Avec The Father, Florian Zeller propose une adaptation de sa propre pièce, centrée sur la perte de repères liée à la maladie d’Alzheimer.
La réalisation est ambitieuse : faire vivre au spectateur la désorientation du personnage principal, plutôt que de simplement la montrer. Et sur ce point, le film est particulièrement réussi.
Ce qui frappe d’abord, c’est la construction du récit. Le film adopte un point de vue totalement subjectif, brouillant volontairement les repères : les lieux changent subtilement, les visages se transforment, les situations se répètent ou se contredisent. Ce travail sur la perception est extrêmement maîtrisé, et crée une forme de malaise progressif. On ne comprend plus exactement ce qui est réel, et c’est précisément l’effet recherché.
La performance d’Anthony Hopkins est centrale. Il parvient à faire coexister plusieurs états : la lucidité, le déni, la colère, la fragilité. Il ne cherche jamais à surjouer la maladie, et c’est ce qui rend son interprétation particulièrement marquante. Le film repose largement sur lui, et il tient la distance sans difficulté.
Autour de lui, les autres personnages existent surtout en relation avec cette perte de repères. Le personnage de la fille, incarné par l'excellente Olivia Colman, apporte une dimension émotionnelle importante, même si le film reste avant tout centré sur le ressenti du père.
Là où le film est particulièrement fort, c’est dans sa capacité à éviter le pathos. Le sujet s’y prête pourtant largement, mais le film reste retenu, presque clinique par moments. L’émotion vient progressivement, sans être forcée. Elle naît du décalage entre ce que le personnage croit vivre et ce qui se passe réellement.
Une fois les règles comprises, l’effet de surprise diminue légèrement, même si l’implication émotionnelle prend le relais. Certains pourront aussi trouver que le film tourne autour de son idée, sans véritable évolution narrative classique.
Mais cette relative limite est aussi ce qui fait sa cohérence : The Father n’est pas un film à progression traditionnelle, c’est une expérience subjective.