Bien qu’ayant été présenté dans un très grand nombre de festivals et y avoir obtenu de nombreuses récompenses, "Modris", le premier long métrage du réalisateur letton Juris Kursietis, n’a connu aucune sortie dans notre pays. Il n’en est pas de même pour "Oleg", le deuxième, grâce, sans doute, au fait qu’il a fait partie de la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2019. Bien qu’étant parfois un peu confus dans sa réalisation, "Oleg" a le grand mérite de renouveler la façon d’aborder les phénomènes de migration de populations au cinéma. En effet, dans "Oleg", les immigrés ne viennent pas du sud, ils sont européens, et ils sont exploités par des compatriotes ou par des ressortissants d’un pays voisin.
“Oleg” quitte la Lettonie pour Bruxelles dans l’espoir de trouver un salaire décent. Alors qu’un collègue le trahi, “Oleg” est hébergé par un criminel polonais. C’est le début d’une descente aux enfers et la fin d’une expérience rêvée. Juris Kursietis filme le parcours violent d’un immigré en Europe qui se fait manipuler jusqu’à outrance. Un film visuellement beau dans une ambiance triste mais où les larmes ne sont jamais présentes sous peine de voir tout espoir disparaître. Le comédien est remarquable. Son jeu enferme le spectateur dans ce portrait malade d’une Europe qui perd peu à peu ses valeurs de solidarité. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44 et notre site cinephiles44.com
Comment peut-on être letton dans l'Europe d'aujourd'hui ? Autant dire personne ou presque, boucher anonyme dans une usine belge, comme Oleg dans le deuxième long-métrage éponyme de Juris Kursietis. Le migrant dont parle le cinéaste letton ne vient pas d'un autre continent mais bien de l'autre bout de l'Europe et sa situation n'en est pas moins précaire et ses capacités d'évolution proches de zéro pour peu qu'il tombe dans certains pièges. Oleg pourrait être un film des frères Dardenne, dans la forme, réalisme et caméra à l'épaule, et dans le fond. Kursietis semble pourtant hésiter entre plusieurs registres : psychologique, avec la quête identitaire de son personnage principal ; nerveuse, en adoptant certains codes du film noir mais n'en épousant pas vraiment le rythme. Un peu assis entre deux chaises, doté pourtant d'une écriture sèche et efficace, Oleg s'en remet un peu trop facilement à un symbolisme libérateur qui s'exprime notamment par une voix off, heureusement assez peu présente, et des images aquatiques bien convenues. Voici un film intéressant et éclairant par ce qu'il montre mais au cheminement narratif finalement sage et attendu.
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes 2019, Oleg est le deuxième long métrage réalisé par Juris Kursietis après Modris en 2014. Si le réalisateur est letton, le film est résolument européen tant dans son financement que dans son casting. On y parle ainsi indifféremment russe, polonais, letton, anglais, français et flamand. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2019/11/01/oleg/
Oleg Nikitin atterrit à Bruxelles. Avec d'autres ressortissants de l'Europe de l'est, il travaille dans une boucherie de gros près de Gand. Mais, suite à un accident dont il est injustement accusé, il perd son emploi. Andrzej, un Polonais, accepte de l'héberger avec d'autres immigrés dans le pavillon qu'il est en train d'aménager. Mais la relation se tend avec le refus persistant d'Andrzej de payer à Oleg son travail.
Le cinéma balte ne s'exporte guère. On connaît quelques réalisateurs lituaniens (Shaunas Bartas et, dans la jeune génération Alanté Kavaité dont j'avais beaucoup aimé "Summer"). On avait découvert le cinéma estonien avec l'étonnant "Crosswind" de Martti Helde [on visitera avec profit à Tallinn un des musées du cinéma les plus intéressants au monde]. On n'avait jamais vu de film letton. C'est chose faite avec "Oleg", projeté à la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier à Cannes.
Hélas "Oleg" ne donne pas l'occasion d'entendre cette langue si belle - que mon épouse polyglotte manie avec une aisance qui force mon admiration, si on m'autorise ici cette confidence. Car Oleg parle russe. Il fait partie de cette minorité russophone repliée sur elle même et peinant à s'assimiler avec le reste de la population lettone. La langue est d'ailleurs un enjeu dans le film où l'on en entend au moins six : le russe, le letton (parlé par une troupe de comédiens en tournée à Bruxelles où Oleg tente de se mêler le temps d'une soirée), le polonais, le français, le flamand, et bien sûr l'anglais, la langue que l'on utilise quand on ne sait pas en parler d'autres.
"Oleg" est un film éprouvant, qui documente le sort des immigrés d'Europe de l'est. Citoyens de l'Union européenne, ils peuvent y circuler librement à condition que leur pays leur délivre un passeport - ce qui n'est pas le cas d'Oleg qui doit obtenir, grâce à Andrzej, un faux passeport polonais. Mais, ensuite, il leur faut trouver un travail, dans des pays qui n'ont à leur proposer que des emplois sous-qualifiés et ingrats. Oleg le boucher devra bon gré mal gré travailler sur les chantiers puis dans un garage.
Aucune avanie n'est épargnée au héros que le réalisateur suit caméra à l'épaule en longs plans séquences façon Dardenne. Après la perte de son emploi, il tombe bientôt en quasi-esclavage auprès d'Andrzej, un caïd psychopathe qui alterne brusquement éclats de rire et cris de rage. Aucune planche de salut pour Oleg : ni chez cette compatriote croisée à Bruxelles qui le met à la porte quand elle apprend son statut, ni chez ses colocataires polonais ou russes qu'Andrzej exploite en échange de quelques bouteilles de vodka et un lit pour cuver.
On est bientôt écrasé par tant de noirceur. Et l'intérêt ne se maintient que dans l'anticipation de la prochaine humiliation que le malheureux Oleg devra encaisser.
Oleg de Juris Kursietis décrit le chemin de croix d un jeune émigré letton qui à la suite de sa perte d emploi tombe aux mains d un mafieux polonais. Son apparent sauveur Andrzej se révèle être un individu effroyable au caractère cyclothymique recherché par la police polonaise. Devenu clandestin malgré lui, son passeport sera détruit par la brute épaisse qui l héberge et servant d homme à tout faire. Il ne pourra échapper à sa sinistre condition que par un événement inattendu. Kursietis sans pathos excessif nous montre la destinée d un émigré dans un Bruxelles grisâtre où l espoir se faire rare, où la misère sociale sévit. Kursietis se situe dans la droite ligne de l anglais Ken Loach et de son cinéma dénonçant la fracture sociale et que l ailleurs peut se révéler au final un authentique cauchemar. Bien filmé et bien joué notamment par Dawid Ogrodnik interprétant un Oleg humilié, bafoué. Victime expiatoire de toute la misère du monde. Kursietis prend la relève de Ken Loach en insufflant à son cinéma et sans excès démonstratif inutiles que la société d aujourd'hui est un long parcours du combattant, une jungle hostile, un monde dans pitié où le faible est impitoyablement broyé.