Tempête sous un crâne
Florian Zeller est un homme heureux. Non seulement, pour son 1er film, il a adapté sa propre pièce éponyme de 2012, mais, après avoir été nommé 4 fois aux Golden Globes, il a remporté deux Oscars et deux BAFTA… excusez du peu ! Mais ces 98 minutes de huis clos intimiste le valent bien. Le film raconte la trajectoire intérieure d’un homme de 81 ans, Anthony, dont la réalité se brise peu à peu sous nos yeux. Mais c’est aussi l’histoire d’Anne, sa fille, qui tente de l’accompagner dans un labyrinthe de questions sans réponses. C’était une pièce d’exception, c’est devenu un grand film écrit pour un acteur d’exception. Incontournable !
Les portes, les couloirs, la profondeur du décor nous plonge comme dans un labyrinthe, celui, torturé du vieil homme pour qui la réalité et le fantasme se mêlent sans cesse. L’appartement devient alors un personnage à part entière. Le malaise du spectateur s’installe dès les premières minutes du drame. On ne sait que penser, que comprendre, où on veut véritablement nous mener. Ce scénario est purement diabolique en ne nous donnant jamais la possibilité de savoir si on est au présent ou au passé, à coups de contresens volontaires dans l’espace et dans le temps. C’est du très grand art. Rarement un scénario – qui paraît pourtant a priori limpide -, m’a autant déstabilisé. Là aussi, l’Oscar de la meilleure adaptation est amplement justifié. Brillant d’intelligence, d’humanité et d’émotion.
Florian Zeller a choisi de réaliser le film en anglais pour pouvoir travailler avec Anthony Hopkins, à qui il pensait dès qu'il a commencé à travailler sur le projet. Comme c’est un acteur majuscule, il réalise encore une performance éblouissante de justesse et d’émotion. Son Oscar est parfaitement mérité. On ne peut passer sous silence la magnifique interprétation d’Olivia Colman qui rivalise avec le maître. Certes, les prestations des acteurs sont admirables, mais le grand mérite en revient à l’écriture virtuose qui rend palpable et sensible cette maladie terrible. Le chaos mental partagé : un coup de génie.