Attendu au tournant, le quatrième film du cinéaste Damien Chazelle affiche une ambition démesurée. Un casting quatre étoiles composé, entre autres, de Margot Robbie, de Brad Pitt et de Tobey Maguire. Un budget conséquent. Une grande satire sur Hollywood d'une durée de plus de trois heures. Si Babylon divise la critique outre-Atlantique, force est de reconnaître les nombreuses qualités artistiques de l'œuvre : La musique inventive de Justin Hurwitz (Whiplash, La La Land), le soin apporté aux costumes, à la photographie, ainsi que la mise en scène de Damien Chazelle. A la manière d'un Fellini, celui-ci tourne sa Dolce Vita. Chazelle dépeint Hollywood de l'intérieur avant l'imposition du Code Hays (1934). Certaines scènes assument leur côté absurde et grotesque. Rien ne nous est épargné (sexe, drogue et violence). Le milieu décrit par le réalisateur s'inscrit à l'encontre des valeurs puritaines défendues par ce même milieu lors de la décennie suivante (années 1930). Avec brio, la mise en scène, tout en vertigineux mouvements d'appareils, nous dévoile ce qui se joue en coulisses: Des orgies délirantes, des meurtres, des suicides... Hollywood construit une star pour mieux la détruire ensuite. La grandeur et décadence du système s'exprime par les trajectoires empruntées par les personnages de Babylon. On y retrouve là l'un des thèmes récurrents du cinéaste. Un jeune artiste (musicien, comédien) souhaite percer à l'intérieur d'une grande institution et se faire un nom. Pour y parvenir, il doit affronter une multitude d'obstacles. Un rêve peut se réaliser mais contenir aussi un ton doux amer. Le personnage de Nellie LaRoy veut devenir une actrice de premier plan tandis qu'un acteur vedette (Jack Conrad) cherche à se maintenir au sommet. Tous portent en eux des rêves et, bien souvent, se heurtent aux désillusions du réel. Plusieurs destins s'entrecroisent. Certains s'élèvent tandis que d'autres tombent dans l'oubli. Si Margot Robbie se donne à cœur joie dans la peau d'une comédienne délurée, c'est Brad Pitt qui tire son épingle du jeu. Jamais il n'avait été filmé avec autant de mélancolie. L'acteur, avec son look à la Douglas Fairbanks, émeut. Mention spéciale au jeune Diego Calva, alter-ego du point de vue du cinéaste. Babylon, avec ses situations volontairement outrancières, présente paradoxalement la grande sincérité de Damien Chazelle. Drôle, émouvant, divertissant et authentique. En somme, un nouveau film culte.