Un gros gâchis. C'est ce que j'aurais dit si j'étais limité à quelques mots.
Ce film est une grande et belle oeuvre qui a très certainement perdu en chemin son flamboyant, son message, sa ligne directrice. C'est comme un plat auquel on ajoute trop tardivement de la sauce, qui en plus est froide.
Magimel est convainquant en malade en phase terminale. Il l'est beaucoup moins dans son rôle de prof d'art dramatique, dont les séquences "d'exercice" sont longues et inutilement gênantes. L'émotion aurait dû être dans le film principal et pas dans les ajouts.
Deneuve est incroyablement oppressante dans le rôle de la mère dépassée et complètement étouffante. Elle sombre en même temps que son fils (Magimel) et reste cette grande dame du cinéma, que l'on voit cette fois avec un oeil lassé quand elle franchit la porte où ne semble pas comprendre ce qui se joue sous ses yeux.
Les seuls soucis viennent du reste du cast. Le film se suffisait à lui même, mais il y a eu l'ajout de Gabriel Sara, qui joue quasiment son propre rôle, en tant que cancérologue. Ce professionnel de santé, pourtant réputé - et accessoirement actuellement sur la brèche pour ses propos peu appréciés sur la prise en charge des patients palliatifs, devient ici complètement global, semblant s'occuper de tout, tout le temps, comme une couverture tirée par et pour lui sur le sujet. Il en perd de sa grandeur et de sa lumière.
Autre point noir, Cécile de France, qui joue Eugénie, l'adjointe du cancérologue, plonge dans un écueil absolument impensable dans ce tableau censé représenter une situation réaliste de soins, dans un relâchement impudique et clairement choquant, en tant que soignant.
Et pour parachever le tout, Oscar Morgan, qui joue Léandre, le fils australien de Magimel, sorti d'on ne sait où, sorte de mi cuit qui va et vient, se pose des questions, papote, comme un bouche trou pour augmenter de manière fallacieuse la durée du film.
Et le film, il traîne, des défauts certes, mais aussi en longueur. C'est long, contemplatif, et le côté soignants est vraiment lissé et minimaliste. Comme si on s'était dit "regardez les soignants chanter et danser, c'est le contraste de la joie contre la maladie" mais que derrière, on ne voit rien, pas de soutien des infirmières, pas de plan de soins global, pas d'accompagnement. On laisse Magimel sur son lit à faire sa moue ou à parler avec une patate dans sa bouche, entre deux non dits sur une sexualité révélée ou une crainte bien trop tardive et romancée de la mort imminente.
Il y aurait beaucoup à refaire si ce film se veut être un moment dramatique, concertant les rôles d'une mère aimante, d'un personnel de santé présent et aidant, et d'une psychologie qui est quand même aux abonnés absents.
La fin du film, et sans spoiler vous vous en doutez, est tragique, bien mise en scène, et le film vous laisse atterrir. C'est cette émotion, ce ressenti, que j'aurais aimé avoir pendant la projection. Parce que croyez moi, mon métier ne ressemble pas du tout à cela. Nous n'avons pas de locaux clinquants, de moyens comme dans le film, ni autant de temps. Certes, c'est une belle peinture, une belle présentation, un conte qui dira aux personnes apeurées par la maladie "regardez, vous ne serez pas seuls", mais qui pour celles et ceux qui le traversent actuellement, ne laissera que plus de questions sur la page blanche des angoisses de leur vie. Et c'est dommage, car il aurait pu être didactique au lieu de se vouloir dans le sentimental.