Pour être tout à fait honnête, je n'aime pas vraiment les films Spider-Man du Marvel Cinematic Universe. Porté par un réalisateur parfois peu inspiré et par un désir de toujours raccrocher l'araignée à ses amis les Avengers, je n'ai jamais compris l'engouement que ces trois productions avaient suscité. Alors, quand "Spider-Man: Brand New Day" avait été annoncé, je n'en attendais rien. Je me disais simplement que j'allais retrouver le même modèle de production, et rien de plus. Cependant, avec le départ de Jon Watts et l'arrivée de Destin Daniel Cretton à la réalisation (lui qui avait su imposer une vraie esthétique dans la mise en scène de son "Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux"), les cartes ont été rabattues. Je me suis dit qu'une nouvelle vision pouvait clairement faire du bien à cette licence, surtout au vu de ce que l'on nous en vendait. Pour la première fois, Peter allait être débarrassé (ou presque) de la présence des Avengers, et il avait donc la chance d'enfin se développer en tant que héros indépendant. Je suis alors allé découvrir ce quatrième volet avec plus d'attentes que prévu, pour ressortir de la salle en ayant été agréablement surpris. Pour moi, ce film est le meilleur épisode du tisseur à être sorti sous la houlette de Marvel, au point de me faire penser que nous sommes presque revenus à l'époque des films de chez Sony. La première chose qui m'a clairement surpris de manière positive est l'approche plus intimiste du scénario, l'histoire retournant à des concepts plus classiques du film de super-héros. Ici, l'idée est d'explorer les démons intérieurs de Spider-Man, notamment à travers la thématique de la solitude. En effet, au vu des événements du dernier volet, le film choisit enfin de nous en parler comme d'un héros, et pas comme d'une simple pièce au milieu des autres Avengers. Pour mieux nous faire ressentir la nouvelle vie de Peter, je dois dire que le changement de réalisateur aide beaucoup, Destin Daniel Cretton nous rapprochant davantage de notre héros par rapport à son prédécesseur. On le redécouvre ainsi se rebalancer dans les rues de New York, dans des séquences où la caméra n'hésite jamais à se rapprocher au plus possible de lui. Et à côté de cela, les séquences de dialogues plus profondes sont également présentes, l'humour étant un peu plus discret pour une fois (même s'il est toujours présent). Le but est de nous faire bien plus comprendre ses émotions, et je dois dire que la performance de Tom Holland va en ce sens. Si j'aimais déjà son look et son style par rapport à ce que doit être Peter Parker, j'ai toujours eu l'impression que ce dernier était bridé lors des séquences plus émotionnelles. Ce souci a donc clairement été corrigé au sein de ce film, l'acteur réussissant sans problème à montrer que ce registre peut aussi faire partie de son catalogue. Même à ce niveau, on comprend alors que le problème venait probablement plus de la direction du casting que du casting en lui-même. À partir de cette base, le long-métrage aborde donc surtout la question des responsabilités héroïques et des sacrifices que cela amène.
Et pour aller en ce sens, l'ajout du personnage de Jean Grey paraît très cohérent. Même si faire cohabiter ces deux héros dans le même univers paraissait étrange au premier abord, car on ressent quand même beaucoup l'envie de Kevin Feige d'enfin introduire les mutants à travers cette idée, le résultat est intéressant. On retrouve finalement assez de similitudes dans leur combat, comme le fait d'avancer malgré les sacrifices ou le poids qu'amènent leurs pouvoirs. Je trouve que cette connexion se ressent notamment dans la séquence finale, qui m'a surpris par son envie de ne pas déborder d'effets spéciaux à outrance. La conclusion nous offre simplement une confrontation d'idées entre ces deux personnages, ce qui permet de nous recentrer davantage sur l'émotion, une vraie surprise pour un film Marvel. Et évidemment, je salue la performance de Sadie Sink dans le rôle, cette dernière m'ayant sincèrement impressionné.
Maintenant, si je dois être honnête avec vous, j'avais quand même peur de ce que le scénario allait proposer comme évolution de cela. Comme on en a l'habitude avec Marvel, j'avais peur que ce nouveau point de départ ne soit finalement qu'une péripétie, et que tout rentre dans l'ordre à la fin du film. Cependant, ce n'est pas vraiment ce qui s'est finalement passé, et cela m'a particulièrement fait plaisir. Certes, MJ et Ned sont toujours là, mais la question n'est pas de tout faire revenir comme avant. Le long-métrage assume ces événements précédents, notamment dans la romance, et n'utilise pas ces personnages que pour du simple fan-service. À la place, il s'en sert pour faire évoluer la vision de Peter sur sa place en tant que super-héros, ce qui est très satisfaisant à voir. Évidemment, la question de ce piège sera à reposer au moment de la suite, à savoir si les prochains opus iront, cette fois-ci, tout remettre comme avant au niveau des liens entre les personnages. Mais en tout cas, en ce qui concerne ce film-ci, c'est plutôt bien géré. En vérité, le seul point narratif vraiment dérangeant de l'histoire vient de l'intégration parfois imparfaite de certains personnages secondaires. D'un côté, j'ai adoré retrouver Jon Bernthal en Punisher, car j'aime beaucoup son interprétation de l'anti-héros. Mais dans les faits, son apport est finalement très réduit, alors qu'il aurait pu être très utile au scénario quand on y pense ! Dans un film qui parle du fait d'accepter son statut de justicier même si cela peut être dangereux pour nos proches, afin de ne pas risquer de finir seul, le cas de Franck Castle et la culpabilité qu'il a par rapport à sa famille aurait pu être un élément extrêmement intéressant à relier au combat de Peter. Malheureusement, cela n'a jamais été intégré, tout comme le développement possible autour de Bruce Banner. Ce dernier a beau apparaître pour deux très bonnes scènes, il est complètement laissé de côté une fois que la seconde se termine. On ne reparlera presque jamais de lui, malgré les changements assez importants que cela va probablement apporter à son personnage. Pourtant, il aurait été bienvenu de comparer son combat pour lutter contre son monstre intérieur à celui de Peter, mais la question est finalement laissée de côté. Pour le coup, j'aurais donc apprécié une meilleure intégration de ces deux-là, car, encore une fois, leur présence semblait logique au sein de cette histoire ! Avant de conclure, je tiens aussi à vous dire que j'ai pris beaucoup de plaisir à visionner ce film, notamment grâce à un rythme soutenu, aidé par des scènes d'actions plutôt intéressantes. Le bon travail sur les effets spéciaux a probablement facilité les choses, mais je trouve que le réalisateur réussit à faire transparaître la puissance des pouvoirs de ces personnages par une caméra très mobile et un montage particulièrement dynamique lors de ces séquences. On sent véritablement leur force, ce qui manque à beaucoup des films de cet univers étendu. Par conséquent, je vous recommande d'aller découvrir ce long-métrage. Après trois projets plutôt décevants, sans pour autant être vraiment mauvais, ce très bon projet rehausse clairement le niveau. Et cela, avant que n'arrive la première partie de la nouvelle grande conclusion du MCU, attendue pour la fin de l'année. Pour conclure, une vraie surprise.