Je n'avais jamais vu ce film jusqu'à ce soir, et je dois avouer que jusque très tard dans le film,
je me suis demandée ce que je faisais devant. Puis j'ai compris.
Beaucoup de spectateurs mécontents, bien souvent hermétiques à Burton, ont comparé
ce long métrage à un Frankenstein, mettant en scène une bête qui ne sait pas s'intégrer.
La qualité des décors, des costumes et des acteurs a aussi beaucoup été critiquée, mais
je pense qu'il y a méprise sur plusieurs sujets.
Tout d'abord, non, Edward n'est pas une bête rejetée de tous : il est simplement un être particulier
à la recherche d'une acceptation qu'il trouve !
Le quartier entier finit par l'apprécier, l'accepter,
et s'il finit rejeté, c'est simplement à cause de la frustration d'une femme et de la jalousie malveillante
d'un adolescent pas vraiment sûr de lui..
Alors oui, cette morale se retrouve dans tout le film et est assez générale, mais que voulez-vous ? C'est un conte, et à chaque conte sa morale.
Quant aux décors, costumes et comportements des personnages, il faut remettre les choses dans
leur contexte : cette histoire ne se passe pas en 2005, en 2010, en 2016.. Elle se passe avant. Il suffit de voir les tenues et les voitures. Sans vraiment être une experte de la mode de ces années là et des voitures, il semble évident que cette histoire prend place avant les années 2000. D'ailleurs, le film est sorti en 1990, pour répondre aux nombreuses critiques quant aux effets spéciaux. Quant au jeu d'acteurs, il correspond à la psychologie des personnages, ainsi qu'à l'époque de tournage et à l'époque où se déroule l'histoire.
****POTENTIEL(S) SPOILER(S)****
Mais la beauté de ce film réside dans deux choses : tout d'abord dans le personnage torturé d'Edward, dont les mains sont une malédiction comme une bénédiction, mais aussi à la fin de ce conte innocent, qui, comme ceux qui ont suivi le savent, explique pourquoi il neige. La structure de cette histoire rappelle celle de Peter Pan : un garçon pas comme les autres touchent le coeur d'une fille, un garçon difficile avec une particularité. A la fin, dans Edward aux mains d'argent comme dans Peter Pan, on reste sur notre fin avec les adieux que font les filles aux héros, des héros qu'elles ne reverront plus, et enfin, elles racontent cette histoire à leurs petites-filles.
Ce qu'il faut saisir avec ce conte-ci, c'est sa poésie. Certains plans sont d'une beauté incontestable (comme la danse sous la neige ou encore Edward que l'héroïne retrouve dans son repaire à la fin du film) et d'une sensibilité émouvante : Edward, en même temps qu'il perd son inventeur - donc son père, celui qui l'a élevé, éduqué - perd aussi sa seule chance d'avoir des mains. Au bout de ses bras se trouve l'objet de nombreuses blessures ayant marquées son visage à vie, et avec ce poids énorme sur les épaules comme dans le coeur, il doit supporter le regard de gens. Mais le pire de tout, c'est qu'il est accepté et ensuite seulement, rejeté, ce qui sonne comme une trahison.
Heureusement, le geste de l'héroïne à la fin, infiniment beau et poétique, le sauve, le laissant seul dans un immense château.. Mais heureux.
En fait, ce film ne rappelle pas temps Frakenstein, d'après moi, mais plutôt La Belle et La Bête : une femme trouve un "monstre" dans un château abandonné mais tout de même infiniment beau, elle voit la beauté dans ses yeux, l'aide..Et finalement le sauve.
Et comment peut-on résister à un mixte entre Peter Pan, La Belle et la Bête et un soupçon (il faut bien l'avouer) de Frankestein ?
Qu'on accroche ou non Tim Burton, qu'on finisse par détester ou adorer ce film, je pense qu'il faut le voir, car dans tous les cas, il reste un film de culte très intéressant pour qui a la patience - et prend le temps - de l'interpréter. Et si vous réussissez à l'interpréter, alors quelque soit votre point de vue sur ce film, vous n'aurez pas perdu 1h40 : ce film vous aura donné 1h40 d'une réflexion pure, simple et attendrissante.