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Yves G.
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2,5
Publiée le 30 mai 2021
Drolkar et son mari Dragye mènent une vie heureuse dans les hauts plateaux tibétains, sur les rives du lac Kokonor avec leurs trois enfants. L’aîné va déjà au collège à la ville tandis que les deux facétieux cadets aident leur père et leur grand-père à la ferme. Pour éviter de tomber une quatrième fois enceinte, Drolkar utilise les préservatifs distribués au compte-gouttes à l’hôpital au risque que ses enfants les lui subtilisent pour en faire des ballons gonflables. C’est ainsi qu’elle tombera enceinte et sera confrontée à un cruel dilemme : avorter pour se conformer à la politique officielle de l’enfant unique (qui, exceptionnellement, tolère trois enfants au Tibet, mais pas un de plus) ? ou garder cet enfant comme le lui demande son mari auquel le lama vient de dire que son père récemment décédé est sur le point de se réincarner ?
Pema Tseden n’est plus un inconnu. C’est le troisième film de ce réalisateur tibétain qu’on voit en France après "Tharlo, le berger tibétain" en 2018 et "Jinpa, un conte tibétain" en 2020. Comme les deux précédents, il séduira les cinéphiles en quête d’exotisme, une niche que la distribution française a bien identifiée en lui proposant régulièrement des films qui se déroulent dans les paysages infinis du Tibet ou de Mongolie ("La Femme des steppes, le Flic et l’Œuf", "L’Histoire du chameau qui pleure", "Le Chien jaune de Mongolie", "Le Mariage de Tuya").
J’avais reproché aux deux précédents films de Pema Tseden leur maniérisme et leur esthétisme un peu vain. Je serai plus indulgent avec celui-ci qui s’inscrit dans une vaine plus naturaliste et renonce aux afféteries wongkarwai-esques qui les parasitaient. À mi-chemin du documentaire et de la fiction, Pema Tseden narre les jours et les heures d’une famille de fermiers – filmant par exemple la curieuse façon de négocier le prix d’une brebis ou la veillée funéraire du grand-père défunt.
Pour autant, je n’ai pas été totalement transporté. J’adresserai à ce film deux critiques. La première est sa trop longue exposition, l’intrigue tardant à se mettre en place avant une bonne soixantaine de minutes et s’égarant notamment dans des récits secondaires sans intérêt, telle celui de la sœur de Drolkar dont on comprend qu’elle a décidé d’entrer dans les ordres après avoir perdu sa vertu dans les bras d’un professeur. La seconde, qui n’est pas sans lien avec la première, est la trop grande soudaineté de sa conclusion qui, après avoir installé un suspense dont on se demande comment le scénario réussira à se sortir, ne le dénoue pas vraiment à force d’ambiguïtés.
Ne fait pas du Ken Loach qui veut ! On ne s'attache pas aux personnages, à l'histoire, au récit. Cela manque de vie, de matière. Il veut faire du beau, mais c'est sans émotion. On s'ennuie. La différence avec un bon Ken Loach, c'est peut-être que le réalisateur s'intéresse plus aux idées, à la situation qu'au gens eux-mêmes. D'où ce côté un peu dématérialisé qui nous ennuie. Il a l'idée d'une belle séquence, avec un ballon qui s'envole, des gens qui regardent, etc. Sur le papier c'est sans doute une belle idée, mais dans la réalisation çà ne suscite aucune émotion. Trop froid, trop extérieur, trop peu impliqué : voilà le défaut de cette narration.
Plus proche du documentaire que du film de fiction, "Balloon" est l'exemple type du film qui aurait pu être magnifique mais qui reste englué dans une forme de moyenne, celle où de très belles scènes, très vivantes, parfois drôles, alternent avec des moments qu'on n'hésitera pas à qualifier de creux, d'ennuyeux. On apprend beaucoup de choses sur la vie d'une famille isolée vivant au Tibet, sur l'élevage des moutons, sur la façon dont se déroule un marchandage dans cette région du monde, sur les croyances sur le sujet de la réincarnation, sur la politique de "l'enfant unique" au Tibet où 3 enfants étaient autorisés, sur la condition féminine dans cette région de la Chine. On s'amuse (un peu ! pas énormément en fait) à tout ce qui tourne autour des préservatifs mais, toutefois, le thème principal réside dans la confrontation entre la politique des naissances imposée par le pouvoir chinois et la foi bouddhiste qui rejette l'avortement. Tout au long du film, on se demande à quelle date se passe l'action : un peu partout dans la presse, on parle des années 80, peut-être parce qu'on nous montre une émission de télévision, dont on a l'impression qu'il s'agit d'une sorte de journal télévisé, et qui parle du premier bébé éprouvette anglais. Date : 25 juillet 1978. Mais alors, comment est-il possible pour le fils ainé de la famille d'apprendre le décès de son grand-père via son téléphone portable ? Par ailleurs, on regrettera le choix du réalisateur d'offrir la composition de la musique de son film à un compositeur dans la lignée de Bruno Coulais : une fausse musique ethnique privilégiant les synthétiseurs plutôt que les instruments traditionnels. Le nom de ce compositeur : Peyman Yazdanian. Il est iranien et il avait composé la musique de "Le vent nous emportera" d'Abbas Kiarostami. Kiarostami ? Tout bien réfléchi, "Balloon" n'est pas sans faire penser à certains films de ce réalisateur !
Déjà deux enfants dans la Chine de l’enfant unique, une jeune femme tibétaine sait bien que si elle tombait à nouveau enceinte, elle enfreindrait la loi. Ca se solderait par une forte amende qui l’empêcherait d’élever ses enfants. Et en plus quand les croyances ancestrales s’en mêlent, la liberté individuelle des femmes ici comme ailleurs s’en trouvent réduite et le couple vacille. C’est un joli plaidoyer féministe qui démontre bien que de partout dans le monde la croyance asservie très souvent la femme. C’est très documenté voire documentaire, on reste donc trop à distance d’une histoire pour laquelle on aurait aimé s’émouvoir ; nous sommes plus ethnologues que spectateurs devant ce film. Un film besogneux auquel il manque une âme. tout-un-cinema.blogspot.com
Entre documentaire et film d'art et d'essai sur la vie d'une famille au Tibet , ses traditions et coutumes, des ébauches d'histoires, une jolie palette d'acteurs, de beaux paysages, poétique, mais cela ne m'a pas suffit pour être captivé.