Que d'ambitions. Que de moyens. Que d'énergie. Quel gachis.
Accueilli de manière dithyrambique par la critique, le succès public n'a pas été aussi france et je comprends pourquoi.
J'y suis donc allé avec un oeil très attentif, sachant que Chazelle a autant su me scotcher avec son talent (Whiplash, une merveille), que me décevoir par ailleurs (La la land, que je trouve inepte, mal chanté et dansé).
Ca filme, là dessus, rien à dire, la caméra virevolte, c'est virtuose, chargé sans donner dans le Baz Luhrmann (auquel j'ai pensé dans la demi heure d'intro, hélas assommante d'outrances en tous genres) les diverses reconstitutions forcent le respect et on ne peut certains plans somptueux et évocateurs du futur (
Brad Pitt devisant avec en fond visuel la colline sur laquelle figureront les lettres d'Hollywood, par exemple
).
Tout le film est porté par la folie magnétique de la désormais incontournable Margot Robbie, véritable aimant à regard dont on ne peut détourner les yeux. Si elle fait les bons choix de carrière, elle n'aura pas de rivale féminine tant elle est douée.
Le reste du casting du coup fait très palot, même la fragilité touchante de Pitt. Dire qu'on se contrefout de l'histoire du trompettiste, et que Diego Calva est bien juste pour ce genre de rôle est un euphémisme.
Bref, des qualités techniques indéniables, du travail, du talent, c'est un feu d'artifice visuel et sonore.
Le bémol, c'est sur les enjeux du film. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'a voulu faire Chazelle.
Dénoncer (avec un brin de complaisance) la décadence des années 20 ?
Faire une référence permanente, pesante (
et assumée à la fin
) à l'éternel Chantons sous la Pluie, lui aussi prenant place dans la transition entre le muet et le parlant ? Comme s'il fallait montrer l'envers du décor forcément moins glamour que les géniaux pas de danse de Gene Kelly ?
Ou est ce que l'intention première ne se situait pas dans ce dialogue lourdement surligné entre Gordon, acteur largué et sur le déclin, et cette critique qui l'éreinte en lui expliquant avec une presque bienveillance que si les films sont éternels, leurs auteurs ne le sont pas ?
Babylon ne sait pas dans quelle direction aller, et souvent on frôle la succession de tableaux, parfois brillants, parfois invraisemblable (la dernière demi heure ou le film vire dans le n'importe quoi le plus total
suite à une dette d'argent et un psychopathe dans sa caverne des horreurs
) avec un Tobey McGuire dont on se demande ce qu'il est venu faire là.
Difficile de ne pas faire une comparaison avec le génial Aviator de Scorsese, qui lui réussit partout où Chazelle échoue.
Sa bio d'Howard Hugues était un régal parce qu'outre une reconstitution exemplaire du cinéma d'antan il rendait chaque situation et chaque scène extraordinaire. Di Caprio incarnait un Hugues totalement imparfait (et félé) mais d'un charisme dingue et qui inspirait une empathie folle.
Et Scorsese avait parfaitement su exploiter chaque aspect de son histoire dans la construction narrative d'Aviator, d'une rigueur impeccable.
Ses 3h passaient toutes seules tellement le récit était haletant et accrocheur.
Chazelle n'est pas Scorsese, et malgré un engagement évident et du talent à revendre, le chemin est encore long.
A l'image de cette séquence finale, totalement décalée,
qui enchaine images de tous films de toutes époques façon kaleidoscope (mais qu'est ce que ça vient faire là ?)
dont on se demande si c'est pas un stagiaire qui l'a placée là au montage.
Manque de rigueur du scénario qui part partout et nulle part dans ses intentions, manque d'émotions de la part de personnages dont on ne se fout pas, mais qui ne nous touchent pas assez, et ce malgré l'abattage incroyable de Robbie.
Tarantino avait jeté un oeil roublard et tendre sur le cinéma des seventies avec Once Upon a Time in Hollywood.
Scorsese, encore une fois, même sans re-citer le sublime Aviator, avait su montrer son amour du cinéma avec un petit film bien plus modeste, et qui rendait un hommage vibrant et touchant à la magie du 7ème art: Hugo Cabret.
Chazelle n'y est pas.
L'impression que j'ai eu en regardant Babylon ? Qu'il y a avait plusieurs cinéastes qui voulaient chacun quelque chose de différent. Ca marche pas.