faire. Le fils du juge en est très certainement le meilleur démonstrateur à vivre enfin en harmonie avec lui-même et envoyer un pot de miel, le fruit de son travail pour prouver que de cette nuit où il a causé la mort, il a enfin trouvé un sens à sa vie et il attend d'être pardonné.
Pour sa mère qui avait fait le choix de son père, elle quitte tout et ose enfin s'affranchir d'un mari dont elle était trop dépendante pour ne pas assumer ses propres choix. Elle sera récompensée et pourra rattraper toutes ses années d'enfermement à subir.
En tant que femme, maman et grand-mère, j'ai été très affectée par l'interrogation du corbeau qui réapparaît et la maman aussi avec le doute de cette maladie transmissible qui ne s'arrêtera donc jamais.
Pour moi, c'est un excellent film qui nous oblige à prendre en charge nos souffrances et savoir quoi en faire sans faire souffrir les autres non concernés par les nôtres.
La petite musique de Nanni Moretti....C'est un excellent conteur d'histoires. Il n'y a qu'à se laisser porter. Il se passe vraiment plein de choses au sein de cet immeuble. Des histoires graves, tragiques et des personnages qui se démènent contre le malheur et les tourments. Excellents acteurs. Un excellent moment.
Ivre au voulant de sa voiture, un enfant de magistrat termine sa course dans la façade de l'immeuble où il vit, non sans avoir mortellement blessé une passante au passage. Si le véhicule, ironie du sort est pratiquement intact, tel n'est pas le cas des habitants. Tous, à des degrés divers et chacun à leur façon, portent en effet le poids de lourde névroses familiales. Parviendront-ils à s'en libérer? Pareil sujet en des mains moins talentueuses que celle de Nanni Moretti aurait aisément pu s'avérer terriblement pesant et démonstratif. Le film toutefois, échappe avec brio avec cet écueil et nous livre de beaux moments d'émotion.
Le cinéaste est à son plus haut niveau pour un film qui sait manier la violence, les thèmes contemporains, le registre de l'intimité, la maladie, pour en faire une fable percutante bien que tout en douceur. Cela, déjà, est un tour de force ! Il est appréciable de montrer des drames humains et de ne pas fuir la brutalité des rapports humains sans jamais se départir d'une immense empathie et d'une grande tendresse. Les acteurs sont en outre sublimes du début à la fin.