Il n’y a pas de guerre dans The Contractor. Pas vraiment. Ce que Tarik Saleh filme, c’est l’après. L’après-mythologie, l’après-corps, l’après-idéal. Un monde où les récits héroïques ont été absorbés, digérés, recrachés par un capitalisme sans visage. Un monde où l’uniforme ne signifie plus rien d’autre que la solvabilité d’un corps entraîné, prêt à être monétisé. C’est là, dans cette désolation, que le film s’installe.
Harper n’est plus un personnage. Il est une masse d’habitudes, un rythme corporel conditionné, un organisme expulsé d’une institution à laquelle il avait tout sacrifié. Chris Pine, quant à lui, n’a plus à incarner un héros, seulement à rester debout.
Son corps est à peine vivant, son regard jamais levé : il fait ce qu’on lui dit de faire, car il n’a jamais appris autre chose. Saleh le documente. Comme une matière déconnectée du langage et de toute narration réparatrice. Ce n’est plus un film de guerre : c’est un film sur la manière dont la guerre, devenue un protocole, continue de broyer les hommes longtemps après les combats.
On sent bien, très tôt, que tout est déjà joué. Que la machine a tourné sans lui, qu’elle tournera après lui, et que lui-même n’est qu'un rouage périmé dans un mécanisme sans sujet. Le "contract" du titre n’est pas seulement un contrat de mission : c’est un contrat existentiel. Mais il faudra travailler encore un peu, tuer peut-être, gagner de quoi assurer à leur famille une vie meilleure.
Quant à la suite, les ennemis ne sont pas nommés, les motivations restent opaques, et le complot n’est jamais tout à fait dévoilé. Mais là encore, ce n’est pas un défaut : c’est le centre même du projet. Le film n’essaie pas de révéler la corruption, il la présuppose.
Et si The Contractor nous laisse cette impression troublante, c’est parce qu’il accepte une forme de désenchantement radical : l’idée que l’époque n’a plus de récit à proposer à ceux qu’elle utilise. Pas de cause à défendre, pas même d’ennemi véritable. Juste des affectations. Des contrats. Des bulletins. Des procédures.
Une sorte d’artefact théorique, mais ô combien divertissant, du XXIe siècle, où le soldat n’est plus que le porteur transitoire d’un muscle utile. Harper pourrait être un drone, il lui manque seulement la connectique. Ça sera contre cela qu'il mènera son dernier combat !